La République démocratique du Congo dispose désormais du cadre juridique destiné à faire fonctionner son premier marché boursier. La loi n°26/034 du 20 août 2026 relative aux marchés boursiers a été publiée le 2 septembre au Journal officiel. Le Gouvernement vise les premières cotations entre juin et décembre 2027. Au-delà du calendrier institutionnel, une question devient centrale pour le marché congolais : quelles entreprises disposent déjà de la taille, de la transparence financière et de la gouvernance nécessaires pour constituer le premier noyau de la Kinshasa Stock Exchange ?
La réforme boursière congolaise quitte progressivement le seul terrain législatif. Le texte publié dans un numéro spécial du Journal officiel donne une base juridique à la Kinshasa Stock Exchange, à l’Autorité de régulation des marchés financiers et aux différentes infrastructures nécessaires aux transactions sur titres.
L’objectif économique est d’élargir les sources de financement disponibles. Une entreprise pourra rechercher des capitaux en ouvrant une partie de son capital à des investisseurs ou lever une dette à moyen et long terme par émission obligataire. Pour Doudou Fwamba, ministre des Finances, la réforme doit également orienter une partie de l’épargne nationale vers les entreprises et permettre aux Congolais de devenir actionnaires de sociétés nationales ou multinationales opérant dans le pays.
Le projet prévoit également que les titres puissent être libellés aussi bien en francs congolais qu’en dollars, une configuration adaptée à une économie encore fortement dollarisée. Le choix permettrait aux entreprises de lever des ressources dans les deux monnaies tout en créant progressivement un marché de capitaux en CDF.
La Société financière internationale accompagne déjà ce chantier. Son programme DRC Capital Market Development II, approuvé en mars 2026 et actif jusqu’en 2030, dispose d’un budget estimé à 1,5 million USD pour appuyer les réformes juridiques, institutionnelles et techniques nécessaires au fonctionnement des marchés de capitaux congolais.
Le marché doit maintenant construire toute son infrastructure
Le calendrier annoncé place les premières opérations entre juin et décembre 2027. D’ici là, le dispositif doit passer par l’installation du comité d’opérationnalisation, le déploiement de l’Autorité de régulation des marchés financiers, l’adoption du règlement général, l’agrément de la Kinshasa Stock Exchange, la désignation du dépositaire central des titres et des banques de règlement ainsi que la mise en service de l’infrastructure numérique de cotation et de post-marché connectée au système national de paiement supervisé par la BCC.
La loi prévoit également des incitations fiscales pour les entreprises qui choisiront la cotation, notamment une réduction de l’impôt sur les bénéfices et profits. Le succès de cette politique dépendra cependant de la qualité des premières sociétés admises. Une jeune Bourse a besoin d’entreprises capables de publier régulièrement des états financiers, de communiquer avec des investisseurs, de respecter des exigences de gouvernance et surtout d’offrir suffisamment de titres au marché pour créer de la liquidité.
C’est ici que les banques disposent d’un avantage structurel. Elles sont déjà soumises aux exigences de publication Pilier III de la Banque centrale, disposent de commissaires aux comptes et publient pour plusieurs d’entre elles des états financiers détaillés. Ce niveau de préparation explique pourquoi le secteur bancaire pourrait naturellement fournir plusieurs des premiers dossiers de cotation.
Cinq entreprises à surveiller avant 2027
À partir de la taille des entreprises, de leur niveau actuel de publication financière, de leur structure actionnariale et de l’expérience boursière éventuelle de leurs groupes, Lepoint.cd retient cinq profils particulièrement intéressants pour observer la constitution du futur pipeline de la KSE.
Rawbank présente probablement l’un des dossiers bancaires les plus immédiatement lisibles. La banque a terminé 2025 avec 6,82 milliards USD d’actifs, 4,8 milliards de dépôts, 2,29 milliards de crédits bruts et 231,6 millions USD de résultat net. Elle publie déjà des rapports annuels détaillés et dispose d’une taille suffisante pour fournir au futur marché une valeur bancaire de référence.
EquityBCDC dispose d’un autre avantage, l’expérience boursière de sa maison mère. Equity Group Holdings est coté à Nairobi et ses actions sont également admises aux marchés ougandais et rwandais. Sa filiale congolaise publie déjà des informations financières et prudentielles régulières. Une éventuelle ouverture locale du capital s’inscrirait donc dans un groupe qui maîtrise déjà les obligations liées aux marchés publics de capitaux.
Sofibanque offre un profil différent, celui d’une banque indépendante profondément implantée en RDC. Son bilan a atteint 1,44 milliard USD en 2025, avec 1,1526 milliard de dépôts, 695,5 millions de crédits et 39 millions USD de bénéfice net. La banque publie désormais un rapport annuel détaillé sur sa gouvernance, ses risques et ses performances, caractéristiques importantes pour une entreprise appelée à dialoguer avec des actionnaires publics.
Airtel Congo RDC SA constitue un candidat naturel à surveiller dans les télécommunications. Sa maison mère, Airtel Africa, est cotée à Londres et au Nigerian Exchange depuis 2019. En juin 2026, l’IFC a également approuvé un nouveau financement destiné notamment à sa filiale congolaise pour soutenir l’expansion et la modernisation du réseau. Une entreprise de télécommunications apporterait à la KSE un profil très différent des banques et permettrait d’exposer les investisseurs à la croissance numérique du pays.
Le dossier le plus emblématique serait toutefois Kamoa Copper. Le complexe Kamoa-Kakula a généré 3,28 milliards USD de revenus en 2025, avec un EBITDA de 1,45 milliard USD et une production de 388 838 tonnes de cuivre. L’État congolais détient directement 20 % du projet, aux côtés d’Ivanhoe Mines, Zijin Mining et Crystal River. Alors que les autorités présentent les sociétés minières parmi les premières cibles du futur marché, une valeur de cette dimension donnerait immédiatement à la place de Kinshasa une visibilité internationale.
Ces cinq profils ne présentent pas le même objectif financier. Une banque peut rechercher de nouveaux fonds propres pour soutenir son crédit, un opérateur télécom financer ses investissements, tandis qu’une société minière peut ouvrir son capital pour élargir sa base d’investisseurs. Mais ils illustrent déjà le type d’entreprises capables de transformer la loi du 20 août en véritable marché.
Le premier test de la Kinshasa Stock Exchange sera donc moins son inauguration que la qualité de sa première cote. Une place financière commence réellement à peser lorsque les entreprises y trouvent du capital, que les investisseurs peuvent acheter et revendre leurs titres et que l’épargne nationale devient une source durable de financement de l’économie réelle.
Peter MOYI









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