La Gécamines prévoit de vendre 100 000 tonnes de cuivre en 2026 à des acheteurs américains, via sa filiale Gécamines Trading. Le volume vient de Tenke Fungurume Mining (TFM), une mine où CMOC contrôle 80 %, tandis que la Gécamines détient 20 %.
L’entreprise publique congolaise explique qu’elle va, pour la première fois, exercer un droit contractuel : acheter la part de production correspondant à sa participation et la commercialiser directement. Derrière cette annonce, il y a un enjeu qui dépasse le simple commerce des métaux. Il touche à la capacité de l’État congolais à capter plus de valeur, à mieux encadrer les flux financiers du secteur minier et, au final, à peser sur les équilibres macroéconomiques qui intéressent la politique monétaire.
Recettes, devises et souveraineté économique : ce que vise Kinshasa
La Gécamines dit vouloir répondre à des pratiques de prix de transfert. Le principe est connu : une production peut être vendue en dessous du prix du marché à une entité liée au même groupe. Ce montage réduit mécaniquement les revenus déclarés là où se trouve l’actif minier. Selon la Gécamines, cela peut diminuer les dividendes qui lui reviennent et réduire les recettes minières pour l’État.
En choisissant de commercialiser une partie de sa production issue de coentreprises, l’objectif affiché est double. D’abord, obtenir des prix plus proches des références internationales, grâce à un élargissement du nombre d’acheteurs et à davantage de concurrence. Ensuite, augmenter les retombées pour les finances publiques, à travers plus de recettes fiscales et une meilleure traçabilité des ventes.
Pour un pays comme la RDC, dont l’économie dépend fortement des exportations minières, la manière dont les volumes sont vendus compte presque autant que les volumes eux-mêmes. Car ce sont les exportations qui alimentent l’entrée de devises. Et ces devises influencent plusieurs paramètres : capacité à payer les importations, revenus budgétaires en monnaie locale, et pression sur le marché des changes.
Dans cette logique, une vente mieux valorisée peut, en théorie, soutenir la stabilité macroéconomique. Si l’État collecte davantage de revenus, il a plus de marge pour financer ses dépenses sans recourir à des solutions qui fragilisent la monnaie. La politique monétaire s’intéresse à ce point pour une raison simple : quand un budget public manque de ressources, le pays peut être tenté de multiplier des financements coûteux ou instables. À l’inverse, des recettes plus solides facilitent une trajectoire plus prévisible.
La Gécamines présente cette opération comme une extension d’un système de mise en concurrence sur la production issue de ses partenariats. Guy-Robert Lukama, président du conseil d’administration, explique que cela s’inscrit dans le prolongement d’un mécanisme d’appel d’offres introduit en 2023 et appliqué depuis.
Le directeur général de la Gécamines, Placide Nkala Basadilua, souligne qu’il s’agit d’une première opération qui suit plus d’un an de travail pour renforcer la position de la RDC sur les marchés mondiaux et affirmer la souveraineté de l’État sur ses ressources. Sur le long terme, l’entreprise dit viser des droits de vente pouvant aller jusqu’à 500 000 tonnes de cuivre et 40 000 tonnes de cobalt.
Avant de déclencher son droit d’achat, la Gécamines indique avoir mené une consultation de marché fin 2025. À l’issue du processus, plusieurs acheteurs américains auraient accepté d’acheter les 100 000 tonnes annoncées, avec des conditions décrites comme favorables par l’entreprise, sans détail public sur les prix exacts.
Le contexte de marché joue en toile de fond. Le texte d’origine rappelle que les cours du cuivre ont fortement progressé : en 2025, le prix a augmenté de 44 % et a atteint 12 960 dollars la tonne sur le London Metal Exchange. Des analystes s’attendent à une dynamique encore solide en 2026. Pour la RDC, des prix élevés peuvent se traduire par plus de recettes et plus de devises, à condition que la chaîne de commercialisation reflète ces niveaux.
Cette annonce s’inscrit aussi dans un cadre diplomatique. La transaction doit permettre de mettre en œuvre des engagements liés à un accord stratégique signé avec les États-Unis à Washington le 4 décembre 2025. L’esprit du mécanisme est clair : les entreprises publiques congolaises, lorsqu’elles disposent de volumes commercialisables au titre de leurs participations et contrats, doivent donner un accès prioritaire à des acheteurs américains et à des partenaires alliés.
La priorité est toutefois conditionnée. Le dispositif prévoit que l’offre soit faite aux entreprises américaines avant d’autres acheteurs si les conditions commerciales sont comparables et si les prix sont alignés sur les références internationales. Ce verrou est important : il vise à éviter une vente forcée à un prix inférieur au marché, ce qui irait à l’encontre de l’objectif affiché de meilleure valorisation.
L’opération est portée par Gécamines Trading, une coentreprise avec le négociant Mercuria Energy Trading, basé à Genève. Cette structure est présentée comme un véhicule de commercialisation pour le cuivre, le cobalt et d’autres minerais dits stratégiques produits en RDC, dont le germanium et le gallium.
Le projet bénéficie du soutien de la U.S. International Development Finance Corp (DFC), qui dit avoir émis une lettre d’intention pour un investissement en fonds propres dans la coentreprise. L’objectif annoncé est de sécuriser des chaînes d’approvisionnement américaines en minerais stratégiques.
Reste l’enjeu interne, plus silencieux mais central : si la commercialisation directe permet réellement de mieux valoriser les ventes, l’État peut espérer des recettes plus élevées. Et dans un pays où la monnaie et les prix réagissent vite aux tensions budgétaires et aux mouvements de devises, tout gain de visibilité sur les flux miniers devient un sujet qui touche, indirectement, la stabilité économique.
— M. KOSI



