La prolifération des boissons frelatées en République démocratique du Congo, identifiées sous des noms comme Kindobika, Rambo ou Pastis, représente un défi sanitaire et économique lourd de conséquences. Ces produits, très consommés par les jeunes — dont une part importante de mineurs — contiennent des substances toxiques telles que l’alcool méthylique, des colorants interdits et des additifs chimiques non homologués. Le Mouvement National des Consommateurs Lésés (MNCL) a récemment alerté le ministère de la Santé publique, appelant à une interdiction stricte de leur production et distribution.
Les analyses du Centre National de Référence sur les Intoxications confirment la présence de ces composés dangereux, responsables de graves intoxications, troubles neurologiques, et parfois de décès. L’impact sur les structures hospitalières est palpable : l’Institut National de Recherche Biomédicale (INRB) rapporte que près de 15 % des cas d’empoisonnement sévère enregistrés proviennent de ces boissons. Ce poids sanitaire se traduit aussi en coûts directs pour l’économie nationale, avec des dépenses croissantes en soins d’urgence qui fragilisent un système déjà sous tension.
Sur le plan macroéconomique, cette situation affecte la productivité et la force de travail, avec des jeunes adultes touchés qui représentent la colonne vertébrale de l’économie congolaise. L’absentéisme et les incapacités prolongées freinent la croissance, tandis que la demande pour ces produits illégaux alimente un marché parallèle difficile à réguler. Le MNCL recommande un renforcement des contrôles impliquant non seulement le ministère de la Santé, mais aussi la police sanitaire, les douanes et les laboratoires de contrôle. La coordination interinstitutionnelle apparaît comme un levier essentiel pour juguler ce phénomène.
Au-delà des mesures répressives, la sensibilisation constitue une autre dimension. Le MNCL insiste sur la nécessité de campagnes éducatives ciblées, visant à informer sur les dangers spécifiques liés à ces consommations, et à promouvoir des alternatives légales et sûres. Ce volet préventif est indispensable pour changer les comportements dans un contexte où l’offre informelle prospère sur un déficit d’information et de régulation.
La RDC, dont le tissu industriel reste fragile, doit impérativement restaurer la confiance dans ses produits locaux et renforcer la surveillance. En l’absence d’une politique cohérente, la circulation de ces boissons frelatées continuera de miner la santé publique et de peser sur l’économie par la dégradation de son capital humain.
Face à ces constats, la réaction des autorités sera déterminante. Des contrôles rigoureux et une application stricte des sanctions sont requis pour dissuader les producteurs et revendeurs. Le MNCL invite par ailleurs chaque citoyen à intégrer ce combat pour limiter la diffusion de ces substances nocives.
Ce fléau sanitaire est aussi un problème économique structurel qui nécessite une réponse multidimensionnelle. Seule une approche combinant contrôle, éducation et application des normes pourra freiner durablement ce phénomène.
— Peter MOYI


