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39,6 M USD contre l’érosion : qui fait quoi, où et dans quels délais ? (Enquête Lepoint.cd)

La Rédaction
Dernière mise à jour : août 27, 2025 11:35 am
La Rédaction
il y a 10 mois
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érosion kinshasa
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Le cap est fixé : accélérer les travaux anti-érosifs avant la prochaine saison des pluies. Sur instruction présidentielle, un appui financier additionnel est débloqué et le ministre des Infrastructures John Banza multiplie les inspections de terrain aux côtés de l’OVD, du BTC et de l’Office des Routes. La feuille de route est nette : sécuriser des zones sensibles à Ngaliema, Selembao, Mont-Ngafula et Kimbanseke, où la combinaison drainage + stabilisation des sols doit réduire les ravinements et protéger les habitations. Le message au public reste ferme : « Nous protégeons la vie de nos concitoyens et leurs habitations, mais chacun doit respecter les normes, ne pas construire sur les trottoirs ni jeter des ordures dans les canalisations. »

Où vont les 39,6 M USD et que changent-ils sur le terrain ?

Ngaliema – Bolikango. Ticket annoncé : 39,6 M USD. Maîtrise d’ouvrage OVD, exécution EAS (Aaron Sefu), contrôle BTC. Démarrage 15 juin 2025, 20 mois de calendrier. L’objectif est de neutraliser une tête d’érosion active qui déstabilise l’aval du bassin de Binza-UPN. Concrètement, le dispositif vise à capter les ruissellements, les canaliser vers des exutoires dimensionnés, reprofiler les pentes et protéger les talus par enrochements et revêtements. Ce maillon est structurant : en traitant l’amont, on soulage mécaniquement les charges d’eau plus bas dans la ville.

Ngaliema – Masikita. Pôle d’études orienté stabilisation des sols et gestion des eaux. Le bureau « La construction à 360° » encadre l’exécution confiée à WGC. Le principe est d’assurer la continuité hydraulique du sous-bassin Binza-UPN : limiter les points de rupture, casser la vitesse des écoulements et sécuriser les débouchés pour éviter les débordements en « rivières de rue ».

Selembao – Avenue Samba. Un collecteur de 1 500 m est programmé : 700 m posés, 800 m à réaliser en urgence. Plus la section utile est continue, plus la capacité d’évacuation augmente et moins la chaussée se transforme en chenal. La condition de réussite : curage régulier et respect des emprises pour empêcher l’obturation par déchets ou remblais.

Selembao – Site Dumez. GUANGFA construit un collecteur principal de 680 m (3 m × 3,80 m) et cinq caniveaux secondaires. Avec une section de près de 11,4 m², on parle d’un ouvrage de gros débit pensé pour absorber les pics de ruissellement et répartir la charge via les latéraux. L’enjeu technique est la dissipation d’énergie en aval pour éviter les reprises d’érosion.

Selembao – Makengo. SCIC réalise un caniveau 2 m × 2 m qui relie huit avenues. L’interconnexion diminue les concentrations d’eau sur un seul axe et répartit les flux ; c’est une logique de réseau et non de point : moins de surcharges, moins de ravinement.

Selembao – Maman Koko (LAE). CGCD a livré un mur de soutènement pour sécuriser les parcelles en bordure. Vigilance néanmoins sur la savane voisine fragilisée par les pressions foncières : sans protection végétale et contrôle des remblais, le pied de talus peut repartir.

Mont-Ngafula – Kimwenza. Programme hybride : ouvrages de génie civil et solutions fondées sur la nature selon un plan topographique 2023 de l’OVD. Reboisement ciblé, revégétalisation des talus, seuils de ralentissement : l’idée est d’infiltrer une partie des crues et de ralentir le reste pour protéger les bas-fonds.

Mont-Ngafula – Kindele. Un collecteur reste à boucler sur 300 m. L’empiètement d’habitations complique la pose et le respect des pentes. Sans droits de passage clarifiés et chantier sécurisé, le tronçon manquant devient un goulot ; une fois raccordé, il doit offrir une ligne d’écoulement continue jusqu’à l’exutoire.

Kimbanseke – Avenues de l’École et Kasa-Vubu. L’entreprise Ashura est mobilisée, BTC au contrôle, OVD à la surveillance. On cible un nœud de ruissellement bien connu : dévier les flux vers des axes dimensionnés, protéger les abords d’école et préserver les chaussées par des sections fermées et des regards d’accès pour l’entretien.

Logique opérationnelle. Les équipes déroulent un triptyque clair :

  1. Collecter (caniveaux secondaires, raccordements de quartier) ;
  2. Transiter (collecteurs principaux aux bonnes pentes) ;
  3. Délivrer (exutoires entretenus).
    La maintenance fait la différence : curage au début des pluies, évacuation des sédiments, lutte contre les branchements sauvages. Côté citoyens, la règle est simple : pas de constructions sur trottoirs ou emprises, pas de déchets dans les canalisations. « À chacun de faire sa part », insiste le ministre.

Calendrier et points de suivi. Fenêtre critique : la montée en régime septembre-octobre. Priorités : finir les 800 m restants sur Samba, livrer les 300 m à Kindele, valider les latéraux de Dumez et sécuriser les talus à Bolikango pour réduire les entrées de matériaux fins dans les réseaux. Le volet financier annoncé doit sécuriser l’approvisionnement en béton, armatures et buses, et stabiliser les cadences des entreprises. À terme, le ministère promet d’étendre la méthode aux autres provinces : même recette — diagnostic par bassins versants, ouvrages calibrés, entretien documenté.

Au fond, cette riposte n’est pas qu’une affaire d’ouvrages. C’est une discipline collective : des projets dimensionnés, des chantiers tenus, des réseaux entretenus et des comportements responsables. Si ces conditions tiennent, Kinshasa peut réduire sensiblement les dégâts récurrents liés aux pluies et préserver ses infrastructures autant que ses quartiers.

— Peter MOYI

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