Le cuivre a reculé autour de 13 880 USD la tonne après une remontée rapide des stocks disponibles à la Bourse des métaux de Londres. Les inventaires totaux ont atteint 235 975 tonnes, dont 158 750 tonnes immédiatement disponibles, desserrant une pénurie physique qui avait propulsé le métal jusqu’à un record de 14 912 USD quelques jours auparavant. Pour la RDC, fortement dépendante du cuivre à l’exportation, le mouvement mérite surtout d’être surveillé dans sa durée.
Le marché du cuivre vient de changer brutalement de configuration. Après une poussée alimentée par la rareté du métal immédiatement livrable à Londres, les entrées dans les entrepôts du London Metal Exchange (LME) ont ramené le cours sous 13 900 USD la tonne le 19 août. Shanghai Metals Market rapporte un plus bas intrajournalier proche de 13 880 USD, tandis que les stocks enregistrés par le LME ont augmenté de 12 425 tonnes en une séance pour atteindre 235 975 tonnes. Cette progression représente environ 5,6 %, selon un calcul de Lepoint.cd.
La baisse intervient après une séquence exceptionnelle. En début de semaine, le prix au comptant avait atteint un record de 14 912 USD la tonne et la prime du cuivre disponible immédiatement sur le contrat à trois mois, appelée backwardation, avait culminé à 545 USD la tonne, son niveau le plus élevé depuis 2021. À environ 13 880 USD, le cuivre a perdu près de 6,9 % par rapport à ce sommet, selon un calcul de Lepoint.cd.
Le retour du métal dans les entrepôts réduit la prime de pénurie
Le mouvement ne traduit pas nécessairement un affaiblissement brutal de la consommation mondiale. Il provient d’abord de la mécanique du marché physique. La semaine dernière, les stocks du LME étaient tombés à 207 825 tonnes, dont seulement 103 075 tonnes disponibles, le reste étant constitué en grande partie de métal déjà réservé pour sortie. Face à cette rareté et à d’importantes positions acheteuses, les détenteurs de positions courtes ont dû trouver rapidement du cuivre pour honorer leurs engagements.
Cette tension a rendu financièrement attractive la livraison de métal dans les entrepôts agréés du LME. Reuters recensait 38 150 tonnes de nouvelles livraisons en trois jours, notamment à Hong Kong, Baltimore et La Nouvelle-Orléans. Les stocks immédiatement disponibles ont ensuite atteint 158 750 tonnes, soit une hausse de près de 75 % sur une semaine selon les données de marché reprises mercredi.
Le signal le plus révélateur se situe dans les écarts entre échéances. Lorsque le cuivre au comptant vaut nettement plus cher que le cuivre livré quelques mois plus tard, le marché rémunère fortement celui qui peut fournir du métal immédiatement. La remontée des stocks réduit progressivement cette urgence. Reuters indiquait mercredi que la backwardation entre le comptant et trois mois avait déjà reculé à 176 USD la tonne, contre 545 USD en début de semaine.
La détente reste toutefois relative. Le niveau des inventaires n’a pas retrouvé les sommets observés quelques mois auparavant. Les données historiques montrent par exemple que les stocks LME dépassaient 386 000 tonnes début juin, avant de diminuer fortement pendant l’été.
Pour la RDC, le niveau du cuivre reste exceptionnellement élevé
Cette correction doit être replacée dans une perspective plus large pour l’économie congolaise. Même autour de 13 880 USD la tonne, le cuivre reste à un niveau historiquement élevé. Le FMI considère les exportations de cuivre comme l’un des principaux soutiens de la position extérieure de la RDC et a rappelé que la croissance économique demeure largement portée par le secteur extractif.
Cette dépendance est particulièrement forte. Dans ses travaux sur l’économie congolaise, le FMI estimait que le cuivre représentait environ 78,4 % des exportations de la RDC. Les recettes minières comptent également pour une part importante des ressources publiques, ce qui rend l’évolution des cours pertinente non seulement pour les groupes miniers, mais également pour les recettes fiscales, les réserves de change et la disponibilité de devises dans l’économie.
Une baisse de quelques séances ne suffit cependant pas à modifier les perspectives budgétaires ou minières congolaises. Les entreprises vendent leurs productions selon des contrats, des formules de prix et des périodes de référence différentes. Pour Kinshasa, le risque apparaîtrait davantage si la reconstitution des stocks internationaux entraînait une correction prolongée des cours.
Le marché reste en outre soumis à une autre force, la concentration croissante des stocks aux États-Unis. Fin juillet, les entrepôts américains du CME détenaient 58 % des stocks mondiaux enregistrés sur les grandes bourses, selon Reuters, tandis que les anticipations entourant la politique américaine sur les importations de cuivre continuaient d’attirer du métal vers le marché américain.
Après la poussée record de cette semaine, le prochain signal pour la RDC sera donc moins le passage ponctuel sous 13 900 USD que la trajectoire combinée des stocks disponibles, de la backwardation et du prix moyen du cuivre. Si les inventaires continuent de se reconstituer et que la prime de livraison immédiate disparaît, une partie de la tension qui soutenait les prix pourrait durablement s’effacer.
M. MASAMUNA









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