Malgré les promesses répétées de rationalisation des dépenses publiques et de lutte contre le train de vie excessif des institutions, la Présidence de la République Démocratique du Congo continue de crever le plafond budgétaire.
Selon les états de suivi budgétaire provisoires, la première institution du pays a enregistré une dépense totale de 1 217,8 milliards de CDF, soit plus de 426 millions de dollars américains, au premier semestre 2025 seulement.
Ce niveau de dépenses représente 503 % des crédits initiaux votés dans la Loi de finances 2025, laquelle fixait pourtant le budget de la Présidence à 241,4 milliards de CDF (environ 84,6 millions USD) pour la période allant de janvier à juin 2025.
L’analyse des différentes rubriques budgétaires de la Présidence révèle des écarts considérables :
Les dépenses liées au personnel ont atteint 303,6 milliards de CDF, contre des prévisions linéaires de 122 milliards pour le premier semestre, soit un dépassement de +149 %.
Plus inquiétant encore, les crédits alloués aux transferts et interventions de l’État, habituellement encadrés, ont bondi de 61,7 milliards de CDF à 386,7 milliards, soit une hausse de plus de 526 % par rapport aux prévisions initiales.
Ces écarts mettent en évidence un contournement systématique de la loi de finances, pourtant promulguée par le président Félix Tshisekedi lui-même en décembre 2024.
Des spécialistes des finances publiques, interrogés sous anonymat, parlent d’un « pilotage à vue du budget » et dénoncent une « culture de surconsommation institutionnelle sans obligation de redevabilité ».
« C’est un signal très inquiétant pour les bailleurs internationaux et pour la crédibilité de la gouvernance économique congolaise. Quand l’exécutif lui-même ne respecte pas la loi budgétaire, on mine toute la chaîne de discipline financière », déclare un économiste basé à Kinshasa.
Cette situation contraste fortement avec les engagements pris dans le cadre des programmes avec les institutions de Bretton Woods (FMI, Banque mondiale), qui exigent plus de rigueur dans l’exécution budgétaire et la transparence des finances publiques.
Fait troublant : malgré ces dérives manifestes, le gouvernement congolais a récemment reçu les félicitations du FMI pour ses performances macroéconomiques. Une reconnaissance qui, aux yeux de plusieurs observateurs, semble en décalage avec la réalité de terrain, notamment en ce qui concerne l’opacité et le non-respect des engagements budgétaires à haut niveau.
Les conséquences d’une telle dérive sont multiples. Un dépassement aussi massif d’un budget voté fragilise l’autorité du Parlement et décrédibilise le processus budgétaire.
Ces surcoûts pèsent sur les autres secteurs vitaux (santé, éducation, infrastructures) qui pourraient souffrir de sous-financements.
Pour couvrir ces dépenses non prévues, le gouvernement pourrait être tenté de recourir à des emprunts supplémentaires, aggravant le niveau d’endettement intérieur et extérieur qui avoisine déjà le 17 milliards USD, d’après les récentes révélations du Vice-Premier Ministre, Ministre du budget, Adolphe Muzito.
À terme, cette situation pourrait compromettre les négociations futures avec les bailleurs, qui exigent de plus en plus de traçabilité et de performance dans la gestion publique.
Alors que la RDC s’engage sur des chantiers de réformes structurelles et vise une transformation économique durable, la gestion de la Présidence censée incarner l’exemplarité institutionnelle envoie un message inverse.
Les institutions des contrôles dont l’assemblée nationale, la Cour des comptes et l’inspection générale des finances sont désormais attendues sur leur capacité à jouer leur rôle de gardiens de la bonne gouvernance.
Mitterrand Masamuna



