L’Entreprise Générale du Cobalt change d’échelle. Au premier semestre 2026, la filiale de Gécamines chargée de structurer la commercialisation du cobalt artisanal a exporté 3 531 tonnes de cobalt métal contenu dans 9 948 tonnes d’hydroxyde, ce qui la place au cinquième rang des exportateurs congolais de ce produit. EGC représente déjà près de 8,6 % du cobalt contenu exporté par la RDC sur la période. Après plusieurs années durant lesquelles la formalisation restait surtout un objectif institutionnel, le cobalt artisanal commence ainsi à apparaître en volumes mesurables dans les statistiques officielles du pays.
Les données du ministère des Mines permettent de mesurer précisément ce changement. La RDC a exporté 119 015 tonnes d’hydroxyde de cobalt au premier semestre, correspondant à 41 140 tonnes de cobalt métal contenu. EGC en représente 3 531 tonnes, soit environ 8,6 % du total national, d’après les calculs de notre rédaction. Dans le classement par cobalt contenu, l’entreprise arrive derrière CMOC Kisanfu avec 8 410 tonnes, KCC avec 5 271 tonnes, Metalkol avec 5 000 tonnes et TFM avec 4 456 tonnes. Elle devance désormais plusieurs producteurs industriels établis depuis plus longtemps dans le Copperbelt.
Fastmarkets confirme cette percée et souligne que les 3 531 tonnes de cobalt contenu correspondent à environ 9 948 tonnes d’hydroxyde exporté par EGC. La société affirme parallèlement avoir traité environ 2 820 tonnes de cobalt artisanal traçable au premier semestre, réparties à parts presque égales entre les deux premiers trimestres. Ces deux indicateurs ne mesurent pas exactement la même chose, mais ils montrent ensemble que la chaîne artisanale formalisée est entrée dans une dimension commerciale qui dépasse désormais les premiers lots pilotes.
De la formalisation à une véritable offre commerciale
Créée en 2019, EGC est chargée d’organiser l’achat et la commercialisation du cobalt issu de l’exploitation artisanale. Son modèle repose sur des coopératives enregistrées, des zones d’exploitation artisanale encadrées et des mécanismes de traçabilité destinés à suivre le minerai depuis le site jusqu’à l’acheteur. En juillet, plus de 5 000 exploitants artisanaux avaient notamment été relocalisés vers la ZEA 786 de Kasulo, à Kolwezi. EGC travaille également avec Mercuria sur ce site et a conclu d’autres partenariats destinés à renforcer les conditions de sécurité, le contrôle de la production et la traçabilité.
Le mouvement s’est poursuivi après juin. Fin août, EGC indiquait à Reuters avoir exporté 3 995 tonnes de cobalt contenu depuis le début de l’année et utilisé la totalité de ses quotas disponibles. L’entreprise commercialise actuellement son cobalt notamment à travers Trafigura, Mercuria et Traxys, mais cherche désormais à établir des relations plus directes avec les fabricants de batteries, les constructeurs automobiles et d’autres utilisateurs finaux. Elle travaille avec cinq coopératives et prépare douze partenariats supplémentaires.
Ce passage du trader vers l’utilisateur final constitue une étape économique importante. Un cobalt artisanal qui reste limité à quelques négociants spécialisés demeure un produit de niche. Un cobalt accepté directement par les fabricants de batteries et les groupes automobiles entre, au contraire, dans les chaînes industrielles où se prennent les décisions d’approvisionnement de long terme.
Le prochain obstacle est désormais l’acceptation des acheteurs
C’est précisément là que se situe la principale difficulté identifiée par Fastmarkets. Malgré l’augmentation des volumes et les dispositifs de traçabilité, plusieurs acheteurs internationaux restent réticents à s’approvisionner en cobalt artisanal, notamment en raison des risques sociaux, environnementaux, réglementaires et réputationnels historiquement associés au secteur. Fastmarkets rapporte que cette prudence continue d’apparaître dans les échanges avec les participants au marché.
EGC cherche donc à prouver que l’origine artisanale n’est pas nécessairement incompatible avec les standards internationaux d’approvisionnement responsable. La société affirme aligner son référentiel sur les cadres internationaux de diligence raisonnable et étudie différents dispositifs de certification et d’assurance par des tiers. Son directeur général avait déjà présenté en juillet la traçabilité comme un instrument de compétitivité et de création de valeur pour la RDC.
L’enjeu dépasse désormais la formalisation administrative. Avec 3 531 tonnes au premier semestre et une cinquième place dans les exportations d’hydroxyde, EGC dispose d’un volume suffisant pour tester réellement l’appétit du marché mondial. La prochaine étape sera de savoir si ce cobalt peut obtenir durablement l’acceptation des grandes chaînes automobiles, électroniques et de batteries. Si cette barrière commerciale est franchie, le cobalt artisanal congolais pourrait passer d’un secteur longtemps traité comme un risque à une composante identifiable et organisée de l’offre minière nationale.
J. KAKESA









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