La RDC remet le transport fluvial au centre de sa stratégie de désenclavement. La campagne de balisage lancée le 25 août sur le fleuve Congo et la rivière Kasaï s’accompagne de nouveaux baliseurs, d’une drague multifonctions, de 20 canots rapides déjà livrés et de quatre pousseurs de sauvetage. L’enjeu est économique autant que sécuritaire dans un pays qui dispose d’environ 25 000 kilomètres de voies navigables explorées.
Félix Tshisekedi a donné mardi à Kinshasa l’ordre de démarrage de la nouvelle campagne de balisage du fleuve Congo et de la rivière Kasaï. L’opération confiée à la Régie des voies fluviales, RVF, doit matérialiser les chenaux navigables, signaler les zones dangereuses et faciliter le déplacement des embarcations transportant personnes et marchandises. La Présidence confirme également la mise à disposition d’une drague multifonctions, destinée à l’entretien et au désensablement des voies d’eau.
Le défi est considérable. Selon les données présentées par le ministère des Transports, la RDC compte environ 25 000 kilomètres de voies navigables explorées, dont près de 16 000 kilomètres classifiés et catégorisés. Deux baliseurs doivent notamment être mobilisés sur la rivière Kasaï. Le dispositif de surveillance comprend également 26 hors-bords de 250 chevaux, dont 20 déjà livrés, ainsi que quatre pousseurs neufs financés par le Trésor public et destinés notamment aux opérations de sauvetage sur le fleuve et ses affluents.
Réduire les accidents, mais aussi le coût du transport
Pour les entreprises, l’intérêt du balisage ne se limite pas à la sécurité. Une voie correctement signalée permet aux commandants d’éviter les hauts-fonds, bancs de sable et passes dangereuses, avec un effet potentiel sur le temps de navigation, la consommation de carburant et la régularité des livraisons.
La RVF avait déjà engagé en février 2025 une campagne sur les 1 734 kilomètres entre Kinshasa et Kisangani, avec des travaux d’hydrographie, de bathymétrie et de signalisation. L’administration expliquait alors que le balisage devait réduire les incidents, les temps de parcours et la consommation de carburant.
Cette dimension est particulièrement importante pour les provinces où la route ou le rail restent insuffisants. Le fleuve Congo, le Kasaï et leurs affluents constituent des axes de transport de produits agricoles, de carburants, de matériaux de construction et de marchandises manufacturées. Une amélioration durable de la navigabilité peut donc réduire l’isolement de plusieurs bassins de production sans attendre la construction de milliers de kilomètres de routes.
La campagne s’accompagne aussi d’une tentative de renouvellement de la flotte. Une première péniche métallique d’une capacité de 98 passagers a été livrée dans le cadre d’un projet visant progressivement à remplacer certaines baleinières en bois. Deux autres unités sont annoncées pour septembre, avec un objectif gouvernemental de 100 embarcations à terme.
L’ONATRA renforce parallèlement son matériel. La locomotive neuve 1501 est déjà opérationnelle, la 1502 est en cours de livraison et 42 wagons supplémentaires sont attendus le 10 octobre 2026. Cinq autres locomotives font l’objet d’une procédure d’acquisition.
Le véritable indicateur ne sera toutefois pas le nombre d’équipements présentés au Beach Ngobila. Il faudra mesurer combien de kilomètres sont effectivement balisés et entretenus, combien de temps de navigation est gagné et si le nombre d’accidents diminue. Pour un pays doté de 25 000 kilomètres de voies navigables explorées, la remise en état du réseau fluvial peut devenir une infrastructure logistique aussi importante que certaines routes nationales.
Peter MOYI









Votre avis compte
Une precision, un chiffre a corriger, une experience terrain ou une question utile ? Votre commentaire peut enrichir le debat economique.