La Defense Logistics Agency américaine a accordé à Elmet Technologies un contrat pouvant atteindre 2 milliards USD pour reconstituer les stocks stratégiques américains de tungstène. Le montant effectivement garanti est toutefois de 150 millions USD. Pour la RDC, qui a exporté 111,75 tonnes de wolframite au premier semestre 2026, l’enjeu est désormais de convertir son potentiel dans les minerais critiques en contrats d’approvisionnement de long terme.
Les États-Unis passent progressivement de la diplomatie des minerais critiques à l’achat physique des matières stratégiques. Elmet Technologies, filiale du groupe américain Elmet, a obtenu de la Defense Logistics Agency un contrat à commandes multiples destiné à alimenter le National Defense Stockpile en minerais et concentrés de tungstène ainsi qu’en tungstate de sodium. Le plafond du contrat atteint 2 milliards USD, avec un engagement financé garanti de 150 millions USD.
La distinction est importante. Washington n’a donc pas immédiatement décaissé 2 milliards USD. Le contrat fixe un volume maximal de commandes pouvant être passées sur une période initiale de cinq ans, jusqu’au 30 août 2031, prolongée éventuellement de deux années supplémentaires jusqu’en 2033. Elmet précise également qu’il ne commencera pas à livrer le stock stratégique avant que de nouvelles capacités minières et de traitement ne soient disponibles.
Le dispositif s’accompagne d’une autre intervention publique. Le même jour, Elmet a annoncé un investissement engagé de 450 millions USD du gouvernement américain destiné à renforcer ses capacités de production et sa chaîne d’approvisionnement. Plus de 165 millions doivent servir à moderniser des installations aux États-Unis et environ 150 millions au complexe de tungstène Springer, dans le Nevada. L’entreprise développe parallèlement ses approvisionnements en Australie et en Espagne.
Cette architecture montre comment Washington entend sécuriser les minerais jugés indispensables à sa défense. Le soutien public combine participation financière, investissements industriels, accords d’achat de long terme et constitution de stocks stratégiques.
La demande militaire redonne au tungstène une valeur géopolitique
Le tungstène est recherché pour sa densité, sa dureté et sa résistance aux températures extrêmes, propriétés utilisées notamment dans l’armement, l’aéronautique et l’outillage industriel. La vulnérabilité occidentale est accentuée par la domination chinoise. Selon l’US Geological Survey, la Chine assurait environ 82 % de la production minière mondiale de tungstène en 2024. Pékin a introduit en février 2025 de nouveaux contrôles sur l’exportation de certains produits à base de tungstène.
Les statistiques minières congolaises décrivent le même durcissement du marché. Le ministère des Mines relève au premier semestre 2026 une hausse des cours du tungstène alimentée par les restrictions commerciales chinoises et par l’accélération de la demande des industries de défense, d’aéronautique et d’équipements de précision.
La RDC possède déjà une production commercialisée, mais à une échelle encore limitée. Au premier semestre 2026, la production artisanale de wolframite a atteint 112,08 tonnes, dont 105,70 tonnes provenant du Maniema, soit environ 94 %. Les exportations se sont établies à 111,75 tonnes pour une valeur déclarée de 5,715 millions USD, principalement à destination des Émirats arabes unis et de Maurice.
Ces volumes placent pour l’instant la filière congolaise très loin de l’échelle industrielle recherchée par Washington. Mais l’évolution régionale mérite l’attention de Kinshasa. Le 14 septembre, Almonty Industries a parallèlement annoncé un partenariat avec le Rwanda pour développer et traiter du tungstène, après une mise en relation par le Département d’État américain. Kigali recevra 25 % de la société commune en apportant une concession d’exploration et une licence de traitement. Le projet s’inscrit dans un cadre économique soutenu par Washington.
Pour la RDC, le signal est donc plus large que le contrat d’Elmet. Les États-Unis commencent à utiliser des commandes publiques garanties pour transformer la sécurité minérale en marché solvable. Une telle approche réduit le risque commercial des producteurs en leur donnant une visibilité sur la demande future, ce qui facilite ensuite le financement de nouvelles mines et unités de traitement.
La question pour Kinshasa est désormais de savoir si le cobalt, le germanium, le tungstène ou d’autres minerais congolais pourront entrer dans ce type de mécanisme. Les prochains indicateurs seront moins les déclarations diplomatiques que l’apparition de contrats d’achat, de prix minimums, de garanties publiques et d’investissements de transformation directement adossés à la production congolaise.
M. MASAMUNA









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