Pétrole : la nouvelle banque de données de la RDC repose encore en partie sur d’anciennes informations retraitées

La RDC dispose depuis juillet d’une Banque nationale de données pétrolières et gazières destinée à mieux documenter ses bassins sédimentaires et à faciliter leur présentation aux investisseurs. Mais Africa Intelligence révèle que l’outil est encore alimenté en partie par des données anciennes, retraitées ou réinterprétées au fil de plusieurs contrats. Un point sensible pour Kinshasa, qui avait lui-même reconnu en 2024 la nécessité d’acquérir de nouvelles données sismiques 3D avant de relancer la promotion de ses blocs.

La Rédaction

La RDC dispose depuis juillet d’une Banque nationale de données pétrolières et gazières destinée à mieux documenter ses bassins sédimentaires et à faciliter leur présentation aux investisseurs. Mais Africa Intelligence révèle que l’outil est encore alimenté en partie par des données anciennes, retraitées ou réinterprétées au fil de plusieurs contrats. Un point sensible pour Kinshasa, qui avait lui-même reconnu en 2024 la nécessité d’acquérir de nouvelles données sismiques 3D avant de relancer la promotion de ses blocs.

La Banque nationale de données pétrolières et gazières a été inaugurée à Kinshasa le 2 juillet 2026. Elle comprend trois serveurs offrant une capacité totale de 15 000 gigaoctets pour l’amont pétrolier, un serveur destiné à l’aval, un système de sauvegarde et une station de travail pour l’analyse géoscientifique. L’objectif est de centraliser des informations jusque-là dispersées et de permettre aux investisseurs d’accéder plus facilement aux données nécessaires à l’évaluation des bassins congolais.

Le problème soulevé par Africa Intelligence le 28 août ne porte cependant pas sur les équipements informatiques. Selon le média, la banque utilise notamment des informations anciennes qui ont été retraitées ou réinterprétées dans le cadre de contrats successifs, certains ayant déjà suscité des interrogations.

Cette distinction est fondamentale pour un investisseur pétrolier. Un serveur moderne peut améliorer la conservation et l’accès aux informations. Il ne remplace pas pour autant de nouvelles campagnes sismiques capables d’améliorer la connaissance du sous-sol et de réduire le risque d’exploration.

Des données anciennes plusieurs fois réinterprétées

La Cuvette centrale illustre cette profondeur historique. Une campagne conduite par le consortium Esso-Texaco avait acquis environ 2 900 km de profils sismiques et réalisé les forages de Mbandaka et Gilson. Des travaux ultérieurs menés notamment par Oil Search/Pioneer en 2007 et HRT Petroleum en 2008 ont ensuite repris des données existantes pour identifier de nouvelles cibles d’exploration.

L’utilisation d’anciennes données n’est pas inhabituelle dans l’industrie. Les progrès informatiques permettent de retraiter des campagnes anciennes et d’en tirer de nouvelles interprétations. Mais cela ne leur donne pas automatiquement la résolution d’une acquisition récente en sismique 3D.

La construction d’une banque pétrolière n’est d’ailleurs pas une idée apparue en 2026. Dans un contrat de partage de production signé en 2006 entre SOCO DRC et Cohydro pour le bloc Nganzi, une première phase de travaux évaluée à 1,7 million USD incluait la collecte des données géologiques et sismiques existantes, leur retraitement et leur interprétation, ainsi qu’une participation à la mise en place de la banque de données du Secrétariat général aux Hydrocarbures. Ce montant couvrait plusieurs travaux et ne peut donc pas être présenté comme le coût de la banque de données elle-même.

Une autre séquence commence en septembre 2021 avec un accord entre le ministère des Hydrocarbures, GeoSigmoid et ClayHall Group DMCC. En mai 2022, le Gouvernement indiquait que les travaux avaient permis de constituer un package technique destiné à 16 blocs pétroliers dans le bassin côtier, la Cuvette centrale et la branche occidentale du Rift est-africain.

