L’économie mondiale résiste mieux qu’attendu au choc énergétique provoqué par la guerre avec l’Iran, selon le FMI. Mais la remontée du pétrole, la persistance de l’inflation et la hausse des rendements obligataires créent un environnement moins confortable pour les États qui doivent emprunter. Pour la RDC, le signal arrive au moment où le Trésor prévoit déjà un déficit de 774 milliards CDF en août, à financer notamment sur le marché intérieur.
Kristalina Georgieva a livré le 25 août un diagnostic en deux temps. La directrice générale du FMI estime que l’économie mondiale a mieux absorbé que prévu la fermeture du détroit d’Ormuz, grâce notamment aux réserves énergétiques, à l’augmentation de productions hors Golfe et à la progression des renouvelables. Mais elle avertit que le choc énergétique « n’est pas terminé ». Le Brent évolue encore autour de 80 à 90 USD le baril, après avoir dépassé 118 USD au printemps.
Pour la RDC, cette tension arrive déjà dans les chiffres. Au 13 août, la Banque centrale du Congo situait le pétrole à 87,1 USD le baril, en hausse de 42,9 % depuis fin décembre 2025. La BCC identifie elle-même parmi les principaux risques externes la persistance des tensions au Moyen-Orient, leur effet sur les prix, les chaînes d’approvisionnement et l’inflation, ainsi que le maintien de politiques monétaires restrictives dans les grandes économies.
Le pétrole élevé produit cependant un effet ambivalent. La RDC exporte du brut, ce qui peut soutenir certaines recettes et améliorer la valeur de ses exportations. Mais son économie reste également exposée au coût des produits énergétiques importés et du transport. Une nouvelle poussée des prix peut donc se transmettre aux dépenses publiques, aux entreprises et aux ménages.
Le risque arrive au moment où le Trésor doit emprunter davantage
La principale vulnérabilité immédiate se trouve dans la trésorerie publique. Pour août, la BCC projette 2 274,5 milliards CDF de recettes contre 3 048,6 milliards de dépenses, soit un déficit d’environ 774 milliards CDF. L’institut d’émission indique explicitement que ce gap devrait être couvert par des produits d’emprunt sur le marché domestique. Au 13 août, les recettes collectées n’atteignaient encore que 660,8 milliards CDF, face à 1 052,2 milliards de dépenses.
C’est ici que l’alerte mondiale du FMI devient pertinente pour Kinshasa. Georgieva observe une hausse des rendements obligataires internationaux et prévient qu’un pétrole plus cher pourrait ralentir la désinflation. Les banques centrales seraient alors contraintes de maintenir des politiques restrictives plus longtemps, avec pour conséquence un coût du service de la dette plus élevé et une activité économique plus faible.
La RDC n’est pas dans la situation d’endettement de plusieurs grandes économies. Le FMI juge encore les perspectives de sa dette publique stables et considère les perspectives budgétaires 2026 comme globalement gérables. Mais il reconnaissait déjà en juin que la guerre au Moyen-Orient pesait sur un budget simultanément soumis aux dépenses sécuritaires dans l’Est et aux investissements financés par le récent Eurobond.
Pour les décideurs congolais, le risque n’est donc pas nécessairement une crise de dette imminente. Il réside plutôt dans l’accumulation de plusieurs pressions au même moment. Le Trésor emprunte davantage pour couvrir ses besoins, le pétrole reste élevé, les marchés mondiaux deviennent plus exigeants et les dépenses sécuritaires demeurent importantes.
Dans cet environnement, la qualité des recettes devient aussi importante que leur volume. Plus la RDC finance ses écarts de trésorerie par la dette, plus chaque hausse du coût de l’argent réduit l’espace disponible pour les infrastructures, les salaires et les dépenses sociales. Le véritable test des prochains mois sera donc de savoir si la hausse des recettes minières et fiscales permettra de limiter le recours aux emprunts avant que le contexte financier mondial ne devienne encore plus coûteux.
M. MASAMUNA









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