L’Inspection générale des Finances veut remplacer progressivement les vérifications manuelles et ponctuelles par une surveillance digitalisée des flux financiers publics. Son plan 2026-2028 est évalué à 39 millions USD, dont 17 millions restent à mobiliser.
Le président Félix Tshisekedi a reçu, jeudi 23 juillet 2026 à la Cité de l’Union africaine, le nouveau plan stratégique de l’Inspection générale des Finances pour la période 2026-2028. Présenté par Christophe Bitasimwa Bahii, chef de service de l’IGF, ce programme prévoit une transformation des méthodes utilisées pour contrôler les recettes, les dépenses et les opérations financières des organismes publics.
L’IGF veut passer d’interventions principalement physiques, manuelles et limitées dans le temps à un système fondé sur la collecte permanente de données, l’interconnexion des plateformes publiques et l’analyse automatisée des risques. L’objectif déclaré consiste à surveiller plus largement les flux financiers et à détecter certaines irrégularités avant qu’elles ne produisent des pertes pour les finances publiques.
Le plan est estimé à 39 millions USD sur trois ans. Selon les données publiées par l’IGF, des sources de financement correspondant à 22 millions USD seraient déjà identifiées, soit environ 56 % du coût total. Les 17 millions USD restants, représentant près de 44 % du budget, devront encore être mobilisés. Ces proportions résultent d’un calcul de Lepoint.cd à partir des montants communiqués par l’institution.
Une surveillance fondée sur les données financières
Le dispositif annoncé repose sur ce que l’IGF appelle le contrôle systémique. Contrairement à une mission limitée à l’examen de pièces comptables ou à la vérification d’opérations déjà exécutées, cette méthode doit analyser le fonctionnement global des systèmes de gestion et identifier les mécanismes qui rendent possibles les fraudes, les dépenses irrégulières ou les pertes de recettes.
L’IGF prévoit notamment de renforcer la traçabilité des flux financiers, d’automatiser l’analyse des données budgétaires, fiscales et douanières et de connecter progressivement ses outils aux plateformes utilisées par les administrations publiques. La dématérialisation de certaines procédures et l’acquisition d’infrastructures numériques doivent commencer dès 2026, selon le calendrier présenté par l’institution.
Le plan stratégique comprend six axes. Les éléments publiés citent notamment la transformation digitale, le contrôle fondé sur les risques, la valorisation du patrimoine de l’État et le renforcement institutionnel de l’IGF. L’ambition affichée est de réduire la dépendance des inspecteurs aux seules informations transmises par les organismes contrôlés et de permettre à l’institution de produire ses propres analyses à partir de données recoupées.
Cette évolution doit également limiter certaines faiblesses attribuées au modèle de la « patrouille financière ». Celui-ci mobilise des inspecteurs de manière permanente au sein des administrations et des entreprises publiques, avec des coûts opérationnels élevés et des résultats qui peuvent s’affaiblir après le retrait des équipes. Le nouveau système doit davantage concentrer les ressources humaines sur les opérations présentant les risques financiers les plus élevés.
Le soutien présidentiel ne vaut pas encore exécution

Christophe Bitasimwa était accompagné de son adjoint Emmanuel Tshibingu lors de la présentation. Le chef de service de l’IGF a déclaré vouloir transformer l’institution en un organe d’intelligence financière capable d’accompagner la gouvernance publique. Félix Tshisekedi a exprimé son soutien à cette orientation et promis son implication dans la mise en œuvre du plan.
Ce soutien politique ne constitue toutefois ni un décaissement des financements annoncés ni la preuve que les plateformes publiques sont déjà interconnectées. Les performances du nouveau modèle devront être mesurées à partir de sa capacité à accéder à des données fiables, à détecter rapidement les opérations inhabituelles et à faire appliquer les mesures correctives par les institutions concernées.
La digitalisation soulève aussi une question de coordination. La surveillance permanente des flux financiers suppose que les régies financières, les ministères, les entreprises publiques et les autres organismes contrôlés disposent de systèmes compatibles et transmettent des données complètes. Sans cette interconnexion, l’IGF continuerait de dépendre d’informations fragmentées ou communiquées après l’exécution des opérations.
La première évaluation concrète du plan portera donc sur la mobilisation des 17 millions USD encore recherchés, l’acquisition des infrastructures numériques et le lancement effectif des connexions avec les plateformes publiques de gestion financière.
— M. MASAMUNA









Votre avis compte
Une precision, un chiffre a corriger, une experience terrain ou une question utile ? Votre commentaire peut enrichir le debat economique.