Une enquête du Bureau of Investigative Journalism, réalisée avec Reuters, avait ensuite rapporté que deux sources évaluaient ce contrat à 5 millions USD. Un scientifique ayant participé aux études expliquait toutefois avoir travaillé sur l’interprétation de données déjà existantes. Le montage prévoyait un préfinancement par ClayHall, et non un paiement de 5 millions USD directement établi comme dépense du Trésor. Didier Budimbu, alors ministre des Hydrocarbures, avait contesté l’existence d’un accord garantissant à ClayHall l’obtention de deux blocs en contrepartie. GeoSigmoid et ClayHall n’avaient pas répondu aux sollicitations des enquêteurs.

Le financement lui-même semble ne pas avoir été totalement exécuté. En mars 2024, Africa Intelligence rapportait que Didier Budimbu reprochait à ClayHall de ne pas avoir débloqué l’ensemble des fonds promis pour préfinancer les études.

GeoSigmoid est revenu dans le dispositif cette année. Le 1er juillet 2026, le ministère a signé avec la société un nouveau protocole portant sur la mise à disposition de données techniques concernant le bassin côtier, la Cuvette centrale, le Graben Albertine, le lac Kivu et le Graben Tanganyika. Un procès-verbal de remise des données a été signé le même jour. Les communications publiques consultées ne donnent toutefois ni le prix de cette opération ni la part correspondant à de nouvelles acquisitions géophysiques plutôt qu’à des données déjà détenues et retraitées.

En 2024, Kinshasa réclamait encore de la sismique 3D

Le point le plus délicat apparaît dans les propres décisions du Gouvernement.

Après plus de deux ans de procédure, la RDC a annulé en octobre 2024 son appel d’offres portant sur 27 blocs pétroliers et trois blocs gaziers. Les raisons évoquées comprenaient les reports successifs, des candidatures irrégulières ou inadaptées et une concurrence insuffisante. L’échec ne peut donc pas être imputé à la seule qualité des données géologiques.

Mais dans le même Conseil des ministres, le Gouvernement a inscrit parmi les actions urgentes l’acquisition de nouvelles données techniques par des levés géophysiques, notamment de la sismique 3D sur les blocs à forte potentialité. Cette acquisition était alors présentée comme une condition nécessaire pour construire une banque nationale suffisamment solide pour promouvoir les blocs auprès des investisseurs.

C’est ce contraste qui donne toute son importance à la révélation d’Africa Intelligence. Deux ans après ce diagnostic, la RDC dispose désormais de l’infrastructure informatique destinée à accueillir les données, mais les informations rendues publiques ne permettent pas encore de mesurer l’ampleur des nouvelles campagnes sismiques effectivement réalisées depuis 2024.

Le cadre juridique attribue clairement la gestion de ces informations au ministère des Hydrocarbures. Le règlement de 2025 lui confie la gestion de la Banque de données pétrolières et gazières, tandis que la Direction de la gestion des données pétrolières et gazières est chargée de collecter, conserver, traiter et mettre à disposition les données du secteur.

Sur les dépenses publiques directement identifiables, un autre dossier apporte un chiffre précis. Africa Intelligence a rapporté en juin que l’État avait versé 300 000 USD d’acompte à DeGolyer & MacNaughton pour un contrat de certification des réserves pétrolières et gazières. La ministre Acacia Bandubola n’avait toutefois pas relancé cette mission. Ce contrat concerne la certification des ressources et ne doit pas être confondu avec le coût de la banque de données elle-même.

La question qui se pose désormais aux autorités n’est donc pas de savoir combien de données peuvent être stockées, mais combien de données nouvelles ont réellement été acquises sur le terrain, sur quels blocs et à quel coût.

Pour les investisseurs, la réponse pèsera directement sur le risque qu’ils devront prendre avant de forer. Une banque de données modernisée peut faciliter la commercialisation du domaine pétrolier congolais. Sa véritable valeur dépendra néanmoins de la qualité des informations qu’elle contient, de leur âge, de leur résolution et de la capacité de la RDC à démontrer que les bassins les plus prometteurs disposent désormais de données suffisamment récentes pour justifier de nouveaux investissements d’exploration.

M. KOSI

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