La montée du solaire dans les mines congolaises fait apparaître un marché industriel d’une taille désormais difficile à ignorer. Sur douze mois, la RDC a importé pour 249 millions USD de panneaux solaires chinois et consacré 429 millions USD aux batteries, soit environ 678 millions USD au total. Derrière la réponse au déficit d’électricité se dessine une autre question économique. Alors que le pays produit du cuivre, du cobalt et désormais du lithium, combien de cette nouvelle dépense énergétique pourrait être transformée en commandes pour une industrie congolaise de câbles, équipements électriques, structures, assemblage et stockage ?
Les données publiées début septembre par le centre de recherche énergétique Ember montrent l’accélération du marché. La RDC est devenue le quatrième importateur africain de panneaux solaires chinois sur les douze derniers mois, avec 249 millions USD d’achats, tandis que les dépenses consacrées aux batteries ont atteint 429 millions USD. Les batteries représentent ainsi environ 63 % des 678 millions USD recensés, contre 37 % pour les panneaux. Ember prévoit parallèlement une progression de 544 % des installations solaires en 2026, avec des nouvelles capacités équivalant à environ 63 % de la production actuelle du réseau national.
La demande vient en grande partie du bassin minier. À Kamoa-Kakula, près de Kolwezi, le projet développé par CrossBoundary Energy associe environ 233 MW de solaire et 526 MWh de stockage, avec 357 000 panneaux et une capacité de fourniture continue d’au moins 30 MW. Ivanhoe Mines prévoit, en intégrant également le projet de Green World Energie, 433 MW de capacité photovoltaïque et 1 107 MWh de batteries, capables de fournir ensemble 60 MW en continu au complexe minier. Kamoa Copper est l’unique acheteur de cette électricité. Ce modèle montre pourquoi les mines constituent un marché particulièrement attractif pour le solaire avec stockage. Elles disposent d’une consommation importante, prévisible et capable de soutenir des contrats d’achat de long terme.
De l’importation d’électricité solaire à une chaîne industrielle congolaise
Les 678 millions USD doivent être lus comme une facture d’équipements importés et non comme une valeur industrielle déjà créée en RDC. Mais leur taille permet de mesurer ce que représente désormais ce marché. À titre d’ordre de grandeur, si des industriels installés dans le pays parvenaient à capter seulement 20 % de cette demande, cela représenterait environ 136 millions USD de commandes annuelles. À 30 %, l’ordre de grandeur dépasserait 203 millions USD. D’après les calculs de notre rédaction, ces montants ne correspondraient pas intégralement à de la valeur ajoutée congolaise puisque certaines matières, cellules et technologies resteraient importées, mais ils montrent qu’un marché domestique suffisamment important commence à exister pour justifier des investissements industriels.
Le segment le plus immédiatement accessible n’est d’ailleurs pas nécessairement la fabrication complète de panneaux photovoltaïques ou de cellules de batteries. La Banque mondiale a déjà identifié l’ex-Katanga comme une zone où la transformation du cuivre en fils, câbles et produits électriques est techniquement et économiquement envisageable. Son analyse estime qu’une industrie produisant 500 millions USD de produits à base de cuivre par an pourrait générer environ 112 millions USD d’exportations supplémentaires et 1 300 à 2 000 emplois. Autour des projets solaires, la même logique peut s’étendre aux câbles, tableaux électriques, connecteurs, supports métalliques, intégration des systèmes, maintenance et, progressivement, à certaines étapes de l’assemblage des batteries.
La présence de minerais congolais ne garantit toutefois pas automatiquement une industrie locale du stockage. Plus de 90 % des nouvelles batteries stationnaires installées dans le monde en 2025 utilisaient la technologie lithium-fer-phosphate, LFP, selon l’Agence internationale de l’énergie. Cette chimie utilise du lithium mais pas de cobalt, alors que sa fabrication et celle de ses matériaux actifs restent très concentrées en Chine. L’avantage minier de la RDC doit donc être complété par des capacités de transformation, du savoir-faire industriel, de l’électricité compétitive, des normes techniques et des investisseurs capables de produire à des coûts compatibles avec les équipements asiatiques.
Le marché intérieur peut devenir le premier client de l’industrialisation
La RDC dispose déjà d’une politique visant la chaîne de valeur des batteries. Le Conseil congolais de la batterie est chargé d’attirer les investissements, d’organiser l’approvisionnement en matières premières et de favoriser la fabrication de précurseurs et de batteries, tandis que le projet de zone économique spéciale RDC–Zambie poursuit la même logique de transformation locale. La Commission économique des Nations unies pour l’Afrique a encore consacré en février 2026 une étude à cette future zone industrielle.
Les nouvelles données sur les importations modifient cependant l’équation. L’industrialisation ne doit plus être pensée uniquement autour de futures exportations de batteries ou de composants vers l’Europe, l’Asie ou les États-Unis. Les mines congolaises sont elles-mêmes en train de créer un marché intérieur de plusieurs centaines de millions de dollars pour les technologies énergétiques. La croissance de Kamoa-Kakula et des autres producteurs du Copperbelt, combinée aux nouveaux projets solaires annoncés autour de Kolwezi, Lubumbashi et Likasi, peut fournir les premiers acheteurs nécessaires à l’émergence d’une filière locale.
Pour la RDC, le choix économique devient ainsi plus concret. La transition énergétique du secteur minier peut continuer à alimenter une nouvelle vague d’importations d’équipements finis, ou devenir progressivement un débouché pour une industrie nationale utilisant davantage le cuivre, le lithium, les compétences et les entreprises locales. Avec 678 millions USD de panneaux et de batteries recensés sur une seule année, le marché commence à atteindre une taille qui permet de poser cette question en termes d’investissement industriel, et plus seulement de politique énergétique.
Peter MOYI









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