Plusieurs fournisseurs chinois de terres rares ont interrompu certaines expéditions vers les États-Unis, redoutant d’être sanctionnés par Pékin dans un contexte de nouvelles tensions commerciales. L’incident intervient avant la rencontre annoncée entre Donald Trump et Xi Jinping le 24 septembre et remet en évidence la dépendance américaine envers les capacités chinoises de transformation. Pour la RDC, déjà engagée dans un partenariat minier avec Washington, cette pression renforce la valeur stratégique du cuivre, du cobalt, du germanium et du lithium congolais dans la recherche américaine de chaînes d’approvisionnement alternatives.
Reuters rapporte que plusieurs entreprises chinoises ont suspendu des livraisons destinées à des clients américains après les sanctions imposées en août par Pékin à la Responsible Business Alliance, une organisation américaine active dans les standards de chaînes d’approvisionnement. Les entreprises concernées craignent notamment que le respect de certaines procédures occidentales de diligence raisonnable puisse les exposer à des mesures chinoises. Les tensions touchent des matériaux comme l’yttrium, le tungstène ou encore certains composés utilisés dans les semi-conducteurs, l’aéronautique, les équipements médicaux et l’industrie de défense.
L’épisode ne correspond donc pas à une interdiction générale de toutes les exportations chinoises de terres rares vers les États-Unis. Il montre néanmoins à quel point une décision réglementaire ou géopolitique prise à Pékin peut rapidement affecter des chaînes industrielles situées plusieurs milliers de kilomètres plus loin. Les évaluations américaines situent toujours la Chine autour de 90 % de la transformation mondiale des terres rares, tandis que son poids reste également dominant dans les aimants permanents et plusieurs autres minerais critiques. L’Agence internationale de l’énergie estime que les restrictions chinoises sur les terres rares pourraient exposer jusqu’à 6 500 milliards USD de production industrielle hors de Chine dans des secteurs allant de l’automobile à la défense.
La diversification américaine passe déjà par le cuivre congolais
Pour la RDC, le lien avec cette bataille ne réside pas dans une substitution directe des terres rares chinoises par les minerais congolais. Il apparaît plutôt dans la stratégie américaine consistant à réduire le nombre de chaînes industrielles critiques dépendantes d’un seul pays. Washington classe déjà le cuivre, le cobalt, le lithium, le germanium et plusieurs autres substances parmi les matières nécessitant des chaînes d’approvisionnement plus diversifiées, et la DFC affirme disposer désormais de 205 milliards USD de capacité d’investissement pour intervenir notamment dans les minerais critiques, les infrastructures et l’énergie.
Cette stratégie commence à produire des flux commerciaux mesurables en RDC. Les importations américaines de cuivre congolais ont atteint un record de 53 290 tonnes en juillet 2026, contre moins de 32 000 tonnes sur toute l’année 2024. La RDC représentait ainsi 23,9 % des importations américaines de cuivre en juillet, tandis que les achats chinois de cuivre congolais reculaient de 4,3 % sur les sept premiers mois de l’année. Reuters relie une partie de cette progression américaine à l’amélioration de l’acceptation du cuivre congolais par les industriels et aux conditions de prix sur le marché américain.
Washington cherche parallèlement à sécuriser des volumes au-delà du marché spot. La DFC a annoncé son intérêt pour une participation dans la coentreprise commerciale entre Gécamines et Mercuria, conçue pour orienter davantage de cuivre, de cobalt et d’autres minerais vers les chaînes américaines et alliées. L’agence indique que cette structure a déjà commencé à expédier environ 100 000 tonnes de cuivre engagées vers les États-Unis. Elle soutient également le développement des infrastructures ferroviaires reliant la Copperbelt congolaise au corridor de Lobito.
Le levier de Kinshasa vaut davantage s’il porte sur la transformation
L’intérêt américain ne se limite plus au cuivre et au cobalt. Le germanium congolais constitue déjà un précédent. L’accord conclu entre STL, filiale de Gécamines, et le groupe belge Umicore a été intégré aux projets soutenus par le Minerals Security Partnership afin d’accroître l’offre de germanium et de développer des capacités de récupération et de traitement. Les États-Unis considèrent ce métal comme sensible pour les semi-conducteurs, les communications, l’optique et les applications de défense.
La RDC a également présenté cette année aux États-Unis une sélection d’actifs publics comprenant du cuivre-cobalt, du lithium, du manganèse et d’autres minerais détenus notamment par Gécamines, COMINIERE, SOKIMO et SAKIMA. Cette démarche intervient dans le cadre du partenariat stratégique signé avec Washington et confirme que la compétition ne porte plus uniquement sur les mines actuellement en production, mais également sur l’accès aux futurs projets.
Lepoint.cd avait déjà montré ces derniers mois que Washington construit progressivement en RDC une chaîne reliant actifs miniers, commercialisation, financement et corridors logistiques. La nouvelle tension sur les terres rares chinoises ajoute une pression supplémentaire à cette stratégie. Elle donne surtout à Kinshasa une fenêtre pour négocier les prochaines opérations autour de critères qui dépassent le simple volume extrait.
Plus les États-Unis cherchent à sécuriser des approvisionnements hors des circuits dominés par la Chine, plus la valeur économique d’un accès stable au sous-sol congolais augmente. Pour la RDC, le véritable pouvoir de négociation consiste alors à utiliser cette concurrence pour attirer raffinage, infrastructures électriques, transformation métallurgique, financement industriel et contrats d’achat de long terme. C’est sur cette capacité à déplacer une partie de la chaîne de valeur vers le territoire congolais que la rivalité Chine–États-Unis peut produire son effet économique le plus durable.
M. KOSI









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