Le Corridor de Lobito ne représente pas seulement un projet ferroviaire et logistique entre l’Angola, la République démocratique du Congo et la Zambie. Il ouvre aussi une bataille économique plus discrète, celle des compétences locales. Pour que la RDC capte une part plus importante des emplois et des contrats liés à ce corridor, elle devra disposer d’une main-d’œuvre qualifiée, certifiée et capable de répondre aux standards attendus par les investisseurs.
C’est dans cette perspective qu’un protocole d’accord a été signé, le 19 juin 2026 à Lubumbashi, entre le Club BTP & CMA et Ovation, autour de la formation et de la certification des compétences locales. Cette initiative s’inscrit dans le cadre du projet Lobito Connect, mis en œuvre par un consortium piloté par Louvain Coopération, en partenariat avec CSR Europe et Ovation. Louvain Coopération, à l’origine de l’initiative, en assure le rôle de chef de file.
Le Club BTP & CMA regroupe les acteurs des métiers du bâtiment, des travaux publics et de l’artisanat. Ovation intervient, pour sa part, dans la formation technique et professionnelle. Ensemble, ces acteurs entendent rapprocher la formation des besoins réels des entreprises appelées à travailler autour du Corridor de Lobito, notamment dans la logistique, l’énergie, l’industrie, les mines et la construction.

Des certifications pour répondre aux besoins du marché
Le Corridor de Lobito doit faciliter l’acheminement des minerais, des produits agricoles et des biens industriels du Katanga et du Lualaba vers les marchés régionaux et internationaux. Mais cette dynamique crée aussi une forte demande en profils techniques. Les entreprises auront besoin de techniciens, soudeurs, électriciens, conducteurs d’engins, maçons certifiés et artisans spécialisés.
Or, la RDC reste confrontée à un déficit de certifications professionnelles reconnues. Cette faiblesse limite la compétitivité des travailleurs congolais sur les grands chantiers. Elle réduit aussi la capacité des PME locales à répondre aux exigences des donneurs d’ordre. Dans plusieurs projets structurants, l’absence de standards harmonisés peut favoriser le recours à une main-d’œuvre extérieure, au détriment de l’emploi local.
Le partenariat signé à Lubumbashi vise donc à renforcer les parcours de formation, mais aussi à mieux structurer les mécanismes de certification. Le protocole prévoit notamment la certification des programmes alignés sur les besoins du marché, l’accréditation d’Ovation comme organisme de formation agréé, la mise en place de contrôles qualité et l’évaluation continue des apprenants.
Il intègre également la reconnaissance des acquis de l’expérience pour les travailleurs déjà actifs dans les mines et le BTP. À cela s’ajoute la formation des formateurs, afin d’élargir les capacités d’encadrement. Par ailleurs, les apprenants pourront être intégrés dans les réseaux de PME membres du Club BTP & CMA, ce qui peut faciliter leur accès aux opportunités professionnelles.
Former localement pour capter plus de valeur
Pour la RDC, cette initiative dépasse le cadre de la formation professionnelle. Elle touche directement à la question du contenu local. Un corridor peut transporter des marchandises, mais il peut aussi créer des emplois, structurer des PME et renforcer les compétences nationales. Tout dépendra donc de la capacité du pays à préparer ses travailleurs avant l’arrivée massive des opportunités.
Dans cette logique, le rôle du consortium porté par Louvain Coopération est central. Il permet d’articuler l’expertise de développement, l’expérience du secteur privé et les besoins du terrain. CSR Europe apporte une dimension liée aux chaînes de valeur responsables, tandis qu’Ovation contribue au développement des compétences techniques et professionnelles. Le Club BTP & CMA, de son côté, joue un rôle important dans l’ancrage professionnel du dispositif auprès des métiers du bâtiment, des travaux publics et de l’artisanat.
Conclu pour une durée de trois à cinq ans, le partenariat prévoit une gouvernance conjointe et des mécanismes de suivi réguliers. L’objectif est de contribuer à la création d’emplois durables, à l’amélioration de la qualité de la main-d’œuvre congolaise et au renforcement de la compétitivité des entreprises locales.
Alors que le Corridor de Lobito s’impose comme un axe stratégique pour les chaînes de valeur minières, agricoles et industrielles, la formation devient un levier de souveraineté économique. La RDC ne pourra tirer pleinement profit de ce corridor que si ses travailleurs et ses PME disposent des qualifications nécessaires pour occuper les marchés qui s’ouvrent.
— M. KOSI









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