Le Royaume-Uni veut diversifier ses chaînes d’approvisionnement en minerais critiques afin qu’aucun pays ne fournisse plus de 60 % de ses besoins agrégés d’ici 2035. Une analyse publiée le 24 septembre appelle Londres à faire des partenariats africains un pilier de cette stratégie. Pour la RDC, qui concentre plus de 70 % de la production mondiale de cobalt et dispose d’une base cuprifère en expansion, l’enjeu dépasse l’extraction et porte désormais sur le financement, la transformation et les infrastructures.
La compétition internationale autour des minerais critiques ouvre un nouvel espace de négociation pour les pays producteurs africains. Dans une analyse publiée le 24 septembre 2026, Christopher Vandome et Ben Bessey, du New Diplomacy Project, estiment que le Royaume-Uni dispose d’atouts spécifiques pour renforcer sa présence en Afrique sans chercher à reproduire les capacités budgétaires des États-Unis ou la domination industrielle de la Chine. Leur proposition repose sur la finance londonienne, l’assurance, l’expertise géologique, les services professionnels et le réseau diplomatique britannique. New Diplomacy Project
Cette réflexion s’inscrit dans une politique officielle déjà définie par Londres. La stratégie britannique Vision 2035 fixe notamment l’objectif qu’aucun pays ne fournisse plus de 60 % de la demande agrégée du Royaume-Uni en minerais critiques d’ici 2035. Londres anticipe parallèlement un quasi-doublement de sa demande annuelle de cuivre et une hausse de 1 100 % de celle de lithium sur la période. GOV.UK
Pour la RDC, cette diversification internationale peut prendre une dimension particulière. Une étude publiée par le gouvernement britannique sur la transformation des minerais critiques en Afrique estime que le pays assure plus de 70 % de la production mondiale de cobalt, alors que la transformation intermédiaire reste limitée et qu’une part importante du raffinage mondial demeure concentrée en Chine. GOV.UK
Le financement devient aussi stratégique que l’accès aux gisements
L’intérêt de la proposition britannique réside moins dans une nouvelle course à l’acquisition de mines que dans les instruments pouvant rendre les projets africains finançables. Les auteurs du New Diplomacy Project recommandent notamment de mieux coordonner British International Investment, le Private Infrastructure Development Group, UK Export Finance et les investisseurs privés autour d’un portefeuille de projets prioritaires en Afrique. Ils citent également les garanties, prêts et assurances de UK Export Finance pour soutenir les projets miniers, de transformation et de recyclage associés à des contrats d’approvisionnement de long terme. New Diplomacy Project
Le gouvernement britannique a déjà commencé à renforcer ce positionnement. Lors du Mining Indaba 2026, il a présenté de nouvelles initiatives consacrées aux minerais critiques africains et affirmé vouloir mobiliser davantage de capitaux privés tout en soutenant la transformation économique des pays producteurs. Londres associe cette approche à sa stratégie africaine et à la recherche de chaînes d’approvisionnement plus diversifiées.
Pour Kinshasa, la question est donc de savoir quelle partie de ces capitaux pourrait être captée au-delà de la production minière. Le rapport britannique sur l’Afrique identifie précisément le déficit de transformation comme l’une des principales faiblesses du continent. Cette lecture rejoint l’intérêt congolais pour une augmentation de la valeur créée localement dans le cuivre, le cobalt et, à terme, d’autres minerais comme le lithium.
La RDC dispose également d’un autre actif dans cette compétition, sa connaissance encore incomplète du sous-sol. En septembre, Reuters rapportait que le gouvernement avait engagé un programme de cartographie et de centralisation des données géologiques, notamment à travers un contrat de 180 millions USD avec Xcalibur. Selon les informations citées, seulement environ 20 % du territoire aurait fait l’objet d’une exploration systématique.
La RDC devra arbitrer entre capitaux, données et transformation locale
Cette évolution crée toutefois une question de gouvernance économique. Le New Diplomacy Project met en avant l’expérience du British Geological Survey dans la production et le partage de données géologiques pour réduire le risque d’exploration et attirer les investisseurs. La RDC suit parallèlement une logique de centralisation de ses propres données afin d’améliorer la connaissance du sous-sol et sa position dans les négociations minières.
Pour Kinshasa, l’intérêt d’une coopération britannique se mesurerait donc moins au nombre de déclarations diplomatiques qu’aux financements réellement mobilisés pour l’exploration, l’électricité, les infrastructures logistiques, les unités de transformation et les contrats d’achat de long terme. C’est aussi ce qui permettrait de distinguer une diversification géopolitique des acheteurs d’une véritable diversification de la valeur créée en RDC.
Cette question est déjà présente dans les travaux du Royaume-Uni. Son étude sur l’Afrique considère que l’avantage minier du continent ne pourra être converti en avantage industriel sans investissements importants dans la transformation, l’énergie et les infrastructures. Pour la RDC, l’indicateur à surveiller sera donc l’apparition de projets britanniques ou financés depuis Londres qui dépassent l’achat de minerais et engagent effectivement des capitaux dans les chaînes de valeur installées sur le territoire congolais.
Peter MOYI









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