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TICAD9 : la RDC mise sur le Japon pour Inga 3, la transformation du cobalt et l’agro-industrie

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À la veille de la TICAD9 (20–22 août, Yokohama), Kinshasa tend la main au capital japonais : transformer sur place le cobalt et les produits agricoles, sécuriser des financements pour Inga 3, et former les techniciens qui feront tourner les usines. C’est la feuille de route défendue par la Première ministre Judith Suminwa dans un entretien accordé à la télévision nippone. L’enjeu immédiat est clair : attirer des partenaires capables d’investir vite, proprement, et sur la durée. La conférence elle-même se tient bien à Yokohama, et non à Tokyo, un détail qui dit l’importance de la précision lorsqu’on parle d’investissements.

Le message s’appuie sur un précédent solide : la coopération nippone a déjà laissé des ouvrages clés en RDC. Le Pont Maréchal, à Matadi, souvent cité comme symbole de cette relation, a été construit avec l’appui du Japon et bénéficie aujourd’hui d’un programme de réhabilitation financé par une subvention d’environ 15 millions USD, signée fin 2024 entre JICA et le gouvernement congolais. Dans les notes de JICA, l’ouvrage (722 m) est rappelé comme une artère vitale du corridor Matadi-Kinshasa. Autrement dit : quand un accord est ficelé, les travaux suivent.

Sur les minerais, Kinshasa pousse l’idée simple : sortir du tout-export brut. Le partenariat évoqué entre la Gécamines et l’agence japonaise JOGMEC n’est pas un ballon d’essai ; c’est une piste déjà ouverte par la plate-forme « Minerals Security Partnership » qui a parrainé des discussions techniques et industrielles entre les deux parties. JOGMEC, très active sur le continent (présente au Mining Indaba 2024), cherche à sécuriser des chaînes d’approvisionnement et à diffuser des standards environnementaux, là où la RDC veut capter de la valeur par la transformation locale. Le croisement des intérêts existe. Reste à verrouiller les sites, les volumes, et la part de contenu local dans chaque projet.

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Et l’énergie ? Sans courant fiable, pas d’usine. Inga 3 revient donc au premier plan. Début juin 2025, la Banque mondiale a approuvé une première enveloppe (phase de préparation et d’investissements sociaux et d’infrastructures locales) destinée à poser les bases du programme. Des ONG ont exprimé des réserves, ce qui obligera Kinshasa et ses partenaires à documenter davantage les impacts sociaux et environnementaux. Pour les industriels, ce signal reste déterminant : des mégawatts bancables conditionnent la localisation d’ateliers de cathodes, de composants de batteries ou de parcs agro-industriels.

Ce que les investisseurs japonais veulent entendre

Trois garanties, au fond. Premièrement, une trajectoire d’électricité crédible — calendrier, coûts, et raccordements — adossée à des partenaires de rang 1. Deuxièmement, un cadre minier lisible (permis, fiscalité, partage des revenus) et des contrats qui réservent une place nette à la transformation locale. Troisièmement, des compétences. Sur ce point, la Première ministre a insisté : la RDC dispose d’un vivier de jeunes important. Les données démographiques confirment la tendance : près de la moitié des Congolais ont moins de 15 ans et l’âge médian tourne autour de 16 ans, ce qui, bien formé, devient un atout pour les chaînes industrielles.

Les signaux envoyés côté japonais, eux, ne datent pas d’hier. Outre le Pont Maréchal, la partie nippone a multiplié les missions publiques-privées en RDC et continue d’explorer des coopérations minières et techniques. Cette continuité compte : elle sert de boussole aux entreprises qui hésitent encore à franchir le pas de l’atelier congolais.

La diplomatie économique congolaise met aussi en avant la souveraineté — « La RDC est ouverte à tous les partenariats qui respectent sa souveraineté, sa vision et ses priorités », a martelé la Cheffe du gouvernement — et inscrit le rapprochement avec Tokyo dans une géographie plus large : paix à l’Est, diversification des débouchés, autonomisation des femmes. Derrière ces thèmes, il y a une stratégie crédible si elle se traduit par des tableaux de bord publics : volumes investis, emplois créés, part locale dans les achats, et résultats concrets sur les sites pilotes.

Pourquoi ce pari sur le Japon ? Parce que ses entreprises savent travailler dans des environnements exigeants, qu’elles disposent de technologies de procédés propres et qu’elles recherchent des partenariats stables. À court terme, la priorité pourrait être de verrouiller deux ou trois projets « phares » : un site de transformation de cuivre-cobalt assorti d’un plan ESG vérifiable, un investissement agro-industriel irrigué par des contrats de production avec des coopératives, et un programme de formation professionnelle cogéré avec des industriels (maintenance, électromécanique, chimie de procédés). À moyen terme, Inga 3 — si les jalons techniques et sociaux sont tenus — devra livrer des mégawatts à prix prévisible pour ancrer ces usines. L’agenda de Yokohama offre la scène ; les contrats diront le reste.

Enfin, un rappel utile pour le lecteur : si la diplomatie donne le ton, ce sont les chantiers qui fixent la cadence. Le Pont Maréchal l’a prouvé il y a quarante ans ; de nouveaux ouvrages et des ateliers de transformation peuvent aujourd’hui rejouer ce scénario, à condition de publier les termes des accords, d’ouvrir les appels d’offres et de mesurer publiquement l’impact économique local. C’est à ce prix que l’interview de Tokyo — et la séquence de Yokohama — se transformeront en usines, en emplois, et en recettes fiscales durables.

 » La RDC est ouverte à tous les partenariats qui respectent sa souveraineté, sa vision et ses priorités. « 

— M. KOSI

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