Transition énergétique, Judith Suminwa appelle à financer et industrialiser le “pays-solution” RDC

Partager

Le 14 janvier 2026, au Forum Global South Utilities, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a défendu une transition énergétique « juste » et adaptée aux réalités des pays du Sud. Elle a mis en avant un chiffre, plus de 100 000 mégawatts de potentiel en énergies renouvelables en RDC, tout en demandant des partenariats plus équilibrés.

La République démocratique du Congo veut peser davantage dans la transition énergétique mondiale. Pas seulement comme un territoire riche en ressources, mais comme un pays capable de produire, transformer et créer des emplois à partir de ses atouts. C’est le fil conducteur du message porté par Judith Suminwa Tuluka lors du segment de haut niveau du Forum Global South Utilities.

Son point de départ est simple. Les pays du Sud, et la RDC en particulier, contribuent peu aux émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais ils se retrouvent au cœur des efforts exigés pour changer de modèle énergétique. Pour Kinshasa, cette situation impose une idée de base, les responsabilités doivent être partagées, et les solutions doivent tenir compte des écarts de développement.

Suminwa à  Forum Global South Utilities,

Dans ce plaidoyer, la RDC est présentée comme un « pays-solution ». L’expression renvoie à un fait concret, le pays dispose d’un potentiel énergétique et minier qui compte pour le reste du monde. Le risque, pour les autorités congolaises, est que ce rôle reste limité à l’exportation de matières premières, sans retombées suffisantes pour l’économie nationale.

Sur le volet énergie, la Première ministre a rappelé l’ampleur des possibilités offertes par les énergies renouvelables, avec plus de 100 000 mégawatts de potentiel, dont le site d’Inga sur le fleuve Congo, souvent cité comme un levier majeur pour l’hydroélectricité. À côté de l’eau, d’autres sources existent, le solaire, la biomasse et l’éolien. Elles restent encore peu exploitées à grande échelle, alors qu’elles peuvent soutenir l’électrification, réduire la dépendance à des sources plus polluantes et renforcer la sécurité énergétique.

Derrière ces chiffres, l’enjeu est concret pour les ménages et les entreprises. Une énergie plus disponible et plus stable réduit les coûts de production, facilite l’installation d’industries, et améliore les services du quotidien, éclairage, conservation des aliments, eau, santé, scolarité. La transition énergétique, dans cette lecture, n’est pas seulement une affaire de climat. C’est aussi une question de développement.

Minerais, paix à l’Est et partage de la valeur, ce que la RDC demande aux partenaires

Le discours ne s’est pas arrêté à la production d’électricité. Judith Suminwa a aussi mis l’accent sur le sous-sol congolais, présenté comme un maillon central des technologies de la transition dite “verte”. Le pays concentre des minerais utilisés dans des équipements aujourd’hui recherchés, cobalt, cuivre, lithium, manganèse. Ces matières entrent dans la fabrication de batteries, dans le stockage de l’énergie, et dans plusieurs usages liés au numérique.

Pour un lecteur non spécialiste, l’idée est la suivante. Quand un pays veut développer des voitures électriques ou des réseaux capables de stocker l’électricité produite par le solaire et l’éolien, il a besoin de métaux pour fabriquer des batteries et des composants. Ces métaux se trouvent en partie en RDC. Cela donne au pays un poids économique potentiel, car les chaînes d’approvisionnement mondiales dépendent de ces ressources.

Mais la Première ministre a pointé un déséquilibre. La RDC contribue déjà à cette transformation mondiale, parce qu’elle fournit des matières premières, mais elle capte encore trop peu de valeur. Autrement dit, une grande partie de la richesse se crée ailleurs, là où les minerais sont raffinés, transformés et intégrés dans des produits finis.

C’est là que Kinshasa fixe une ambition, sortir d’un rôle limité à la fourniture de matières brutes. Le gouvernement veut que le pays devienne un acteur industriel. Cela signifie transformer davantage sur place, développer des activités de traitement, et bâtir des chaînes de valeur, c’est-à-dire des étapes successives qui vont de l’extraction jusqu’au produit final, avec des emplois et des revenus créés à chaque niveau.

Cette orientation suppose des choix lourds. Industrialiser demande de l’électricité fiable, des infrastructures, des compétences, et des financements stables. Cela demande aussi des règles qui rassurent les investisseurs tout en protégeant les intérêts nationaux. Dans son intervention, Judith Suminwa a justement insisté sur la nature des partenariats recherchés. Elle appelle à dépasser les promesses générales et à construire des coopérations basées sur trois éléments, le transfert de technologies, des financements adaptés aux réalités des pays du Sud, et le respect de la souveraineté économique des États.

Le message est aussi un avertissement. La transition énergétique, telle que portée au niveau mondial, peut devenir une nouvelle forme de dépendance si elle reproduit les anciens modèles, extraction au Sud, transformation au Nord, bénéfices concentrés ailleurs. Pour la RDC, l’objectif est d’éviter que la demande mondiale en minerais “critiques” se traduise uniquement par plus de pression sur les ressources, sans progrès social et industriel comparable sur place.

Un autre passage de l’intervention a porté sur la sécurité, en particulier dans l’Est du pays. La Première ministre a relié l’instabilité à un enjeu international, l’approvisionnement mondial en minerais stratégiques. L’idée est directe. Quand une zone productrice reste en crise, cela perturbe les circuits d’exportation, fragilise les investissements, et nourrit des risques de rupture d’approvisionnement. Pour Judith Suminwa, la paix à l’Est n’est donc pas seulement une affaire interne, elle devient un sujet qui concerne aussi les engagements climatiques et énergétiques affichés à l’échelle mondiale.

En termes simples, elle pose une condition, une transition énergétique crédible suppose des zones d’extraction stables, sécurisées, et encadrées par des règles justes. Sans sécurité, les projets industriels prennent du retard, les coûts augmentent, et les tensions autour des ressources s’aggravent.

Au final, l’intervention cherche à déplacer le centre de gravité du débat. La transition énergétique ne se décide pas uniquement dans les capitales et les sommets. Elle se joue aussi dans les pays où se trouvent l’énergie et les minerais, et là où vivent les populations qui subissent les effets du sous-investissement, de l’insécurité et des déséquilibres commerciaux.

La RDC, à travers la voix de sa Première ministre, réclame une place plus nette dans le partage des bénéfices et dans la définition des règles. Elle demande une coopération qui aide à transformer un potentiel en production, en industrie et en emplois, au lieu de maintenir le pays dans un rôle de fournisseur. Ce choix, pour Kinshasa, n’est pas présenté comme un geste symbolique, mais comme une décision stratégique pour l’économie congolaise et pour l’équilibre des approvisionnements mondiaux.

— M. KOSI

En savoir +

A la Une