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Avec une inflation proche de 8 %, l’État vérifie l’étiquetage et la formation des prix dans les grandes surfaces de Kinshasa

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Kinshasa, 15 août. Le Vice-Premier ministre de l’Économie, Daniel Mukoko Samba, a réuni les responsables des grandes surfaces de la capitale — dont Kin Marché, S&K, City Market, GG Mart et Carrefour Hyperpsaro — pour un point d’étape sur les contrôles des prix en cours. L’objectif affiché : protéger le pouvoir d’achat par le respect de la liberté des prix et des règles de concurrence, avec des décisions attendues à partir d’un rapport final exigé dans les délais. Cette réunion confirme la phase d’accélération d’une opération déjà engagée sur le terrain.

Pourquoi l’État cible les grandes surfaces, maintenant ?

Depuis le 5–7 août, des équipes d’inspection arpentent les rayons pour vérifier l’affichage, la traçabilité des approvisionnements et la conformité des méthodes de fixation des prix. Cette séquence intervient après une polémique autour de tarifs contestés dans une enseigne très fréquentée, qui a mis la question des prix en supermarché au centre des conversations de la ville. La réunion du 15 août sert donc de rendez-vous d’alignement : recadrer, rappeler les obligations, exiger des corrections rapides lorsque des écarts sont constatés.

Le cadre légal est clair : la Loi n° 18/020 du 9 juillet 2018 encadre la liberté des prix et organise la concurrence. Elle fonde les pouvoirs de contrôle du ministère, prévoit des mécanismes de surveillance et met en place une Commission de la concurrence. Dans les faits, cela signifie que l’administration peut enquêter sur des pratiques de prix, exiger des informations sur les chaînes d’approvisionnement et sanctionner les manquements à la transparence — depuis l’étiquette en rayon jusqu’aux conditions d’achat auprès des fournisseurs.

Le contexte macroéconomique explique aussi la fermeté. Selon la Banque centrale du Congo, l’inflation hebdomadaire s’est établie à 0,13 % mi-juillet, avec un cumul annuel proche de 4,8 % et un glissement annuel autour de 7,9 %. En rythme mensuel, l’inflation est passée de 0,60 % en juin à 0,66 % en juillet 2025. Autrement dit, la pression des prix ne s’éteint pas ; quand l’étiquette n’est pas claire ou qu’un barème sort des clous, l’impact se voit immédiatement dans le panier des ménages.

Sur le terrain, les grandes enseignes structurent une part grandissante de la distribution. Kin Marché, par exemple, revendique plus de 30 points de vente à Kinshasa et un maillage national qui pèse sur la formation des prix de nombreux produits du quotidien. D’où l’intérêt de contrôles ciblés : un correctif chez un acteur de premier plan peut diffuser rapidement ses effets sur le reste du marché.

Ce que le ministère a demandé lors de la réunion ? D’abord, une transparence intégrale : fiches de coûts disponibles à la demande, cohérence entre l’étiquette, la caisse et les promotions, justification des surcoûts logistiques lorsque des ruptures d’acheminement surviennent. Ensuite, une cartographie claire des circuits de distribution pour repérer les goulots d’étranglement — ports, transport routier, délais de dégroupage — qui peuvent alimenter des écarts de prix injustifiés. Enfin, un rapport consolidé et délai tenu, afin de décider d’éventuelles mesures correctives sans laisser retomber l’effort. Le message, résumé par le ministre, tient en une formule : “respect des règles de transparence des marchés”.

Pour les consommateurs, l’effet attendu est double. À court terme, un affichage plus lisible et des prix cohérents d’un rayon à l’autre. À moyen terme, une concurrence plus saine entre enseignes, qui pousse à mieux négocier avec les grossistes, à rationaliser la logistique et, in fine, à stabiliser le ticket de caisse. Pour y parvenir, le ministère lie explicitement contrôles en magasin et éclairage de la chaîne d’approvisionnement : l’un sans l’autre ne suffit pas, surtout quand les importations, le fret ou l’énergie peuvent renchérir le coût d’un produit en quelques semaines.

Reste une question simple : quels résultats concrets, et quand ? Le rapport final attendu doit permettre de mesurer les corrections déjà opérées, d’identifier les poches de résistance et, si besoin, de sanctionner. L’initiative arrive au bon moment : les chiffres récents de la BCC montrent une inflation qui fléchit par rapport à 2024, sans retomber totalement. Agir sur la transparence et la formation des prix dans les grandes surfaces est l’un des leviers immédiats à la portée des autorités — et des enseignes elles-mêmes, qui jouent aussi leur crédibilité auprès d’un public désormais très attentif.

M. KOSI

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