À Kinshasa, la foire nationale du volontariat a rappelé un fait souvent sous-estimé, des milliers de volontaires soutiennent chaque jour l’économie réelle de la République démocratique du Congo, surtout au niveau communautaire et local. Sans salaires ni contrats classiques, ils apportent du temps, des compétences et des services dans un pays où les moyens budgétaires de l’État restent limités.
Un capital humain qui soulage la pression sur les finances publiques
Le secrétaire national du volontariat, Christian Akilimali, parle d’une « force motivée, une force silencieuse » qui agit sur le terrain, dans les quartiers et les villages. Cette expression résume bien un phénomène économique connu, quand l’État ne peut pas financer certains services de proximité, des acteurs non rémunérés prennent le relais, ce qui réduit les coûts immédiats pour le budget public mais pose aussi la question de la pérennité de ces engagements.
Depuis environ vingt cinq ans, les initiatives de volontariat se multiplient, en RDC comme ailleurs. Le tournant institutionnel intervient en 2022 avec la création du Secrétariat national du volontariat. Cet organe donne un cadre officiel à ces pratiques, ce qui facilite leur intégration dans les plans de développement, le suivi des programmes et la coordination avec les bailleurs. Sur le plan économique, cela ouvre la voie à une meilleure mesure de la contribution du volontariat, en nombre de personnes, en heures consacrées, en types de services offerts.
Christian Akilimali annonce déjà que 2026 sera consacrée à une montée en puissance des actions de volontariat. Derrière cette annonce, il y a un enjeu de politique publique, transformer une énergie citoyenne diffuse en outil organisé au service des priorités nationales, éducation, santé, agriculture, protection sociale, appui aux jeunes. Dans un pays où une partie importante de la population active se trouve dans l’informel, ce type d’engagement renforce le capital humain sans peser directement sur la masse salariale de l’État.
Le responsable insiste sur un point central, la construction d’une Nation ne repose pas uniquement sur les grandes réformes ou la hausse des recettes fiscales. Elle dépend aussi d’une accumulation de gestes concrets, de projets de terrain, d’initiatives locales. Le volontariat devient alors un complément aux politiques macroéconomiques et budgétaires, en améliorant l’accès aux services de base et en consolidant la cohésion sociale, deux conditions essentielles pour un climat des affaires plus stable.
D’où l’appel à intégrer explicitement le volontariat dans les principaux cadres de planification publique, Plan stratégique de développement de la RDC, programmes d’action du gouvernement, plans provinciaux. Pour un économiste, cette intégration permettrait de suivre plus finement la valeur ajoutée produite par ces initiatives, de mieux cibler les appuis financiers et techniques, et de réduire certaines inégalités territoriales dans l’accès aux services.
La Journée internationale des volontaires n’a pas concerné que la capitale, des activités se sont également tenues à Goma et à Lubumbashi. Dans des zones parfois marquées par l’insécurité, des organisations locales continuent de mener des actions communautaires, appui aux déplacés, sensibilisation, accompagnement social. Ce maintien de la présence sur le terrain a un effet direct sur la résilience des ménages, donc sur la capacité de l’économie locale à encaisser les chocs.
La foire nationale a été organisée par le ministère du Plan, avec le concours du ministère de la Jeunesse, de Cuso International et du Secrétariat national du volontariat, un attelage qui traduit une convergence progressive entre vision économique, politique de la jeunesse et engagement citoyen, même si l’enjeu reste maintenant de passer du discours aux mécanismes concrets de financement, de suivi et d’évaluation de ce capital invisible.
M. KOSI



