À la TICAD9, la RD Congo a mis en avant un cap simple : attirer du capital japonais, accélerer l’exploration par l’IA et ancrer plus de transformation sur place. Réunions ciblées, accords en préparation et messages de confiance ont rythmé la séquence portée par la Première ministre Judith Suminwa et le ministre des Mines Louis Watum.
Le 21 août à Yokohama, Judith Suminwa a été reçue par le Premier ministre japonais Shigeru Ishiba. L’échange a confirmé l’intérêt de Tokyo pour un partenariat économique et technologique plus dense avec Kinshasa, dans le cadre de la 9ᵉ Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (20–22 août 2025). L’agenda formel de la TICAD9, copilotée par le Japon avec les Nations unies, la Banque mondiale et l’Union africaine, a fourni la rampe de lancement idéale.
Côté industrie, deux dossiers concrets ont avancé. D’abord, l’accord entre le Service géologique national du Congo (SGNC) et la société japonaise Solafune : l’objectif est d’exploiter la télédétection et l’intelligence artificielle pour affiner la cartographie minière et accélérer l’exploration. Signé à la mi-juillet, le protocole prévoit transfert de compétences et montée en capacité des équipes congolaises. À Yokohama, les parties ont calé la signature officielle d’un accord complémentaire. Ce type d’outil peut réduire le temps d’exploration et sécuriser les décisions d’investissement sur des périmètres vastes et parfois difficiles d’accès.

Deuxième chantier : Kivuvu Kongo Mines, co-entreprise annoncée entre Asia Mineral Limited (AML, Japon) et Kerith Resources pour du manganèse au Kongo Central. Les discussions à Yokohama ont porté sur l’actualisation des travaux géophysiques et administratifs, signe que le projet s’installe dans la durée. À Tokyo fin juin, AML avait déjà officialisé, aux côtés des autorités congolaises, un cadre de coopération avec une cible de mise en production ambitieuse.
Pourquoi Yokohama compte pour Kinshasa
La scène nippone n’est pas qu’un symbole diplomatique. Elle offre un contrepoint utile pour diversifier les partenaires d’un secteur dominé par quelques acteurs historiques. Le nouveau ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, nommé le 8 août, porte justement un discours de crédibilité industrielle et de transparence envers les investisseurs, avec un historique opérationnel côté grands projets. Sa présence à la TICAD9 s’inscrit dans ce repositionnement.
Le message de fond s’articule autour d’une réalité chiffrée : la RDC demeure le cœur de l’offre mondiale de cobalt, métal clef des batteries. Selon l’USGS, le pays a assuré environ 74 % de la production minière mondiale en 2023, et sa production a encore progressé en 2024. Cette avance donne à Kinshasa une responsabilité particulière : sécuriser l’approvisionnement, tout en poussant la transformation locale pour créer des emplois et capter davantage de valeur.
Dans les salles de conférence de Yokohama, l’ONUDI/ITPO Japon a mis le projecteur sur l’innovation au service d’une industrialisation plus résiliente. Pour la délégation congolaise, la convergence est claire : données satellites, IA, formation d’ingénieurs et normes de gouvernance vont de pair avec l’objectif de monter en gamme (raffinage, pré-curseurs, pièces). C’est exactement l’esprit de l’événement thématique « Leveraging Innovation for Africa’s Industrial Transformation ».
Sur le terrain, comment juger la portée immédiate ? Les outils d’IA comme ceux de Solafune peuvent réduire les coûts d’exploration, identifier des cibles avec plus de finesse et limiter les forages à l’aveugle. Dans un contexte où le marché du cobalt a connu une phase d’excès d’offre, améliorer la qualité des données et planifier mieux les investissements devient un avantage compétitif. Les perspectives de demande restent portées par l’électromobilité à moyen terme, même si les cycles de prix rappellent que la prudence s’impose.
Au-delà des éléments techniques, la portée politique n’est pas anecdotique. La rencontre au sommet entre Mme Suminwa et M. Ishiba vaut signal de confiance : Tokyo cherche des circuits d’approvisionnement fiables, Kinshasa veut des partenariats qui combinent financement, technologie et montée en compétences locales. Les deux capitales gagnent à ancrer des projets visibles, mesurables et assortis d’exigences de conformité (traçabilité, environnement, contenu local).
Reste la question que se posent les investisseurs : quand verra-t-on des usines produire davantage en RDC ? La séquence de Yokohama n’apporte pas toutes les réponses, mais elle montre une méthode : verrouiller des briques technologiques (télédétection), faire progresser des dossiers concrets (manganèse), et afficher, au plus haut niveau, un pacte sur la transparence et la prévisibilité. C’est souvent ainsi que démarrent les chaînes de valeur qui tiennent dans le temps.
— M. KOSI


