Codelco a produit 564 000 tonnes de cuivre au premier semestre 2026, soit 11 % de moins qu’un an plus tôt. Pourtant, son bénéfice avant impôts a bondi de 429 millions à 1,97 milliard USD. La flambée du prix du cuivre explique largement ce paradoxe. Pour la RDC, où les volumes progressent rapidement, le cas chilien rappelle qu’une tonne produite ne dit pas à elle seule combien de valeur reste à l’entreprise et combien revient finalement à l’État.
Le groupe public chilien a traversé un semestre difficile sur le plan opérationnel. Sa production propre est tombée de 634 000 à 564 000 tonnes, pénalisée notamment par El Teniente, Chuquicamata et la baisse des teneurs à Ministro Hales. Son coût direct C1 s’est parallèlement renchéri de 6,7 %, à 231,6 cents par livre. Malgré cela, Reuters rapporte un bénéfice avant impôts de 1,97 milliard USD, contre 429 millions un an auparavant, soit un résultat multiplié par 4,6.
Le facteur déterminant est le prix. Codelco a réalisé son cuivre à 653,2 cents la livre, contre 461,7 cents au premier semestre 2025. L’écart entre prix réalisé et coût direct passe ainsi, mécaniquement, d’un niveau beaucoup plus étroit à plus de 4,21 USD par livre en 2026, avant prise en compte des autres dépenses, investissements, frais financiers, taxes et revenus tirés des sous-produits.
Les comptes de Codelco montrent la puissance de cet effet prix. L’EBITDA atteint 4,648 milliards USD, en hausse de 68 %. Le groupe communique aussi un bénéfice consolidé de 669 millions USD et un bénéfice comparable de 1,841 milliard, ce dernier excluant notamment certaines contributions spécifiques dues par l’entreprise publique chilienne. Surtout, 933 millions USD ont été versés au Trésor chilien sur le semestre, soit 15 % de plus qu’un an auparavant.
Rapporter mécaniquement ces 933 millions aux 564 000 tonnes de production propre donne environ 1 654 USD versés au Trésor par tonne produite. Ce ratio n’est pas un taux fiscal et ne peut pas être transposé à la RDC, car Codelco est une entreprise publique avec un régime particulier et ses résultats couvrent également d’autres revenus et participations. Il donne néanmoins une indication utile de ce qu’il faut regarder au-delà du tonnage.
En RDC, Kamoa et Kinsevere montrent déjà deux niveaux de création de valeur
Parmi les producteurs congolais, Kamoa-Kakula fournit l’une des publications financières les plus détaillées. Le complexe a vendu 127 868 tonnes de cuivre payable au premier semestre 2026 et enregistré 1,743 milliard USD de revenus. Son EBITDA ressort à environ 782,4 millions USD sur les deux premiers trimestres, soit près de 6 120 USD d’EBITDA par tonne vendue, selon un calcul de Lepoint.cd.
Le bénéfice avant impôts de Kamoa-Kakula n’atteint cependant que 189,3 millions USD sur le semestre, soit environ 1 480 USD par tonne vendue. Cette différence montre pourquoi le bénéfice par tonne doit être manié avec prudence. Les comptes du semestre intègrent notamment un ajustement fiscal de 183 millions USD lié au règlement de dossiers fiscaux antérieurs. Une tonne de cuivre peut donc générer une forte marge opérationnelle tout en affichant un résultat final beaucoup plus faible après financement, fiscalité et éléments exceptionnels.
Kinsevere offre un deuxième point de comparaison. La mine de MMG a produit 33 800 tonnes de cuivre et vendu 33 078 tonnes au premier semestre. Son chiffre d’affaires a progressé de 70 % à 397,7 millions USD, tandis que son EBITDA a quadruplé à 121,5 millions USD. Cela équivaut à environ 3 670 USD d’EBITDA par tonne de cuivre vendue, selon un calcul de Lepoint.cd. MMG attribue cette amélioration à la montée en puissance de l’extension sulfure, à de meilleurs volumes et surtout à la hausse des prix réalisés.
Comparer directement ces ratios avec Codelco serait toutefois trompeur. Codelco publie un résultat à l’échelle d’un groupe comprenant plusieurs mines et participations. Kamoa-Kakula communique des résultats de coentreprise, tandis que MMG publie pour Kinsevere un EBITDA par actif. Les volumes retenus ne sont pas non plus toujours identiques entre production et ventes.
Cette limite devient encore plus nette pour TFM, Kisanfu, KCC ou Sicomines. CMOC a publié un bénéfice net record de 16,15 milliards de yuans au premier semestre 2026, tandis que ses activités congolaises TFM et Kisanfu représentent une part considérable de sa production de cuivre et de cobalt. Mais le groupe ne publie pas un bénéfice net séparé permettant d’attribuer proprement un montant à chaque tonne produite en RDC. Glencore agrège également plusieurs actifs dans ses données financières, ce qui empêche de transformer sérieusement le résultat du groupe en bénéfice par tonne de KCC.
Produire plus ne suffit pas pour mesurer ce que le cuivre rapporte à la RDC
Le cas Codelco montre donc l’intérêt d’un autre tableau de bord pour le secteur minier congolais. À côté des tonnes produites et exportées, quatre indicateurs permettraient de mieux mesurer la valeur créée sur chaque grand actif : chiffre d’affaires par tonne vendue, coût C1, EBITDA par tonne et contribution fiscale réellement versée par tonne.
C’est sur le dernier indicateur que la comparaison internationale devient particulièrement intéressante. Le Chili peut annoncer simultanément la production de Codelco, sa rentabilité et 933 millions USD de contribution au Trésor. En RDC, les statistiques permettent de connaître assez précisément les volumes des grands producteurs, mais les paiements fiscaux et la rentabilité par actif ne sont pas toujours publiés avec la même granularité.
La hausse actuelle des cours rend cette question encore plus importante. Codelco vient de démontrer qu’une entreprise peut perdre 70 000 tonnes de production en un an tout en gagnant beaucoup plus, simplement parce que chaque tonne vendue vaut davantage.
Pour la RDC, qui dispose désormais de plusieurs actifs parmi les plus importants de la planète, le prochain niveau d’analyse consiste donc à ne plus seulement demander combien de cuivre est produit, mais combien de valeur chaque tonne génère, qui la conserve et quelle part entre réellement dans les finances publiques congolaises.
Peter MOYI









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