L’Afrique fournit l’essentiel d’une partie des minerais critiques indispensables aux batteries et aux industries technologiques, mais conserve une place beaucoup plus réduite dans leur transformation. Benchmark Mineral Intelligence relève que le continent domine l’extraction du cobalt et représentait environ trois quarts de la production mondiale de minerai de manganèse en 2025. Pour la RDC, qui fournit à elle seule près de 73 % du cobalt minier mondial, la question se déplace désormais de la mine vers les étapes industrielles situées après l’extraction.
Le contraste ressort clairement de l’analyse publiée le 25 août 2026 par Benchmark Mineral Intelligence. L’Afrique occupe une position dominante dans l’amont de plusieurs chaînes de valeur critiques, avec la République démocratique du Congo comme premier fournisseur mondial de cobalt minier. Mais Benchmark constate que la majorité des minerais critiques extraits sur le continent continuent d’être exportés pour être transformés dans d’autres régions. Le manganèse présente la même asymétrie puisque l’Afrique assurait environ 75 % de la production mondiale de minerai en 2025 sans disposer d’un poids industriel comparable dans les étapes de transformation.
Les chiffres du cobalt donnent à cette question une dimension particulière pour Kinshasa. L’US Geological Survey estime que la RDC a produit environ 230 000 tonnes de cobalt contenu en 2025, sur un total mondial de 310 000 tonnes, soit environ 73 %. L’Indonésie, deuxième producteur, se situait à 44 000 tonnes. Cette domination minière ne se traduit toutefois pas automatiquement par une domination dans le cobalt raffiné, les matériaux actifs de cathode ou la fabrication des cellules de batteries, où les capacités industrielles restent beaucoup plus concentrées en Asie.
La bataille économique commence après la mine
La différence est déterminante parce que la chaîne de valeur ne s’arrête pas au minerai. Entre l’extraction et une batterie se trouvent plusieurs opérations industrielles, dont la concentration, le raffinage, la production de produits chimiques de qualité batterie, les précurseurs, les matériaux de cathode puis les cellules. Plus un pays progresse dans cette chaîne, plus il peut attirer des investissements industriels, des compétences techniques, des fournisseurs spécialisés et des activités à plus forte valeur ajoutée.
L’Agence internationale de l’énergie constate justement que la concentration géographique du raffinage s’est encore renforcée en 2025. Hors terres rares, le premier pays raffineur représentait en moyenne 72 % de l’offre mondiale des minerais étudiés, contre 70 % en 2023. La Chine demeure le principal centre de raffinage pour la plupart des minerais énergétiques, tandis que l’Indonésie domine le nickel. L’AIE estime aussi que les coûts d’investissement de nouveaux projets de raffinage peuvent être de 20 % à plus de 150 % supérieurs hors des pays déjà dominants, avec des coûts opérationnels environ 50 % plus élevés en moyenne.
Pour la RDC, cette réalité donne une autre lecture à l’interdiction d’exporter les concentrés de cuivre et de cobalt contenue dans l’arrêté interministériel du 29 juin 2026. La mesure peut pousser davantage de matières vers les unités locales, mais elle ne suffit pas à créer les capacités technologiques, énergétiques et financières nécessaires aux étapes suivantes. Le pays transforme déjà une partie importante de ses minerais avant exportation, notamment sous forme de cathodes de cuivre ou d’hydroxydes de cobalt. La compétition industrielle porte désormais sur la possibilité d’aller au-delà de ces produits intermédiaires.
Musompo et le germanium testent la capacité de la RDC à monter dans la chaîne
La Zone économique spéciale de Musompo-Misampa, au Lualaba, représente le projet le plus directement lié à cette ambition. Le gouvernement veut y installer des unités de fabrication de précurseurs de batteries avant d’élargir la plateforme à d’autres segments. Le projet vise environ 2 milliards USD d’investissements privés, tandis que les premières entreprises de transformation sont attendues progressivement à partir de 2027. L’indicateur déterminant sera moins la disponibilité du cobalt que la capacité à convertir cette ressource en investissements industriels effectivement financés et compétitifs.
Le germanium montre déjà ce que signifie cette progression par étapes. La Société du Terril de Lubumbashi, filiale de Gécamines, traite depuis 2024 du germanium provenant des résidus de Big Hill dans son installation hydrométallurgique de Lubumbashi. Les concentrés produits localement sont ensuite expédiés à Umicore en Belgique pour un traitement supplémentaire destiné aux applications de haute technologie. Le partenariat prévoit également un transfert d’expertise et le développement de capacités supplémentaires en RDC. Des discussions ont encore eu lieu en août 2026 entre les autorités congolaises et belges pour approfondir cette transformation locale.
Le benchmark africain pose ainsi une question plus précise que celle du volume extrait. Avec près de trois quarts du cobalt minier mondial provenant de RDC, la prochaine mesure de la puissance minière congolaise sera la part du raffinage, des précurseurs et des produits industriels réalisée sur son territoire. Tant que cet écart persistera, la RDC restera indispensable à l’approvisionnement mondial sans capter toutes les étapes économiques situées entre la mine et le produit technologique final.
Peter MOYI









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