Le renvoi de Semlex devant le tribunal correctionnel de Bruxelles relance en RDC le débat sur la gestion des contrats de production des passeports. Jean-Claude Mputu, porte-parole de la coalition Le Congo n’est pas à vendre, estime que l’arrivée de Félix Tshisekedi au pouvoir n’a pas immédiatement rompu avec les pratiques dénoncées autour de ce marché. Il pointe notamment la prolongation de fait de la collaboration avec une filiale de Semlex après l’expiration du contrat initial en 2020.
La Chambre du Conseil de Bruxelles a décidé ce 31 août de renvoyer devant le tribunal correctionnel les 14 inculpés dans l’affaire Semlex. Ils devront répondre de faits présumés de corruption d’agents publics étrangers, de blanchiment et de fraude fiscale liés au contrat des passeports biométriques congolais. Les parties civiles évaluent les malversations présumées à près de 60 millions USD. Les personnes poursuivies restent présumées innocentes.
C’est dans ce contexte que Jean-Claude Mputu revient sur la manière dont le dossier a été géré après 2019. En mai 2020, la Présidence avait annoncé que le contrat de cinq ans conclu avec Semlex en 2015 ne serait pas renouvelé. CNPAV menait alors campagne pour réclamer non seulement la fin du partenariat, mais aussi davantage de transparence dans le choix du futur prestataire. Des citoyens soutenus par la coalition avaient également saisi la justice congolaise contre le contrat.
La rupture annoncée n’a pourtant pas immédiatement mis fin à la présence du groupe. Après une première période transitoire, l’État a poursuivi la production avec Locosem, filiale congolaise de Semlex. En octobre 2020, CNPAV dénonçait déjà les conditions dans lesquelles cette solution était négociée. Le prix officiel du passeport est ensuite passé de 185 à 99 USD, mais la coalition considérait que la baisse du tarif ne réglait pas la question de la transparence du marché.
Une transition qui a duré plusieurs années
Pour Mputu, c’est précisément là que se situe le problème. Ce qui devait être une solution temporaire s’est prolongé pendant plusieurs années. Une enquête publiée en 2024 par Actualite.cd, Lighthouse Reports, Le Soir et De Standaard avait montré que Locosem continuait à fournir des passeports, notamment à travers des commandes documentées en 2021 et 2023. La FIDH indique aujourd’hui que Semlex a produit les passeports biométriques congolais entre 2015 et 2025.
Le Gouvernement avait pourtant choisi dès décembre 2022 l’entreprise allemande Dermalog à l’issue d’un appel d’offres, pour un marché annoncé à 48 millions USD sur cinq ans. Son contrat n’est entré en vigueur qu’en décembre 2024, avant le lancement effectif du nouveau passeport en juin 2025. Le document coûte désormais 75 USD.
Jean-Claude Mputu estime que cette succession de contrats et d’arrangements illustre une continuité dans le manque de transparence. Il parle d’un système qui aurait changé de forme sans que les citoyens puissent suivre clairement les conditions financières et contractuelles de chaque étape.
Il établit également un parallèle avec la taxe RAM, autre dossier dans lequel CNPAV avait dénoncé la manière dont des prélèvements étaient effectués auprès des utilisateurs de téléphonie mobile.
Avec le procès qui s’annonce en Belgique, le débat dépasse désormais le seul ancien contrat de 2015. La question porte aussi sur la manière dont l’État congolais a géré la transition entre Semlex, Locosem et Dermalog, alors que le passeport est passé de 185 à 99 puis à 75 USD.
H. KABAMBA









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