Avec 1,44 milliard USD de total de bilan, 1,153 milliard de dépôts et 695,5 millions USD de crédits, Sofibanque a changé d’échelle en 2025. La lecture prudentielle apporte toutefois l’information la plus structurante. Les risques pondérés ont progressé de 36,1 %, légèrement plus vite que les fonds propres réglementaires, tandis que l’exigence de capital liée au risque opérationnel a plus que doublé selon un calcul de notre rédaction. La banque conserve néanmoins une solvabilité globale de 20,96 %.
Sofibanque a terminé 2025 avec un produit net bancaire de 129,33 millions USD, en hausse de 27 %, et un bénéfice net de 39 millions USD, en progression de 33 %. Ces taux impliquent un PNB d’environ 101,8 millions USD et un résultat net proche de 29,3 millions USD en 2024, selon un calcul de Lepoint.cd.
Le bilan atteint 1,44 milliard USD, avec 1,1526 milliard de dépôts et 695,5 millions de crédits. Le rapport crédits sur dépôts ressort ainsi à environ 60,3 %. Ce rapport comptable signifie qu’un peu plus de 60 USD de crédits sont inscrits au portefeuille pour 100 USD de dépôts collectés. Il ne doit pas être assimilé au coefficient prudentiel réglementaire de transformation. Les principaux indicateurs financiers sont publiés dans le rapport annuel 2025 de la banque.
Rapportée au système bancaire congolais, cette activité donne une première mesure du poids pris par l’établissement. La Banque centrale du Congo évalue les crédits bruts du secteur à 10,266 milliards USD à fin décembre 2025, en progression de 20,2 % sur un an. Les dépôts atteignaient parallèlement 16,241 milliards USD. Les 695,5 millions USD de crédits publiés par Sofibanque équivalent ainsi à environ 6,8 % de l’encours sectoriel, tandis que ses dépôts représentent près de 7,1 % du total recensé par la BCC. Ces proportions restent des ordres de grandeur, les périmètres comptables n’étant pas nécessairement strictement identiques.
Une croissance qui mobilise davantage de capital
La progression du bilan s’accompagne d’une augmentation rapide des expositions au risque. Les fonds propres réglementaires sont passés de 145,4 millions USD en 2024 à 191,1 millions en 2025, soit une hausse calculée de 31,4 %. Dans le même temps, les risques pondérés ont atteint 911,9 millions USD, en progression de 36,1 %. Les actifs risqués ont donc augmenté un peu plus vite que le capital réglementaire disponible pour les absorber.
Le coussin reste néanmoins élevé. La solvabilité globale atteint 20,96 %, contre un minimum réglementaire de 10 % indiqué par Sofibanque, ou 12,5 % avec le coussin de conservation. Le ratio Tier 1 ressort à 18,86 % et la consommation des fonds propres à 59,64 %, sous le seuil d’appétence retenu par la banque.
L’évolution la plus marquée concerne le risque opérationnel. L’exigence de fonds propres qui lui est affectée atteint 16,3 millions USD, soit 8,51 % des fonds propres, contre 5,02 % en 2024. En appliquant ce dernier ratio aux 145,4 millions USD de fonds propres réglementaires de 2024, l’exigence ressort à environ 7,3 millions USD. Elle aurait donc augmenté d’environ 123 % en un an, selon un calcul de Lepoint.cd.
La banque associe cette évolution à l’expansion de ses activités et au renforcement de l’identification des risques. Fraude interne et externe, risques juridiques et fiscaux et cybercriminalité figurent parmi les expositions suivies. Sofibanque indique avoir renforcé ses dispositifs de détection et de prévention des intrusions, ses plans de continuité et son site informatique de secours de niveau Tier 3.
La gouvernance accompagne cette montée en charge. Les cinq comités spécialisés sont installés, mais Sofibanque indique que leur composition devait encore être ajustée fin 2025 pour répondre pleinement aux exigences réglementaires en matière d’indépendance. Le Conseil d’administration comptait alors huit membres, dont quatre indépendants.
Le crédit progresse dans une économie encore fortement dollarisée
Cette expansion a été réalisée pendant une année où les conditions monétaires sont restées restrictives pendant neuf mois. La BCC avait maintenu son taux directeur à 25 % avant de le ramener à 17,5 % le 7 octobre 2025, soit une baisse de 750 points de base. Le mouvement d’assouplissement s’est poursuivi fin décembre avec la réduction des réserves obligatoires afin de libérer davantage de liquidité pour le financement de l’économie.
La transmission de cette politique reste toutefois particulière en RDC. À fin décembre, 87,18 % des dépôts bancaires étaient encore libellés en devises, contre 12,82 % en monnaie nationale. Le coût d’une grande partie du crédit dépend donc aussi du dollar, des conditions de financement internationales, du risque de contrepartie et des ressources en devises mobilisées par les banques.
Dans ce contexte, les 695,5 millions USD de crédits de Sofibanque constituent l’indicateur le plus directement lié à son rôle d’intermédiation. Le rapport décrit une activité de détail axée notamment sur les salariés, les crédits aux particuliers et les avances sur salaire. Du côté corporate, la banque développe des solutions autour des cycles de paiement des entreprises et des relations entre donneurs d’ordre, fournisseurs et prestataires.
Le Grand Katanga occupe une place particulière dans ce modèle. Sofibanque indique financer des sous-traitants, prestataires et acteurs logistiques gravitant autour des entreprises minières. Elle cite notamment un dispositif mis en place avec Glencore, dans lequel elle intervient sur le règlement des prestataires et le financement de leurs délais de paiement. Cette architecture permet à la banque de connecter le crédit, les dépôts et les flux transactionnels d’un même écosystème économique.
L’exercice 2025 présente ainsi une banque dont la rentabilité et les volumes progressent simultanément. Le PNB gagne 27 %, le bénéfice 33 %, les fonds propres réglementaires 31,4 % et les risques pondérés 36,1 %. Pour Sofibanque, la prochaine séquence dépendra donc autant de sa capacité à développer le crédit que de son aptitude à faire croître le capital, maintenir la qualité des actifs et contenir les risques opérationnels à mesure que son bilan s’élargit.
M. KOSI









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