Le ministère des Finances a publié un premier état d’exécution de l’Eurobond inaugural de la RDC. Sur les 1,25 milliard USD levés sur les marchés internationaux, 137,89 millions USD ont déjà été décaissés pour Grand Katende et les aéroports de N’djili et Luano. Le Gouvernement annonce plus de 200 millions USD dans les prochains jours et au moins 300 millions supplémentaires d’ici fin 2026.
Le Gouvernement congolais apporte de nouveaux éléments sur l’utilisation des 1,25 milliard USD mobilisés en avril 2026 à travers le premier Eurobond de l’histoire du pays. Dans un communiqué daté du 7 août, le ministère des Finances indique que 137 894 270,17 USD ont déjà été décaissés au profit de trois projets d’infrastructures. Ce montant représente environ 11 % de l’enveloppe totale levée, laissant près de 1,112 milliard USD qui n’avaient pas encore été décaissés à la date du communiqué.
Dans le détail, 48 035 036,90 USD ont été affectés au projet intégré de la centrale hydroélectrique de Grand Katende et aux infrastructures de transport et de distribution devant acheminer l’électricité vers Kananga, Mbuji-Mayi, Bukonde et Tshimbulu. Les 89 859 233,26 USD restants concernent la modernisation des aéroports internationaux de N’djili, à Kinshasa, et de Luano, à Lubumbashi. Le ministère ne ventile toutefois pas, dans ce communiqué, cette seconde enveloppe entre les deux plateformes aéroportuaires.
Cette affectation confirme en partie la destination annoncée aux investisseurs lors de l’émission. En juillet, le Gouvernement avait également expliqué devant la Commission ECOFIN de l’Assemblée nationale que les ressources de l’Eurobond seraient réservées aux investissements et non aux dépenses courantes. La première tranche devait notamment soutenir N’djili, Luano et la RN4.
Plus de 500 millions USD de nouveaux décaissements annoncés
Le calendrier communiqué par le ministère permet désormais d’aller plus loin. Plus de 200 millions USD supplémentaires doivent être décaissés dans les prochains jours au profit de la modernisation de la RN4 Kisangani-Beni et de la Rocade Nord-Est de Kinshasa, dite Autoroute du Fleuve, avec ses postes de péage. D’autres projets doivent également être intégrés à cette séquence.
Le Gouvernement prévoit ensuite au moins 300 millions USD de décaissements complémentaires d’ici la fin de l’année, notamment pour Grand Katende et l’aéroport de N’djili. Si ces deux annonces se matérialisent intégralement et s’ajoutent aux 137,89 millions déjà exécutés, le montant décaissé pourrait dépasser 637,9 millions USD, soit au moins 51 % des 1,25 milliard USD levés.
Ces chiffres apportent surtout une réponse plus précise au débat sur la thésaurisation de l’Eurobond. Il n’est désormais plus exact d’affirmer que l’intégralité des 1,25 milliard USD demeure immobilisée. En revanche, au 7 août, environ 89 % des ressources n’étaient pas encore décaissées vers les projets, selon les chiffres du ministère. Cette situation intervient près de quatre mois après l’émission internationale.
Elle doit cependant être interprétée avec une nuance importante. Le ministère affirme que les sommes en attente sont logées sur des comptes bancaires créditeurs générateurs de revenus, précisément afin d’atténuer une partie du coût des intérêts dus sur l’Eurobond. Le communiqué ne donne toutefois ni le rendement de ces placements, ni les revenus déjà générés. Il n’est donc pas encore possible de calculer le coût net du portage, c’est-à-dire la différence entre les intérêts payés sur l’Eurobond et ceux perçus sur les ressources temporairement placées.
L’emprunt reste relativement coûteux. Les informations communiquées lors de l’opération font état de deux maturités, avec des rendements autour de 8,75 % et 9 %. La vitesse de transformation de cette dette en actifs productifs reste donc un paramètre financier important. Plus les fonds sont rapidement investis dans des infrastructures effectivement exécutées, plus le pays peut espérer que les bénéfices économiques futurs justifient le coût de l’endettement.
La question se déplace vers l’exécution des projets
Le communiqué apporte également une précision sur le mécanisme de contrôle. Les décaissements doivent être exécutés sous la responsabilité de comptables publics affectés dans les agences d’exécution, selon des protocoles associant les ministères sectoriels, le ministère des Finances et les responsables des projets. Le Gouvernement affirme que ce dispositif tient également compte des recommandations de ses partenaires du Fonds monétaire international.
La publication de cet état d’exécution constitue donc une première base permettant de suivre l’Eurobond au-delà des annonces. Elle ne suffit cependant pas encore à mesurer l’efficacité de l’opération. Il faudra rapprocher progressivement les montants décaissés de l’avancement physique de chaque infrastructure, des marchés conclus, des échéanciers contractuels et du coût final des projets.
C’est précisément sur ce terrain que la question de l’endettement prend tout son sens. Emprunter à près de 9 % pour construire une centrale électrique, une route ou moderniser un aéroport peut être économiquement défendable lorsque ces infrastructures augmentent durablement la productivité et l’activité économique. L’équation devient beaucoup moins favorable si les décaissements prennent du retard ou si les projets connaissent des dépassements importants.
Avec 137,9 millions USD déjà décaissés et plus de 500 millions annoncés dans les prochains mois, le débat sur l’Eurobond congolais entre ainsi dans une nouvelle séquence. La question n’est plus seulement de savoir où se trouve l’argent. Elle est désormais de mesurer à quelle vitesse et avec quels résultats les 1,25 milliard USD de dette seront transformés en infrastructures réellement opérationnelles.
— M. KOSI









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