En République démocratique du Congo, la Journée mondiale de lutte contre la corruption a été l’occasion de mettre l’intégrité au centre du débat public. Les autorités ont présenté une série d’actions concrètes qui visent à changer les comportements, protéger les citoyens et soutenir le développement du pays.
La conseillère en communication Chouna Lomponda rappelle que la corruption n’est pas seulement un problème de morale. C’est un frein direct à la justice sociale, à la confiance dans l’État et à la croissance économique. Selon elle, « mettre l’intégrité au cœur de l’action publique, c’est créer un environnement où chaque Congolais se sent protégé, respecté et écouté ».
Une stratégie pour faire de l’intégrité un réflexe national
Cette journée n’a pas seulement donné lieu à des discours. Le gouvernement dit vouloir installer une véritable culture de l’intégrité autour de plusieurs axes.
Le premier axe consiste à diffuser une sorte de « doctrine nationale de l’intégrité ». Le mot d’ordre #LaCultureDeLIntegrité devient un repère pour l’éducation citoyenne. L’objectif est simple : habituer les institutions, les écoles et les familles à parler d’honnêteté, de responsabilité et de respect de la loi, non pas une fois par an, mais toute l’année.
Le deuxième axe touche directement l’école. En partenariat avec l’UNESCO, des modules d’éducation à la lutte contre la corruption entrent progressivement dans les programmes. L’idée est de parler très tôt aux enfants de ce qu’est un pot-de-vin, un abus de pouvoir ou un détournement, avec des mots simples et des exemples tirés de la vie quotidienne. Un enfant qui comprend ces mécanismes aura plus de chances de refuser ces pratiques une fois adulte.
Un troisième volet porte sur la dénonciation. Une Ligne Bleue anti-corruption est désormais disponible, avec un message direct en lingala : « Lobela biso, tolandela bango » (Parle-nous, nous allons les suivre). Cette ligne doit permettre aux citoyens de signaler des faits suspects sans peur de représailles. Elle envoie aussi un message aux agents publics : les actes posés ne restent plus dans l’ombre.
La campagne mise en avant comprend aussi un volet de sensibilisation de masse. Des messages comme « La corruption, je dis Non » ou « Lutter contre la corruption, c’est faire acte de patriotisme » circulent dans les médias, dans la rue et sur les réseaux sociaux. L’objectif est de rappeler que refuser un pot-de-vin ou demander une facture n’est pas un geste isolé, mais une forme de loyauté envers le pays.
Les médias sont également utilisés comme outil d’éducation. Une émission courte, « Lutte contre la corruption en 3 minutes chrono », présente des cas concrets, des explications juridiques et des conseils pratiques. Le format est volontairement simple et rapide pour toucher un public large, y compris ceux qui n’ont pas le temps de suivre de longs débats.
Ces initiatives interviennent dans un contexte politique et diplomatique particulier. Le message de Chouna Lomponda fait écho à l’engagement affiché du Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo en faveur d’une gouvernance plus éthique, au moment où la RDC vient de conclure un accord de paix sous médiation américaine. Pour les autorités, paix et lutte contre la corruption avancent ensemble : sans transparence dans la gestion des ressources, les promesses de reconstruction et de développement risquent de rester théoriques.
Derrière les slogans, l’enjeu est très concret pour la population. La corruption touche le prix des services publics, la qualité des routes, l’accès à la santé ou à l’école. Quand un citoyen doit « arranger » un dossier pour obtenir un document de base, ce sont les plus pauvres qui paient le plus lourd tribut. Une politique d’intégrité sérieuse peut au contraire libérer des moyens pour financer des écoles, des hôpitaux et des infrastructures.
La Journée mondiale de lutte contre la corruption prend ainsi une dimension plus pratique en RDC. Elle ne se limite pas à une cérémonie, mais veut ouvrir un chemin : celui d’une mobilisation collective où l’État, les écoles, les médias et les citoyens avancent dans la même direction. La transparence n’est pas présentée comme un slogan, mais comme une condition de la paix, de la confiance et de la relance économique.
— M. KOSI



