En République démocratique du Congo, l’ombre de la famille présidentielle plane de plus en plus sur les mines du Lualaba. Selon plusieurs rapports concordants, dont le dernier publié par Global Green News, des membres proches de Félix Tshisekedi orchestreraient un véritable empire minier artisanal et industriel générant plus de 750 millions de dollars américains par an.
Derrière les promesses de réforme et de lutte contre la corruption, les faits rapportés dressent un tout autre tableau : celui d’une exploitation systématique des ressources nationales par un réseau familial bien implanté.
Le nom de Christian Tshisekedi, frère cadet du président, revient avec insistance.
Présenté comme président du conseil d’administration de Weza Investissement, une société basée à Kinshasa, il serait au cœur de négociations avec le géant Eurasian Resources Group (ERG) pour sécuriser des actifs miniers stratégiques dans le Lualaba.
Mais Christian n’est pas seul. Thierry Tshisekedi, un autre frère du président, est cité dans l’exploitation de gisements dans la zone de Kalukundile.
Plus troublant encore, une enquête interne de l’Inspection générale des FARDC a révélé l’implication présumée de Maman Marthe, la mère du chef de l’État, dans la détention de plusieurs concessions minières.
En 2022 déjà, ces soupçons avaient émergé, mais les autorités provinciales, notamment la gouverneure Fifi Masuka proche du pouvoir , avaient rapidement balayé les accusations, affirmant que rien n’interdisait à un citoyen, fut-il membre de la famille présidentielle, de faire des affaires tant qu’il respectait la loi.
Le climat dans les mines du Lualaba est aujourd’hui tendu.
Selon des témoignages recueillis par des organisations locales, des figures liées au pouvoir, comme Coco Muya, imposeraient leur autorité par la force, contrôlant des milliers de creuseurs artisanaux et monopolisant l’accès aux sites.
En septembre 2023, l’ONG Justicia ASBL dénonçait l’occupation militaire illégale du site de COMIDE, une opération qui, selon elle, aurait bénéficié de la complicité de Claude Tshipeleka, lui aussi lié à la famille présidentielle.
D’autres sources, notamment Global Green News, avancent que Christian, Kally et Claude Tshisekedi exploiteraient discrètement plusieurs « carrés miniers », en partenariat occulte avec certains gouverneurs de l’ex-Grand Katanga.
Face à ces révélations, des organisations comme l’Initiative Bonne Gouvernance et Droits Humains (BGDH) et l’OEARSE dénoncent l’existence d’une véritable mafia minière. Elles accusent certaines personnalités politiques d’infiltrer la chaîne d’approvisionnement des minerais stratégiques et de verrouiller le secteur au profit de clans familiaux.
La Coalition nationale des plaidoyers pour la valeur (CNPAV) est allée plus loin, évoquant l’utilisation massive de prête-noms et de sociétés-écrans telles que COBAMINES pour masquer les intérêts réels de la famille Tshisekedi dans les projets phares du pays, notamment avec Ivanhoe Mines sur les gisements de Kamoa-Kakula.
La coalition appelle désormais à une enquête administrative indépendante pour faire toute la lumière sur ces pratiques et sanctionner les responsables, quels qu’ils soient.
Malgré l’ampleur des accusations, la présidence de la République reste, pour l’instant, silencieuse sur ce dossier.
– Mitterrand MASAMUNA


