Une délégation congolaise conduite par le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, est arrivée en Chine pour participer du 10 au 12 septembre à la China Mining Conference and Exhibition de Tianjin. Le déplacement intervient six mois après la signature d’un nouvel accord minier entre Kinshasa et Pékin portant notamment sur la géologie, les investissements et la transformation locale. Dans un secteur où CMOC, Zijin, Huayou et China Minmetals occupent déjà des positions importantes en RDC, Kinshasa veut désormais convertir cette présence chinoise en davantage de capacités industrielles, d’exploration et de valeur créée sur le territoire national.
L’édition 2026 de la China Mining Conference donne à cette mission une dimension commerciale particulière. Organisé à Tianjin sous le thème de la coopération et de la transition vers une industrie minière plus verte et intelligente, le rendez-vous réunira 658 entreprises provenant de 25 pays, avec 28 forums et une exposition de 65 000 m², la plus grande jamais organisée dans le cadre de cet événement. Pour la première fois, les organisateurs renforcent également un véritable compartiment de transactions consacré aux droits miniers, aux participations dans les entreprises, aux équipements, aux technologies et aux projets d’exploration et de développement.
Pour la RDC, il ne s’agit donc pas uniquement d’exposer son potentiel géologique. Le ministère des Mines présente la participation congolaise comme une occasion de renforcer des partenariats stratégiques et d’orienter davantage l’exploitation des ressources vers la création de valeur nationale. Cette orientation avait déjà été défendue lors de l’édition 2025, lorsque Louis Watum avait invité les investisseurs chinois à s’implanter dans la Zone économique spéciale de Musompo, à Kolwezi, destinée à la transformation locale des ressources minières.
Après les mines, Kinshasa cherche davantage d’exploration et de transformation
La mission intervient dans une relation minière sino-congolaise déjà très dense. En mars, la RDC et la Chine ont conclu à Pékin un nouvel accord de coopération portant sur les ressources minérales, la géologie, la protection des investissements et la transformation locale. Reuters relevait alors que les groupes chinois CMOC, Zijin Mining et Huayou occupaient déjà une place dominante dans plusieurs segments du secteur congolais, alors que Washington tente parallèlement d’accroître son accès aux minerais critiques du pays. Le Gouvernement congolais continue pour sa part d’affirmer qu’il recherche des partenariats avec plusieurs blocs économiques plutôt qu’un alignement exclusif.
Cette relation continue de produire de nouveaux investissements. Lors d’une mission précédente à Pékin le 24 mars, Louis Watum avait rencontré China Minmetals, maison mère de MMG, qui exploite Kinsevere dans le Haut-Katanga. Selon l’ambassade de la RDC en Chine, le groupe avait mobilisé plus de 600 millions USD au cours des deux années précédentes, contribué à près de 4 000 emplois et exprimé son intérêt pour de nouveaux permis ainsi que pour une coopération avec le Service géologique national du Congo. Le Gouvernement avait alors placé parmi ses priorités la recherche géologique, la transformation locale et une plus grande participation congolaise dans les chaînes de valeur.
Le lithium ajoute désormais une nouvelle dimension à cette relation. Zijin a lancé cette année la première production industrielle de lithium de la RDC à Manono et commencé ses exportations vers la Chine. Le groupe développe simultanément des infrastructures routières, lacustres et énergétiques autour du projet. La présence chinoise en RDC ne se limite donc plus au cuivre et au cobalt du Grand Katanga, mais s’étend progressivement à d’autres minerais qui deviennent stratégiques pour les batteries et la transition énergétique.
Tianjin intervient au moment où la RDC resserre sa politique de valeur ajoutée
La conférence arrive également quelques semaines après l’interdiction congolaise d’exporter les concentrés de cuivre et de cobalt. Cette décision vise à pousser davantage de traitement sur le territoire national et s’inscrit dans la politique consistant à utiliser le poids minier du pays pour développer des capacités industrielles locales plutôt que d’augmenter uniquement les volumes extraits.
La RDC renforce parallèlement le contrôle de sa connaissance géologique. Reuters rapportait le 8 septembre que Kinshasa développe une banque nationale de données géologiques dans le cadre d’un programme comprenant notamment un contrat de 180 millions USD avec Xcalibur et des coopérations avec plusieurs partenaires internationaux. Seule une partie du territoire congolais a jusqu’ici fait l’objet d’une cartographie géologique systématique, ce qui laisse une importante marge pour l’exploration de nouveaux gisements.
C’est précisément ce qui donne à Tianjin un intérêt supplémentaire. Les transactions prévues pendant la conférence couvrent non seulement les permis miniers mais également les prises de participation, les technologies d’exploration, le traitement des minerais, les équipements et les coopérations industrielles. Pour Kinshasa, le terrain de discussion correspond donc directement aux priorités désormais affichées dans sa politique minière.
La présence congolaise en Chine se joue ainsi sur deux niveaux. La RDC reste l’un des principaux fournisseurs mondiaux de minerais stratégiques et la Chine demeure l’un de ses partenaires miniers les plus importants. Mais l’objectif défendu par Louis Watum est désormais d’utiliser cette relation pour attirer davantage de capital industriel, de technologie, d’exploration géologique et de transformation sur place. Les résultats de Tianjin devront surtout se mesurer aux projets et investissements qui découleront des rencontres engagées durant ces trois jours.
Peter MOYI









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