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Pourquoi la RDC, riche en terres, importe toujours des milliers de tonnes de nourriture

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La République démocratique du Congo détient la deuxième réserve mondiale de terres agricoles non exploitées après le Brésil, près de 80 millions d’hectares. Pourtant, entre juillet et décembre 2024, 25,5 millions de Congolais se sont retrouvés en insécurité alimentaire aiguë, soit un quart de la population évaluée. Cette contradiction illustre les blocages structurels qui paralysent la souveraineté alimentaire du pays.

Quand la dépendance aux importations dépasse la production locale

À peine 1 % des terres arables congolaises sont cultivées. Kinshasa, capitale de plus de 15 millions d’habitants, importe chaque année environ 400 000 tonnes de céréales, 120 000 tonnes de poisson congelé et 50 000 tonnes de poulet. La facture des importations pèse lourd sur la balance commerciale, alors même que le pays figure parmi les premiers producteurs mondiaux de manioc, avec près de 30 millions de tonnes en 2020. Cette spécialisation sur un seul vivrier masque l’incapacité à diversifier les cultures et à couvrir les besoins nutritionnels.

Les failles sont connues. Sur 153 209 km de routes, seuls 3 000 km sont revêtus. Les 87 300 km de dessertes agricoles, gérées par le ministère du Développement rural, sont en mauvais état. Cette dégradation entraîne des pertes post-récolte considérables et renchérit le prix des denrées pour les ménages urbains. L’absence de corridors fiables pousse consommateurs et commerçants vers les produits importés, souvent plus réguliers et parfois moins coûteux que la production locale.

À cette faiblesse logistique s’ajoute un déficit de données. L’INERA, principal centre de recherche agronomique, manque de chercheurs qualifiés et peine à fournir des cartographies agroécologiques ou des informations techniques fiables. L’agriculture congolaise évolue donc à l’aveugle, rendant inefficaces les investissements publics et incertains les financements privés.

Le financement reste un autre verrou. La Charte engage le pays à consacrer 10 % du budget national à l’agriculture, mais les allocations réelles sont limitées et souvent orientées vers l’agrobusiness et les cultures d’exportation. Entre 2013 et 2020, 64 % des fonds du Plan national d’investissement agricole ont été dirigés vers les filières commerciales, contre seulement 9 % pour la sécurité alimentaire. Ce déséquilibre accentue la vulnérabilité interne alors que la faim progresse.

Des initiatives internationales tentent de combler ce manque. La Banque mondiale a débloqué 75 millions USD pour soutenir les petits exploitants, tandis que l’Union européenne a financé des projets agricoles à hauteur de 45 millions EUR. Mais ces apports restent ponctuels et ne remplacent pas une stratégie cohérente de l’État.

Dans le Kwilu, province agricole par excellence, la malnutrition infantile reste élevée, tandis que des tonnes de produits se perdent dans le Kongo Central faute d’évacuation. La fracture logistique transforme l’abondance potentielle en crise humanitaire.

Le gouvernement mise sur de nouveaux outils : réhabilitation de 11 000 km de routes rurales par an, partenariats public-privé, projets de la Banque mondiale comme TRANSFORME et plan de développement à l’horizon 2050. Mais la réussite dépendra d’une condition claire : transformer le potentiel foncier en véritable production vivrière, diversifiée et accessible. Sans cela, la promesse présidentielle d’une « revanche du sol sur le sous-sol » restera un slogan.

— Peter MOYI source Agrobusiness.cd

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