La République démocratique du Congo prépare désormais la visite sur place des experts du Groupe d’action financière, après que le GAFI a reconnu en juin l’achèvement substantiel du plan d’actions engagé depuis 2022. Le ministre des Finances Doudou Fwamba a lancé le 7 septembre des ateliers réunissant administrations, autorités d’enquête, organes de poursuite et entités assujetties. Cette mission devra surtout démontrer que les réformes contre le blanchiment, le financement du terrorisme et de la prolifération fonctionnent effectivement et peuvent être maintenues dans la durée.
Lepoint.cd avait rapporté en mai que le Gouvernement considérait avoir exécuté les 23 actions inscrites dans son plan de mise en conformité, contre seulement cinq réalisées avant juillet 2024. La plénière du GAFI du 19 juin a depuis apporté une validation internationale plus importante en estimant que la RDC avait « substantiellement achevé » son plan d’actions et pouvait passer à une évaluation sur place. Le pays demeure néanmoins, à ce stade, parmi les juridictions sous surveillance renforcée, communément appelée liste grise.
Les ateliers lancés à Kinshasa doivent préparer précisément cette nouvelle étape. En présence du ministre d’État à la Justice Guillaume Ngefa, Doudou Fwamba a demandé aux institutions concernées de consolider les preuves permettant de démontrer non seulement l’existence des nouvelles règles, mais leur application. Les autorités d’enquête et de poursuite, les superviseurs ainsi que les entités assujetties devront donc être capables de documenter les contrôles réalisés, les renseignements financiers produits, les enquêtes menées, les poursuites engagées et l’application des mécanismes de sanctions financières ciblées. Lors des travaux préparatoires de juillet, le Gouvernement avait déjà demandé aux administrations de réunir statistiques, décisions judiciaires, études de cas et autres éléments permettant de mesurer l’efficacité opérationnelle du dispositif.
Le GAFI veut désormais vérifier si les réformes fonctionnent réellement

La nuance est importante. La visite sur place n’est plus principalement destinée à vérifier si la RDC a adopté les textes demandés. Le GAFI précise que sa mission doit établir que la mise en œuvre des réformes a commencé, qu’elle se poursuit et qu’un engagement politique suffisant existe pour la maintenir dans le temps. Dans son évaluation de juin, l’organisation a notamment reconnu les progrès de la RDC dans l’évaluation nationale des risques, la supervision des professions non financières, le renforcement de la CENAREF, les capacités d’enquête et de poursuite ainsi que l’application des sanctions financières liées au financement du terrorisme et de la prolifération.
Cette évolution est significative par rapport à février 2026. À cette date, le GAFI demandait encore à Kinshasa de renforcer l’application de la supervision fondée sur les risques et l’identification ainsi que les enquêtes liées au financement du terrorisme. Quatre mois plus tard, l’organisation a considéré le plan suffisamment avancé pour autoriser le passage à l’évaluation sur place. Entre-temps, la CENAREF a également rejoint officiellement le Groupe Egmont le 8 juillet 2026, ce qui lui donne accès au réseau international d’échange de renseignements entre cellules de renseignement financier.
Pour les banques congolaises, la sortie de la liste serait surtout un signal de risque
Une éventuelle sortie de la liste grise intéresse directement les banques, les entreprises importatrices et exportatrices ainsi que les investisseurs travaillant avec la RDC. Elle ne supprimerait pas automatiquement les procédures de conformité appliquées aux transactions congolaises, mais elle retirerait un signal international de déficiences stratégiques attaché au pays depuis octobre 2022. Pour les établissements congolais qui dépendent des banques correspondantes étrangères pour régler des transactions en dollars, euros ou autres devises, l’amélioration de la perception du risque réglementaire peut devenir un élément important dans les relations avec leurs partenaires internationaux.
Il faut toutefois distinguer la liste grise d’une sanction financière. Le GAFI indique explicitement qu’il ne demande pas l’application automatique de mesures de vigilance renforcée aux pays placés sous surveillance accrue et ne recommande pas de couper des catégories entières de clients. Il demande aux institutions financières et aux juridictions d’adopter une approche fondée sur leurs propres évaluations des risques. Le problème pour un pays inscrit réside donc également dans la manière dont banques, investisseurs et partenaires étrangers intègrent cette information dans leurs politiques internes de conformité.
Le Gouvernement espère désormais une conclusion favorable lors d’une prochaine plénière du GAFI, l’exécutif ayant évoqué celle d’octobre 2026. Cette échéance reste toutefois conditionnée aux conclusions de l’évaluation sur place. Après avoir consacré près de quatre années à corriger son dispositif, la RDC doit maintenant démontrer que les nouvelles règles produisent des résultats observables au-delà des textes et des engagements administratifs. C’est précisément ce que résume Doudou Fwamba lorsqu’il souligne qu’implémenter une réforme ne suffit pas si sa pérennité n’est pas assurée.
M. KOSI









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