Le 2 février 2026, les États-Unis ont lancé Project Vault, un programme de 12 milliards de dollars pour constituer des stocks de minerais critiques et limiter les ruptures d’approvisionnement. Dans ce dispositif, la RDC apparaît comme un fournisseur potentiel, notamment via Kipushi et Tenke Fungurume (TFM), où l’État congolais dispose de droits de commercialisation liés à ses participations.
Les États-Unis veulent réduire leur vulnérabilité sur des métaux devenus stratégiques. Le plan annoncé repose sur 1,67 milliard de dollars de capitaux privés et 10 milliards de dollars de prêts de l’Export-Import Bank of the United States. Les détails restent partiellement inconnus, mais l’objectif affiché est de protéger l’industrie américaine contre des chocs d’offre, dans un contexte de tensions commerciales avec la Chine.
Jusqu’en novembre 2025, Pékin avait suspendu des exportations vers les États-Unis de minerais critiques comme le germanium et le gallium, utilisés notamment dans les semi-conducteurs, les panneaux solaires, certains lasers et des équipements de vision nocturne. Dans une logique de politique économique, Washington cherche donc à sécuriser des volumes hors de portée de décisions soudaines sur les exportations.
Derrière les annonces, une bataille de contrats et de droits de vente
La RDC dispose de ressources concernées, et le dossier de Kipushi illustre la complexité du sujet : ce n’est pas seulement une question de géologie, mais aussi de contrats d’offtake et de droits de commercialisation.
La mine de Kipushi est codétenue par Ivanhoe Mines (62 %) et Gécamines (38 %). Ivanhoe a annoncé que son co-président exécutif, Robert Friedland, était présent au lancement de Project Vault à la Maison Blanche, aux côtés de Donald Trump. Le groupe dit être en discussions avancées avec Gécamines et le négociant Mercuria pour que Gécamines Trading, une filiale dédiée au trading, oriente vers les États-Unis une partie du concentré de zinc de Kipushi, qui contient aussi du germanium et du gallium.
Mais, sur Kipushi, des engagements commerciaux existent déjà. Un accord d’achat signé en juillet 2025 attribue à Mercuria un tiers de la production totale. Ce contrat court sur trois ans et inclut un prêt de 20 millions de dollars à 6 %, destiné à financer des travaux de désengorgement et l’augmentation de la capacité du concentrateur. Les deux tiers restants sont attribués à CITIC Metal et Trafigura, via des accords conclus en juillet 2024 et valables jusqu’en 2029.
Dans ce contexte, Ivanhoe avance que « Gécamines pourrait être responsable de la commercialisation de jusqu’à 50 % de la production de concentré » de Kipushi, sans détailler le mécanisme. En filigrane, l’enjeu est de savoir comment réconcilier cette perspective avec les contrats déjà en place, et quelles marges réelles de redirection existent.
Kipushi pèse aussi par ses volumes. Pour 2026, la production est attendue entre 240 000 et 290 000 tonnes de concentré de zinc, un niveau qui place la mine parmi les grands sites du marché mondial. Pour Washington, des stocks stratégiques supposent des flux réguliers et des partenaires capables de livrer sur la durée.
Au-delà de Kipushi, les États-Unis regardent aussi les volumes liés aux participations publiques congolaises. Un accord stratégique signé le 4 décembre entre Kinshasa et Washington prévoit que la RDC et ses entreprises publiques utilisent leurs droits de commercialisation issus des participations et des contrats pour faciliter l’accès à l’offtake pour des acteurs américains et alliés.
Un exemple est déjà avancé : Gécamines Trading prévoit d’orienter vers les États-Unis environ 100 000 tonnes de cuivre en 2026 provenant de Tenke Fungurume Mining (TFM). Ce volume correspond à la quote-part liée à la participation de 20 % de Gécamines dans TFM, une mine contrôlée à 80 % par le groupe chinois CMOC.
Derrière ces annonces, la question clé reste celle de l’exécution : sécuriser des minerais, c’est sécuriser des contrats, des financements et des routes commerciales, dans un environnement où les intérêts chinois, américains et congolais se croisent sur les mêmes tonnes.
— M. KOSI

