À Kinshasa, les travaux techniques de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) ont franchi une nouvelle étape. Depuis ce vendredi, la capitale congolaise accueille la 20e réunion du Comité des hauts fonctionnaires, une instance clé chargée d’harmoniser les politiques commerciales en Afrique. Pendant plusieurs jours, ces responsables examinent une série de rapports issus de différentes commissions spécialisées, dans le but de consolider les mécanismes d’intégration économique du continent.
Parmi les documents étudiés figurent les conclusions de la 9e réunion consacrée au système continental de transit, aux règles d’origine et à la facilitation du commerce, ainsi que celles de la 8e réunion des Directeurs généraux des douanes. Les échanges couvrent également les travaux du groupe sur le règlement des différends, la stratégie de mise en œuvre de la ZLECAF, ou encore les recommandations du comité sur le commerce des services.
Le Secrétaire général au Commerce extérieur, Jules Muilu Mbo, a précisé que ces rencontres ont pour ambition de renforcer le commerce intra-africain, encore trop marginal à l’échelle mondiale. Il a souligné l’importance de la conformité réglementaire, de l’unification des régimes douaniers, et de la mise en place effective d’instruments de facilitation des échanges. En d’autres termes, rendre plus fluide la circulation des marchandises, des services et des capitaux sur l’ensemble du continent.
Derrière cette dynamique technique, se profile une volonté politique forte. Les résultats de ces réunions seront transmis au Conseil des ministres du Commerce de la ZLECAF, qui se réunira à Kinshasa le 15 avril. Le lancement de cette session ministérielle sera présidé par Félix Tshisekedi, chef de l’État congolais, qui plaide depuis plusieurs années pour une intégration africaine accélérée.
À ce jour, la ZLECAF regroupe 54 pays, avec un marché combiné de plus de 1,3 milliard de consommateurs et un produit intérieur brut agrégé estimé à près de 3 400 milliards de dollars. Pourtant, selon les données de la CNUCED, le commerce intra-africain ne représente qu’environ 15 % des échanges totaux du continent, contre plus de 60 % en Europe ou en Asie. Ce déséquilibre structurel alimente la dépendance vis-à-vis des marchés extérieurs et freine la création de chaînes de valeur régionales.
Le modèle est pourtant clair : en intégrant leurs marchés, les pays africains pourraient générer jusqu’à 450 milliards de dollars supplémentaires de revenus d’ici 2035, selon les projections de la Banque mondiale. Cela passe par une uniformisation des règles d’origine, une résolution rapide des litiges commerciaux, mais aussi une ouverture progressive du commerce des services, secteur en pleine croissance dans de nombreuses économies africaines.
La ZLECAF fonctionne encore comme un chantier aux multiples couches. Si certains États ont déjà ratifié les protocoles de libéralisation tarifaire, d’autres peinent à adapter leurs législations nationales. C’est justement pour coordonner ces efforts que ces réunions techniques prennent toute leur importance. Elles traduisent le long travail de fond nécessaire pour faire de la libre circulation des biens une réalité concrète.
Kinshasa, ville hôte de ces sessions, symbolise à la fois les espoirs et les contradictions de l’intégration africaine. Située au cœur du continent, la capitale congolaise pourrait devenir une future plaque tournante logistique pour le commerce régional, à condition d’investir dans ses infrastructures et de renforcer ses capacités administratives.
La question reste entière : la ZLECAF parviendra-t-elle à surmonter les pesanteurs locales et à transformer l’ambition d’un marché commun africain en un levier concret de développement ?
— M. KOSI



