La présence américaine dans les minerais stratégiques congolais pourrait s’élargir au-delà du cuivre et du cobalt. La société américaine Virtus Minerals affirme avoir proposé le permis minier PE 1776 de Chemaf à Kennametal, un groupe américain spécialisé dans les technologies liées au tungstène, dans le cadre d’un accord non contraignant. Le permis concerné se situe dans la région de Luena, dans la province du Haut-Lomami, à environ 150 kilomètres au nord de Kolwezi, selon une publication de Virtus Minerals.
L’opération annoncée reste encore à un stade préliminaire. Virtus Minerals parle d’un protocole d’accord non contraignant avec Kennametal, qui travaillerait à travers Keeperstone, une société nouvellement constituée et présentée comme indépendante. Le permis PE 1776 est situé à proximité des permis 1089 et 1090, également identifiés par Virtus comme des zones d’intérêt pour l’exploration du tungstène.
Un signal américain au-delà du cuivre et du cobalt
Jusqu’ici, l’attention autour de Virtus Minerals en RDC était surtout liée à Chemaf, opérateur connu pour ses actifs dans le cuivre et le cobalt. En mars 2026, le ministère congolais des Mines a approuvé la transition de contrôle de Chemaf vers Virtus Minerals, une opération présentée par l’entreprise comme un jalon important pour sa présence dans le secteur minier congolais.
Ce nouveau dossier autour du tungstène donne donc une autre dimension à l’intérêt américain pour les minerais critiques en RDC. Le tungstène est utilisé dans plusieurs applications industrielles de haute performance, notamment les outils de coupe, les poudres métallurgiques, l’énergie, les mines, la construction et certains secteurs technologiques avancés. Kennametal indique produire des composants en carbure de tungstène et des poudres métallurgiques destinés à plusieurs marchés industriels.
Pour Washington, l’enjeu dépasse le simple investissement minier. Les États-Unis cherchent à sécuriser des chaînes d’approvisionnement moins dépendantes des circuits dominés par la Chine. Reuters a déjà présenté la reprise de Chemaf par Virtus et son partenaire indien Lloyds Metals & Energy comme l’un des premiers accords opérationnels liés au partenariat américano-congolais sur les minerais critiques.
Ce que la RDC doit surveiller
Pour la RDC, cette annonce ouvre une opportunité, mais elle appelle aussi à la prudence. Le dossier reste fondé sur un protocole non contraignant. Il ne s’agit donc pas encore d’un investissement final, ni d’un projet minier en production. Les prochaines étapes devront confirmer le potentiel géologique, les conditions techniques, les engagements financiers et le cadre réglementaire applicable.
La question centrale sera aussi celle de la valeur locale. Si le tungstène devient un nouvel axe d’intérêt dans le Haut-Lomami, la RDC devra éviter de reproduire un modèle limité à l’extraction et à l’exportation brute. Le pays a plutôt intérêt à négocier des engagements clairs sur l’emploi local, la sous-traitance congolaise, la formation technique, la traçabilité et, lorsque cela est possible, une première transformation sur place.
Cette annonce intervient dans un contexte où Virtus Minerals reste observée de près. Reuters a rapporté en avril 2026 des interrogations sur l’expérience minière réelle de l’entreprise, même si celle-ci demeure engagée dans le redémarrage des actifs de Chemaf avec ses partenaires.
Le permis PE 1776 peut donc devenir un test. Non seulement pour la stratégie américaine en RDC, mais aussi pour la capacité de l’État congolais à encadrer les nouveaux intérêts autour des minerais critiques. Car au-delà des annonces, le véritable enjeu reste le même : transformer l’intérêt géopolitique pour les ressources congolaises en investissements productifs, en emplois qualifiés et en recettes mieux sécurisées pour le pays.
— M. KOSI








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