La plus grande mine chinoise de lithium par capacité, Jianxiawo, exploitée par CATL dans le Jiangxi, est de nouveau à l’arrêt après le retrait de son approbation environnementale. Benchmark Mineral Intelligence a presque divisé par deux sa prévision de production 2026 pour le site. La perturbation intervient au moment où la RDC commence à exporter le lithium de Manono et où Zijin Mining accélère la montée en régime de son nouvel actif congolais.
La trajectoire du marché mondial du lithium vient de rencontrer une nouvelle incertitude du côté chinois. Jianxiawo, mine de lépidolite liée au géant mondial des batteries CATL, a été replacée en maintenance après le retrait de son autorisation d’évaluation environnementale. Le projet doit repasser par une procédure d’examen avant une reprise durable des opérations. Benchmark Mineral Intelligence estime désormais que cette procédure pourrait repousser le retour de la mine jusqu’au quatrième trimestre 2026, voire en 2027.
L’impact potentiel n’est pas négligeable. Jianxiawo dispose d’une capacité annuelle équivalente à environ 46 000 tonnes de carbonate de lithium, soit près de 3 % de la production mondiale de 2025, selon les données australiennes reprises par Reuters. Après avoir espéré une reprise plus rapide, Benchmark a ramené sa prévision de production minière 2026 de 62 500 à 32 000 tonnes équivalent carbonate de lithium, LCE. Le marché perd ainsi environ 30 500 tonnes LCE par rapport au scénario précédemment anticipé.
La réaction des prix montre toutefois que l’équilibre reste très volatil. Après les nouvelles difficultés réglementaires de Jianxiawo, le contrat de carbonate de lithium le plus échangé à Guangzhou avait progressé de 4,8 % le 28 août, à 159 600 yuans la tonne. Mais le marché a ensuite corrigé fortement. Le 4 septembre, le contrat janvier 2027 a terminé autour de 141 900 yuans la tonne, en recul de 7,4 % sur la séance selon Shanghai Metals Market.
Autrement dit, l’arrêt d’une grande mine chinoise soutient la tension sur l’offre à court terme, sans suffire à lui seul à garantir une remontée durable des cours. Les anticipations de nouvelles capacités en 2027, les stocks et la demande des fabricants de batteries continuent de peser sur la formation des prix.
Manono entre précisément dans cette fenêtre de marché

Pour la RDC, le calendrier est particulièrement intéressant. Manono Northeast a commencé sa production en mai 2026. Sur le seul premier semestre, l’actif a déjà produit 5 379 tonnes LCE, soit 12,3 % de toute la production de lithium déclarée par Zijin Mining sur la période, selon un calcul publié par Lepoint.cd le 31 août.
La filière est également passée au stade de l’exportation. Le CEEC a certifié les premiers lots de lithium de Manono le 22 juillet, avant que le navire Golden Voyage No. 1 n’effectue, le 24 juillet, un premier transport de concentré congolais vers la Tanzanie. Zijin présente désormais officiellement la première phase de Manono comme étant en production, tandis que la deuxième reste en construction.
Le projet prévoit à terme une capacité de traitement de 5 millions de tonnes de minerai par an, permettant de produire environ 1 million de tonnes de concentré de spodumène et 100 800 tonnes de sulfate de lithium brut chaque année. Le système de séparation en milieu dense a été progressivement mis en service au premier semestre, tandis que le broyage et la flottation doivent monter en régime d’ici fin septembre et les installations de transformation entre septembre et décembre.
Cette montée en puissance intervient donc exactement au moment où une partie importante de l’offre chinoise attendue est retardée.
Une opportunité de prix, mais surtout une question de timing
Pour Manono, l’intérêt économique ne réside pas uniquement dans une éventuelle hausse du carbonate de lithium. Le projet produit d’abord du concentré de spodumène, dont le prix évolue en fonction du marché des produits chimiques au lithium, de la demande des raffineries chinoises et des coûts de conversion.
Une tension sur l’approvisionnement chinois peut néanmoins soutenir la demande de matières premières importées. CATL avait déjà dû se tourner vers des fournisseurs extérieurs après l’arrêt de Jianxiawo en 2025. Dans le même temps, Benchmark indique que les stocks chinois de carbonate et d’hydroxyde de lithium ont diminué de 2,8 % en août et de 10 % depuis le début de 2026, renforçant le caractère plus serré du marché à court terme.
C’est ici que le calendrier congolais prend de la valeur. Manono ne se prépare plus à entrer sur le marché mondial, il y est déjà présent. Les premières cargaisons circulent, les installations industrielles augmentent progressivement leur capacité et l’axe logistique via le lac Tanganyika et la Tanzanie fonctionne déjà.
La question pour la RDC devient donc moins théorique. Si les difficultés de Jianxiawo persistent pendant que les stocks chinois reculent, Manono pourrait traverser sa première montée en production dans un environnement de prix et de demande plus favorable qu’un scénario d’offre chinoise pleinement rétablie. L’ampleur de cet avantage dépendra toutefois de la durée de l’arrêt chinois, de la vitesse de montée en puissance des nouvelles mines mondiales et du niveau de demande des batteries en 2027.
M. KOSI









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