Les livraisons de cathodes de cuivre congolaises aux États-Unis ont atteint 53 290 tonnes en juillet 2026, leur plus haut niveau historique. La RDC a représenté 23,9 % des importations américaines du mois, alors qu’elle avait expédié moins de 32 000 tonnes sur l’ensemble de 2024. Cette accélération ne repose plus seulement sur la rivalité stratégique entre Washington et Pékin. Reuters relève une meilleure acceptation du cuivre congolais par les industriels américains et un avantage de prix pouvant atteindre plusieurs centaines de dollars par tonne face aux marques livrables sur le COMEX.
Le changement d’échelle est spectaculaire. Les États-Unis ont importé plus de 220 000 tonnes de cuivre en juillet, également un record mensuel, dont 53 290 tonnes en provenance de RDC. Un seul mois représente ainsi au moins 66 % de plus que la totalité des volumes congolais importés par les États-Unis en 2024, en prenant 32 000 tonnes comme plafond de comparaison. Le Bureau américain du recensement montre parallèlement que la valeur de l’ensemble des marchandises importées de RDC a atteint 712,7 millions USD en juillet, contre 98,7 millions en juin, ce qui confirme l’accélération brutale des flux commerciaux entre les deux pays.
Cette progression intervient alors que la RDC dispose elle-même de davantage de métal à commercialiser. Les statistiques provisoires du ministère des Mines font état de 1,724 million de tonnes de cuivre exportées au premier semestre 2026, dont 1,477 million de tonnes sous forme de cathodes à 99,99 %. Après un record annuel de 3,4 millions de tonnes en 2025, le pays consolide ainsi sa position de deuxième producteur mondial et de premier producteur africain.
Le cuivre congolais entre directement dans les usines américaines
L’élément nouveau tient surtout à la destination industrielle de ce métal. Aucun cuivre produit en RDC ne figure encore parmi les marques pouvant être livrées contre les contrats du COMEX américain. Seules deux marques africaines, toutes deux zambiennes, disposent actuellement de cette homologation. Cette situation n’empêche pourtant plus les consommateurs physiques américains d’acheter directement des cathodes congolaises. Reuters rapporte que le métal est notamment utilisé par des fabricants de tiges de cuivre et de tubes, signe que la progression des volumes ne repose pas uniquement sur des opérations financières ou du stockage.
Le prix joue également en faveur de la RDC. Des opérateurs interrogés par Reuters indiquent que le cuivre congolais est généralement commercialisé sur une base liée au London Metal Exchange, avec une décote d’environ 550 à 800 USD par tonne, notamment pour absorber les coûts de transport. Durant l’été, le cuivre coté aux États-Unis s’échangeait parallèlement avec une prime pouvant atteindre 400 à 600 USD par tonne par rapport au LME. Pour certains industriels américains, acheter du cuivre congolais non homologué COMEX pouvait donc rester économiquement avantageux.
Cette mécanique s’inscrit dans un marché américain exceptionnellement tendu. Les États-Unis avaient déjà importé près de 885 000 tonnes de cathodes raffinées au premier semestre 2026, soit plus du double du niveau enregistré sur la même période de 2024. Les anticipations de nouvelles mesures tarifaires sur le cuivre raffiné à partir de 2027 ont attiré d’importants volumes vers les États-Unis et contribué à gonfler les stocks du COMEX.
À 53 290 tonnes, la RDC représente désormais presque un quart du cuivre importé par les États-Unis sur un mois. Ce seuil change la nature de la relation commerciale. Le cuivre congolais n’est plus seulement présenté à Washington comme une ressource stratégique à sécuriser pour l’avenir. Il entre déjà, en volumes significatifs, dans la chaîne industrielle américaine.
La Chine reste dominante, mais le deuxième débouché devient mesurable
La montée américaine doit toutefois être replacée face aux volumes chinois. La Chine a encore importé 95 778 tonnes de cuivre congolais en juillet, soit près de 1,8 fois le volume expédié vers les États-Unis. La RDC restait son premier fournisseur avec 39,4 % du marché chinois ce mois-là. Sur les sept premiers mois de 2026, les achats chinois de cuivre congolais ont néanmoins reculé de 4,3 %, même si la part de marché de la RDC en Chine a progressé de cinq points pour atteindre 44,7 %.
Le rapprochement des deux destinations devient néanmoins révélateur. En juillet, les États-Unis ont absorbé un volume équivalant à environ 56 % de celui acheté par la Chine, d’après les calculs de notre rédaction. Pour un secteur congolais historiquement très dépendant de la demande chinoise, l’apparition d’un acheteur capable de prendre plus de 50 000 tonnes en un mois introduit une diversification commerciale jusque-là beaucoup moins visible dans les statistiques physiques.
Cette évolution rejoint les investissements américains autour du Corridor de Lobito et les initiatives de commercialisation engagées avec la Gécamines. Mais les données de juillet apportent un élément supplémentaire. Avant même que toute cette architecture ne soit pleinement déployée, le marché américain commence déjà à absorber directement davantage de cuivre congolais.
La question sera désormais de savoir si ce record constitue un mouvement ponctuel alimenté par les écarts de prix et les anticipations tarifaires américaines, ou le début d’une modification durable des débouchés du cuivre de la RDC. Si des volumes comparables se maintiennent plusieurs mois, Kinshasa pourrait progressivement disposer de deux grands marchés concurrents pour une partie croissante de ses cathodes, avec la Chine toujours dominante mais des États-Unis devenus beaucoup plus difficiles à considérer comme un débouché marginal.
M. KOSI









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