Le franc congolais évolue sur un marché flottant : ses mouvements face au dollar relèvent d’un fonctionnement courant du marché des devises. Les récentes interventions de la Banque centrale ont soutenu une appréciation ponctuelle, sans transmission immédiate aux prix.
Un régime de change flottant expose la monnaie aux variations de l’offre et de la demande. En RDC, les cours réagissent aux flux de capitaux, aux échanges commerciaux, aux réserves de change et à l’orientation de la politique monétaire. La question utile n’est pas la variation d’une semaine, mais la recherche d’un taux d’équilibre compatible avec la stabilité macroéconomique, la compétitivité externe et une croissance inclusive.
Ce que cela implique pour la politique économique
Les mesures de court terme — ventes de devises, resserrement de la liquidité bancaire — peuvent calmer la demande de dollars et appuyer le franc sur le marché local. Leur effet reste transitoire. La solidité de la monnaie se joue d’abord dans la structure de l’économie : élargir la base productive, formaliser une large part des activités, tenir la trajectoire budgétaire et soutenir des exportations à plus forte valeur ajoutée. La mise en œuvre se heurte à un contexte géopolitique difficile, avec des contraintes réelles sur la capacité d’action publique.
L’absence de baisse instantanée des prix intérieurs après une appréciation du franc tient à des mécanismes bien identifiés. Les agents ajustent leurs décisions en fonction d’anticipations : si la variation du taux de change est perçue comme temporaire, ils attendent de la confirmer. Les « coûts de menu » freinent la modification fréquente des tarifs. La coordination est plus lente dans un tissu économique largement informel. À cela s’ajoute un marché de change encore peu encadré, où la spéculation accroît l’incertitude et pèse sur la crédibilité d’une tendance.
L’épisode du second semestre 2020 l’illustre : après une phase d’appréciation du franc, le dollar est reparti à la hausse, avec à la clé de l’inflation importée et une instabilité des prix coûteuse pour les ménages comme pour les entreprises. La leçon reste d’actualité : patience analytique, vigilance sur les fondamentaux et prudence dans les jugements hâtifs.
Au total, l’évaluation du taux de change doit s’inscrire dans le temps long. Le pilotage monétaire vise la stabilité des prix et une liquidité compatible avec l’activité. La politique budgétaire soutient l’ancrage des anticipations par une gestion rigoureuse des recettes et des dépenses. L’objectif partagé demeure un taux d’équilibre qui reflète les capacités réelles de production et les termes de l’échange, afin de limiter la volatilité importée et d’améliorer la visibilité des acteurs économiques.
— M. KOSI



