La Zambie prépare une centrale solaire de 67 MWp près de Chisamba pour alimenter notamment de grands consommateurs industriels. Le projet arrive au moment où le secteur minier estime avoir besoin d’environ 2 000 MW de capacités électriques supplémentaires pour soutenir l’objectif national de 3 millions de tonnes de cuivre. Pour la RDC voisine, confrontée aux mêmes contraintes dans son Copperbelt, l’équation devient centrale : la production minière peut-elle continuer à croître plus vite que l’électricité disponible ?
Solarcentury Africa et l’Industrial Development Corporation of Zambia, IDC, ont signé un accord préliminaire pour codévelopper une centrale photovoltaïque de 67 MWp dans la province Centrale. Le site, déjà sécurisé par IDC, doit être raccordé au réseau principal de ZESCO près de Chisamba. Solarcentury doit prendre en charge la finalisation du développement, la conception, le financement et la réalisation du projet. L’électricité pourra ensuite être acheminée vers de grands consommateurs industriels.
Le projet n’est donc pas encore une capacité disponible sur le réseau. Il reste à franchir les étapes de développement, de financement et de construction. Mais son modèle intéresse directement les mines puisque l’électricité produite doit pouvoir être vendue à de gros consommateurs plutôt que dépendre uniquement d’un contrat classique avec la compagnie nationale.
Solarcentury a déjà commencé à tester cette approche en Zambie. Le 22 août, le groupe a annoncé la mise en service des 25 premiers MWp de sa centrale de Mailo, appelée à atteindre 118 MWp. L’électricité est commercialisée sur le Southern African Power Pool et auprès de grands clients industriels.
67 MWp face à une industrie qui veut tripler son cuivre
La taille du défi apparaît lorsqu’on rapproche ces investissements des ambitions minières de Lusaka. La Zambie veut faire progresser sa production de cuivre vers 3 millions de tonnes par an d’ici 2031, contre moins de 900 000 tonnes en 2025. Les industriels interrogés par Reuters estiment qu’une telle expansion nécessitera environ 2 000 MW de capacités électriques supplémentaires, en plus d’investissements dans les mines et les infrastructures.
Les 67 MWp de Chisamba correspondent à seulement 3,35 % de ces 2 000 MW en puissance nominale, selon un calcul de Lepoint.cd. La comparaison reste indicative, car un mégawatt-crête solaire n’équivaut pas à un mégawatt disponible en permanence. Sans stockage ou complément d’autres sources, la production photovoltaïque varie au cours de la journée.
C’est précisément pourquoi la question dépasse la Zambie. Dans le sud de la RDC, les producteurs de cuivre et de cobalt utilisent un mélange d’électricité de la SNEL, d’importations régionales et de capacités propres. Les tensions ont déjà poussé plusieurs opérateurs à investir dans des solutions de secours ou de stockage. Kinsevere, par exemple, prévoit un système de batteries pour limiter l’impact des interruptions sur sa production.
La région cherche aussi des volumes beaucoup plus importants. Un projet de ligne de 2 000 MW entre l’Angola, la RDC et la Zambie a perdu Trafigura comme partenaire en juillet, tandis que d’autres interconnexions vers Kolwezi restent à l’étude ou en développement.
Pour un investisseur minier, le calcul devient simple. Un gisement de cuivre peut être rentable sur le papier et rester sous-exploité si plusieurs centaines de mégawatts ne sont pas disponibles au moment où l’usine doit monter en puissance. La Zambie accélère donc ses projets solaires, pendant que la RDC cherche davantage d’interconnexions et de capacités privées.
Dans le Copperbelt, la prochaine compétition ne se jouera pas seulement sur les réserves de cuivre. Elle se jouera aussi sur le pays capable de fournir l’électricité la plus fiable, au meilleur coût et au rythme exigé par les nouvelles mines.
M. MASAMUNA









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