La compétition autour des minerais critiques de la RDC accueille un troisième bloc financier de plus en plus visible. Après les groupes chinois et l’offensive américaine, les capitaux du Golfe prennent des positions dans les mines africaines. En RDC, les Émirats arabes unis contrôlent désormais 56 % d’Alphamin, propriétaire de la mine d’étain de Bisie, tandis que le fonds souverain du Qatar a investi 500 millions USD dans Ivanhoe Mines.
La nouvelle géographie du financement minier africain ne se résume plus à la rivalité entre Chine et États-Unis. Dans une étude publiée le 23 juillet, la Fondation Al-Attiyah estime que les pays du Golfe disposent des capitaux, de l’énergie, des infrastructures logistiques et des plateformes commerciales nécessaires pour devenir des acteurs importants du financement, de la transformation et du négoce des minerais critiques. Cuivre, cobalt, nickel, lithium et terres rares sont désormais considérés comme des actifs stratégiques pour l’industrie, l’intelligence artificielle et la sécurité énergétique.
L’Afrique est particulièrement exposée à cette nouvelle demande de capitaux. Une note de l’OCDE publiée en 2026 relève la montée de l’Arabie saoudite et surtout des Émirats arabes unis dans les mines africaines, souvent à travers des fonds souverains et des véhicules combinant prises de participation, infrastructures et accords commerciaux. (
Pour la RDC, cette évolution est déjà visible dans des opérations concrètes.
Abu Dhabi et Doha ont déjà placé plus de 800 millions USD autour d’actifs congolais
En juillet 2025, International Resources Holding, IRH, groupe basé à Abu Dhabi, a finalisé l’acquisition de 56 % d’Alphamin Resources pour environ 367 millions USD. Alphamin exploite Bisie, au Nord-Kivu, l’une des principales mines d’étain à haute teneur au monde. Les comptes 2025 d’Alphamin confirment désormais IRH comme actionnaire majoritaire.
Le Qatar a choisi une autre porte d’entrée. En septembre 2025, Qatar Investment Authority, QIA, a injecté 500 millions USD dans Ivanhoe Mines, obtenant environ 4 % du capital. Ivanhoe est l’un des principaux investisseurs miniers de RDC à travers Kamoa-Kakula, aux côtés de Zijin Mining. Deux mois plus tard, QIA et Ivanhoe ont signé à Kinshasa un protocole visant à approfondir leur coopération dans l’exploration, le développement et l’exploitation de minerais critiques.
Ces deux opérations représentent déjà 867 millions USD d’investissements annoncés ou réalisés autour de groupes possédant des actifs miniers majeurs en RDC, selon un calcul de Lepoint.cd. Elles ne signifient pas que l’ensemble de ces capitaux est directement dépensé dans des mines congolaises, notamment dans le cas de l’investissement de QIA au niveau d’Ivanhoe. Elles démontrent néanmoins que les investisseurs du Golfe ont dépassé le stade de l’intérêt diplomatique.
L’Arabie saoudite avance plus prudemment. Ma’aden, le Public Investment Fund et leur véhicule Manara Minerals prospectent des opportunités africaines, notamment dans le cuivre et d’autres métaux stratégiques. Les informations disponibles ne montrent toutefois pas encore une prise de contrôle saoudienne d’un actif congolais comparable à Bisie.
Pour Kinshasa, plus d’acheteurs signifie potentiellement plus de pouvoir de négociation
Cette diversification change l’équation pour la RDC. Washington cherche désormais des actifs en cuivre-cobalt, lithium, manganèse et or dans le cadre de son partenariat minier avec Kinshasa. La Chine conserve une position dominante dans plusieurs grands producteurs de cuivre et de cobalt. L’Union européenne, le Japon et la Corée du Sud cherchent également à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement. Les capitaux du Golfe ajoutent désormais une source de financement capable d’entrer rapidement au capital de projets existants.
Pour un gouvernement congolais, cette multiplication des prétendants peut devenir un avantage si elle crée une véritable concurrence sur le prix des actifs, le financement des infrastructures, la transformation locale et les engagements d’achat.
Le risque serait au contraire de multiplier les changements d’actionnaires sans augmenter la valeur retenue en RDC. La Fondation Al-Attiyah souligne elle-même que la plus grande partie de la valeur des minerais critiques se déplace vers la transformation, le raffinage, la fabrication et le recyclage plutôt que vers la seule extraction.
La bataille congolaise des minerais devient donc multipolaire. La question pour Kinshasa n’est plus seulement de choisir entre Washington et Pékin, mais de savoir comment mettre en concurrence Américains, Chinois, Européens, Japonais et capitaux du Golfe pour obtenir davantage que le financement d’une mine.
J. KAKESA









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