Le FMI et la Banque mondiale viennent d’approuver la première révision depuis 2017 de leur cadre commun d’analyse de soutenabilité de la dette des pays à faible revenu. Environ 14 % de ces économies sont actuellement en détresse et 33 % présentent un risque élevé, soit 47 % au total. À partir du second semestre 2027, l’analyse accordera davantage de poids à la dette intérieure, aux besoins de refinancement, aux entreprises publiques et aux risques de long terme. Une évolution particulièrement importante pour la RDC, où la dette domestique atteignait déjà 7,09 milliards USD à fin juin.
La manière dont le Fonds monétaire international et la Banque mondiale évaluent l’endettement des économies à faible revenu va évoluer. Le Conseil d’administration du FMI a examiné la réforme le 9 septembre 2026 et celui de la Banque mondiale l’a approuvée le 15 septembre. Les nouvelles dispositions ont été rendues publiques le 21 septembre et doivent devenir opérationnelles pour les documents soumis aux conseils des deux institutions après leur pause estivale de 2027.
Le cadre LIC-DSF ne sert pas uniquement à calculer un ratio dette sur PIB. Ses évaluations interviennent dans les décisions de financement du FMI et de la Banque mondiale, dans les conseils de politique budgétaire et de gestion de la dette, ainsi que dans les décisions de certains bailleurs et créanciers. Lors d’une restructuration souveraine, il contribue également à déterminer l’effort nécessaire pour rétablir la soutenabilité.
La réforme intervient dans un environnement plus tendu. Selon des données du FMI citées lors de l’annonce, 14 % des pays à faible revenu sont déjà en détresse liée à leur dette et 33 % supplémentaires présentent un risque élevé. Près d’un pays sur deux appartient donc à l’une de ces deux catégories.
La dette intérieure devient une variable beaucoup plus visible
Le changement le plus important pour des économies comme la RDC concerne la dette domestique. Depuis plusieurs années, les pays à faible revenu utilisent davantage leurs marchés locaux à mesure que le financement concessionnel devient plus contraint et que les emprunts extérieurs commerciaux coûtent plus cher. Le FMI relevait déjà en mars que le ratio médian de dette intérieure avait doublé en une décennie dans ces économies et que plus d’un cinquième d’entre elles détenaient désormais davantage de dette intérieure qu’extérieure.
Le nouveau cadre doit donc analyser plus systématiquement les vulnérabilités associées à ces emprunts. Il introduira notamment des seuils relatifs au stress sur l’ensemble de la dette publique et un module spécifique pour les risques domestiques. L’objectif est de mieux identifier les situations où un encours peut sembler soutenable en volume tout en créant des tensions de liquidité, de refinancement ou de coût.
Les données elles-mêmes feront l’objet d’une surveillance accrue. Le FMI et la Banque mondiale veulent renforcer la couverture des engagements publics, notamment ceux des entreprises publiques, et signaler plus clairement les insuffisances de qualité ou de transparence des informations utilisées dans les analyses. Les prévisions de long terme devront également mieux intégrer les besoins de développement et les investissements liés à l’adaptation climatique.
Pour la RDC, cette évolution intervient au moment où la structure de la dette change rapidement. Au 30 juin 2026, la Direction générale de la dette publique chiffrait l’encours total à 18,552 milliards USD, dont 7,088 milliards de dette intérieure, soit 38 % du portefeuille. Cette composante domestique comprenait 3,184 milliards USD de titres publics et 3,904 milliards d’arriérés budgétaires.
Six mois auparavant, l’encours global était encore de 15,012 milliards USD. Le développement du marché des Bons et Obligations du Trésor, parallèlement à l’entrée de la RDC sur le marché international avec son premier Eurobond, modifie donc progressivement le profil financier de l’État.
Une réforme qui ne signifie pas automatiquement une dégradation de la note de la RDC
Le changement de méthodologie ne signifie pas que la RDC sera automatiquement reclassée. Sous le cadre actuellement applicable, le pays demeure à risque modéré de surendettement extérieur et global. Le FMI souligne toutefois depuis plusieurs analyses que la capacité d’endettement congolaise reste faible, principalement en raison de la mobilisation limitée des recettes publiques et de l’exposition aux chocs sur les exportations et les matières premières.
La nouveauté tient davantage à ce qui sera observé. Pour un pays qui développe son marché domestique, le niveau de dette ne sera pas le seul indicateur pertinent. La maturité des titres, leur taux d’intérêt, leur concentration dans les bilans bancaires, leur monnaie de libellé et le montant à refinancer sur de courtes périodes deviendront plus visibles dans l’analyse.
Cette évolution concerne directement la stratégie congolaise. À fin juin, les titres publics domestiques représentaient déjà plus de 3,18 milliards USD. Leur croissance peut donner au Trésor une source supplémentaire de financement et construire une courbe de rendement locale. Mais lorsque les maturités sont courtes ou les taux élevés, les émissions successives augmentent aussi le besoin de refinancement et peuvent renforcer le lien financier entre l’État et les banques.
Le cadre révisé entrera en application au second semestre 2027. D’ici là, le système actuel continuera à être utilisé. Pour la RDC, les prochaines analyses permettront surtout de voir comment les nouvelles règles traiteront conjointement les titres du Trésor, les arriérés intérieurs, l’Eurobond et les engagements des entreprises publiques, au moment où la structure de la dette devient plus diversifiée.
Noella NGOLA









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