Agriculture : BAD, Banque mondiale et quatre institutions veulent renforcer les financements des engrais et de la logistique

Six grandes institutions multilatérales veulent coordonner davantage leurs financements autour des engrais et des chaînes agricoles, de la production jusqu’au transport vers les exploitations. Pour la RDC, où l’utilisation d’engrais reste parmi les plus faibles au monde, cette orientation touche directement l’un des principaux verrous de la productivité agricole.

La Rédaction

Six grandes institutions multilatérales veulent coordonner davantage leurs financements autour des engrais et des chaînes agricoles, de la production jusqu’au transport vers les exploitations. Pour la RDC, où l’utilisation d’engrais reste parmi les plus faibles au monde, cette orientation touche directement l’un des principaux verrous de la productivité agricole.

La Banque africaine de développement, le Groupe de la Banque mondiale, le Fonds international de développement agricole, la Banque asiatique de développement, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement et le Groupe de la Banque interaméricaine de développement ont annoncé leur volonté de bâtir une feuille de route commune destinée à renforcer les chaînes d’approvisionnement en engrais.

Leur approche dépasse le simple achat d’intrants. Les six institutions veulent accroître les financements destinés à la production d’engrais, aux matières premières en amont, à la transformation, au blending, au stockage, au transport et aux infrastructures nécessaires à leur distribution. Elles veulent parallèlement renforcer le suivi des marchés pour améliorer la disponibilité des fertilisants au moment où les agriculteurs en ont besoin.

Le programme prévoit également des investissements dans les diagnostics des sols, les recommandations de fertilisation adaptées aux cultures, l’agriculture de précision, les outils numériques, le conseil agricole et la recherche. L’accès des petits producteurs et des entreprises agroalimentaires au financement, aux intrants, à la logistique et aux marchés figure également dans la feuille de route envisagée.

De l’engrais à la route, toute la chaîne devient finançable

Cette approche est particulièrement importante pour l’Afrique. Le coût de l’engrais payé par un exploitant ne dépend pas uniquement du prix sorti usine. Transport international, acheminement intérieur, entreposage, financement des stocks et réseau de distribution peuvent fortement alourdir le prix final. La nouvelle coordination des bailleurs traite donc la fertilisation comme une chaîne économique complète, et non comme un simple problème d’approvisionnement.

Elle rejoint les engagements pris par les États africains lors du sommet de Nairobi sur les engrais et la santé des sols. L’Union africaine s’est fixé pour 2034 l’objectif de tripler la production et la distribution domestiques d’engrais certifiés, tout en développant des outils financiers tels que les garanties de crédit commercial, le fonds de roulement et les mécanismes destinés à réduire les coûts dans les chaînes d’approvisionnement.

Le continent souhaite également fournir à au moins 70 % des petits exploitants des recommandations agronomiques adaptées aux cultures, aux sols et aux conditions climatiques, ainsi qu’un accès à des services de conseil sur les engrais et la santé des sols.

La BAD dispose déjà d’un outil spécialisé, l’Africa Fertilizer Financing Mechanism, conçu pour faciliter le financement de la production, de l’achat et de la distribution des engrais organiques et minéraux. Le mécanisme peut notamment intervenir sur les contraintes de crédit rencontrées par les acteurs de la chaîne.

En RDC, seulement 2,79 kg d’engrais par hectare

Pour la République démocratique du Congo, la question de la productivité apparaît immédiatement dans les données. Selon les statistiques de la FAO reprises dans les indicateurs de la Banque mondiale, la consommation d’engrais en RDC s’établissait à seulement 2,79 kilogrammes par hectare de terres arables en 2023.

À titre de comparaison, la moyenne des pays à faible revenu atteignait 14,28 kg par hectare. L’utilisation congolaise représentait ainsi moins de 20 % de cette moyenne, soit un niveau environ cinq fois inférieur, selon un calcul de Lepoint.cd.

Cette différence replace le débat agricole congolais au-delà de la seule disponibilité des terres. Une exploitation peut disposer d’espace sans atteindre des rendements élevés lorsque les intrants adaptés, l’analyse des sols, le crédit, les entrepôts et les voies d’évacuation restent insuffisamment accessibles.

La RDC dispose déjà d’un cadre pouvant servir de point d’entrée à ce type de financements. Après le sommet Dakar 2 sur la souveraineté alimentaire, elle figurait parmi les six premiers pays africains ayant installé un Conseil présidentiel chargé du suivi du Pacte national pour l’alimentation et l’agriculture. La BAD a indiqué en 2024 qu’elle prévoyait d’investir 2,9 milliards USD à l’échelle du continent pour soutenir les différents pactes nationaux.

L’intérêt de la nouvelle coordination multilatérale pour Kinshasa réside donc dans la convergence entre plusieurs besoins déjà identifiés dans l’agriculture congolaise. Fertilisation, diagnostic des sols, accès au crédit, stockage et transport peuvent désormais être présentés aux partenaires comme les maillons d’un même investissement productif.

Pour la RDC, augmenter la production agricole dépendra ainsi moins de la superficie théoriquement disponible que de la capacité à connecter capital, intrants, technologie et logistique jusqu’au producteur.

M. MASAMUNA

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