Les États-Unis veulent élargir au G20 leur offensive contre les déséquilibres commerciaux chinois. À Asheville, où se réunissent les ministres des Finances et gouverneurs de banques centrales du G20, le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent pousse les grandes économies à réexaminer leurs conditions d’accès aux produits chinois. Pour la RDC, très liée à Pékin par ses exportations minières mais désormais courtisée par Washington, ce déplacement de la confrontation commerciale mérite une attention particulière.
Scott Bessent estime que les barrières déjà dressées par les États-Unis ont réduit les importations chinoises sur le marché américain, mais ont aussi poussé les industriels chinois à chercher davantage de débouchés ailleurs, notamment en Europe, en Amérique latine et dans d’autres marchés.
Son message aux partenaires du G20 est désormais explicite. Les autres grandes économies devraient à leur tour examiner les conditions dans lesquelles elles accueillent les produits chinois et envisager davantage de barrières commerciales. Washington souhaite également obtenir une déclaration commune du G20 sur la réduction des déséquilibres commerciaux et des comptes courants.
La pression américaine s’appuie sur un chiffre spectaculaire. La Chine a enregistré un excédent commercial de près de 1 200 milliards USD en 2025, un record. Les statistiques chinoises indiquent 26 989 milliards de yuans d’exportations de marchandises, contre 18 479,5 milliards d’importations.
Dans le même temps, le déficit commercial américain avec la Chine est tombé à 73,9 milliards USD au premier semestre 2026, soit environ un tiers de moins qu’un an auparavant. Pour Washington, cette baisse montre que les droits de douane peuvent modifier les flux. Le problème est que les marchandises qui entrent moins aux États-Unis se dirigent davantage vers d’autres économies.
Pour la RDC, le sujet est autant minier qu’industriel
La RDC n’est pas membre individuellement du G20, mais l’Union africaine y dispose depuis 2023 d’un siège permanent. Le continent se retrouve donc directement concerné par une discussion qui oppose deux de ses principaux partenaires économiques.
La relation entre Kinshasa et Pékin donne une idée de l’exposition congolaise. En 2025, les échanges entre la RDC et la Chine ont atteint environ 26,7 milliards USD, dont 21,6 milliards d’exportations congolaises vers le marché chinois et 5,1 milliards de marchandises chinoises vendues en RDC. Les produits miniers représentaient environ 99 % des exportations congolaises vers la Chine.
Le cobalt illustre encore davantage cette dépendance. S&P Global estime que 95 % du cobalt congolais est exporté vers la Chine, où se trouve une grande partie des capacités mondiales de raffinage. Dans le même temps, les États-Unis accélèrent leurs investissements et partenariats en RDC pour construire des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques moins dépendantes de Pékin.
Le débat du G20 peut ainsi produire deux mouvements importants pour Kinshasa. Un durcissement commercial généralisé contre les produits chinois pourrait pousser davantage d’exportations manufacturières chinoises vers les marchés africains, renforçant la concurrence pour certaines industries locales. À l’inverse, une fragmentation plus forte des chaînes d’approvisionnement peut augmenter l’intérêt stratégique pour le cuivre, le cobalt, le lithium et les autres ressources congolaises auprès des économies qui cherchent à diversifier leurs fournisseurs.
Cette évolution arrive alors que la RDC cherche elle-même à approfondir son commerce avec Pékin. Kinshasa et Beijing travaillent notamment à faciliter l’accès au marché chinois des produits congolais, avec une attention particulière portée aux exportations agricoles et à la diversification au-delà des minerais.
La bataille commerciale entre Washington et Pékin change donc d’échelle. Les États-Unis ne cherchent plus seulement à fermer davantage leur propre marché aux produits chinois. Ils veulent convaincre d’autres grandes économies d’en faire autant. Pour la RDC, dont la Chine demeure un débouché essentiel tandis que Washington cherche à prendre davantage de place dans les minerais critiques, l’enjeu sera de préserver ses marchés tout en profitant de la concurrence croissante entre les deux puissances.
Peter MOYI









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