Kinshasa se réveille chaque matin dans un labyrinthe de tranchées, de déviations et de files sans fin. À force de travaux étirés ou suspendus, chaque course coûte plus cher et la facture du marché enfle. Les données confirment ce ressenti : au 8 août 2025, l’inflation cumulée atteint 5,05 % et le glissement annuel 7,79 %, nettement en dessous des niveaux d’il y a un an mais suffisamment pour rogner un budget déjà serré. Ces pressions se lisent aussi dans la contribution des “Transports” à la hausse des prix hebdomadaires suivie par la Banque centrale.
Sur la mobilité, la Ville-Province a fixé en janvier une grille officielle des tarifs de transport en commun (bus, minibus, taxi-bus) par itinéraire : par exemple Gare centrale → UPN à 3 000 CDF, Gare centrale → Rond-point Ngaba à 2 500 CDF, ou encore Ndjili → Sainte-Thérèse à 1 000 CDF. L’arrêté prévoit l’affichage obligatoire des prix dans les véhicules et l’interdiction du “demi-terrain”. Dans la pratique, l’application reste inégale : les embouteillages rallongent les trajets et certains chauffeurs imposent des suppléments.
Côté panier de la ménagère, les tendances récentes sont contrastées. En juillet-août à Kinshasa, la semoule a montré une forte volatilité (variations de prix “marque Extra” entre ~40 300 CDF et 58 000 CDF selon les périodes observées). À l’échelle nationale, les suivis du système IPC indiquent depuis début 2025 des hausses sur plusieurs produits : huile végétale +16 %, farine de manioc +3 %, riz importé +3 % (janv.–juin), alors même que certaines mesures fiscales fin 2024-début 2025 ont momentanément soulagé le riz, le sucre et d’autres importations. En clair : la conjoncture reste nerveuse, et chaque ralentissement de chantier renchérit le coût logistique qui finit sur l’étiquette.
Sur le terrain, des axes entiers basculent au ralenti. À Ndjili (tronçon Kimbuta), activité clairsemée en plein après-midi ; Nyangwe (Lingwala), engins au repos ; Kelembembe, arrêt total ; ex-24-Novembre/Kimbondo, une petite équipe s’accroche alors que le flux vers Selembao réclame un corridor performant. Chaque chantier gelé impose un détour ; chaque détour, un litre de carburant de plus ; et ce coût s’additionne dans la course, puis au marché. Le résultat est mécanique : prix du transport en hausse sur plusieurs lignes, délais multipliés, pouvoir d’achat rogné.
À l’approche de la rentrée scolaire et des pluies, la crainte est simple : des voies boueuses ou impraticables, des correspondances ratées, des tickets plus chers. Les ménages doivent alors arbitrer entre fournitures, trajets et nourriture. Une ville comme Kinshasa ne peut pas se permettre la paralysie saisonnière : c’est la moitié d’une journée de travail qui s’évapore dans la circulation ou devant un bus bondé.
Sur le fond, la modernisation du réseau routier reste nécessaire. La difficulté tient à l’exécution : phasage des travaux, signalisation lisible, maintien d’itinéraires alternatifs crédibles, contrôle de l’arrêté tarifaire (affichage, sanctions contre les abus), et synchronisation avec l’offre Transco et les lignes privées. Sans ce cadrage, les coûts cachés — temps perdu, surconsommation de carburant, retards de livraison — continuent d’alimenter la hausse des prix de détail, que l’on mesure déjà dans les séries de la BCC et les suivis de marché.
En clair : tant que les chantiers restent morcelés ou à l’arrêt, le coût de la mobilité devient un impôt informel sur les ménages. La grille tarifaire existe et peut protéger les passagers, mais elle doit vivre dans la rue : contrôles, affichage, numéros d’appel visibles, et retours rapides des usagers. C’est aussi un dossier de priorisation budgétaire : accélérer quelques tronçons-nœuds peut parfois libérer plus de pouvoir d’achat qu’une mesure macro isolée. Les chiffres d’inflation de la semaine ne disent pas autre chose : les transports pèsent sur la courbe, même quand l’indice global reflue.
— Peter MOYI



