Les États-Unis et la République démocratique du Congo ont formalisé un partenariat stratégique centré sur les minerais dits « critiques », l’énergie et les infrastructures. Publié le 4 décembre 2025 par le Bureau des affaires africaines américain, cet accord encadre l’accès de Washington aux ressources congolaises et fixe en retour une série de réformes et d’engagements économiques pour Kinshasa.
Un accord structuré autour des minerais, des rails et de l’électricité
Le texte part d’un constat : la RDC dispose de ressources géologiques exceptionnelles et occupe une place centrale en Afrique centrale et australe, avec la perspective d’un marché régional de plus de 600 millions d’habitants. Les États-Unis, eux, cherchent des chaînes d’approvisionnement sûres et durables pour les minerais critiques utilisés dans la défense, l’énergie, les technologies de pointe et l’industrie automobile.
L’accord s’inscrit aussi dans un contexte politique. Il rappelle la signature, à Washington, le 27 juin 2025, d’un accord de paix entre la RDC et le Rwanda. Les deux pays et les États-Unis présentent ce texte comme un appui à la stabilité régionale et à la réconciliation, avec l’idée que la paix durable facilite les investissements de long terme.
Sur cette base, Washington reconnaît officiellement la RDC comme « partenaire stratégique ». Ce statut ouvre un cadre de coopération élargi : économie, minerais, énergie, infrastructures, sécurité, gouvernance, éducation et recherche. Un Forum binational de partenariat économique États-Unis–RDC doit se réunir tous les deux ans, alternativement à Kinshasa et à Washington, pour suivre ce partenariat et associer le secteur privé.
Au cœur de l’accord, le secteur minier. Les deux parties veulent un secteur qui respecte la loi, soit transparent et bénéfique « à long terme » pour la population congolaise comme pour l’économie américaine.
Le texte crée une Réserve stratégique d’actifs : une liste de gisements de minerais critiques, de ressources aurifères et de zones d’exploration jugés stratégiques par la RDC. Ces actifs seront regroupés dans un portefeuille spécifique. Pour chaque projet inscrit, la RDC s’engage à suivre une procédure précise d’appel aux investisseurs.
Point clé : pour ces projets dits « SAR », les entreprises américaines obtiennent un droit de première offre. Quand Kinshasa notifie un projet au Comité mixte de sélection, les investisseurs américains disposent de trois mois pour déposer une proposition et d’une période de négociation pouvant aller jusqu’à neuf mois au total. Si aucune offre américaine n’est retenue, le pays ouvre alors la porte à des « personnes alliées » (entreprises d’États considérés comme alignés), congolaises ou étrangères, avec des fenêtres de négociation comparables. La décision finale reste entre les mains des autorités congolaises, mais l’accord encadre la séquence et les priorités.
En parallèle, un autre label, celui de projet stratégique admissible, pourra s’appliquer à des projets miniers, d’infrastructures ou de transformation situés en RDC mais non contrôlés majoritairement par l’État. Pour être qualifiés, ces projets devront répondre à des critères précis : niveau de participation américaine ou alliée, contrôle effectif, respect d’objectifs de sécurité d’approvisionnement, utilisation du corridor Sakania-Lobito lorsque c’est géographiquement possible, et contribution à la transformation locale.
L’accord va plus loin sur la gouvernance économique. La RDC s’engage à réformer d’ici douze mois la loi n° 13/005 du 11 février 2014 sur le régime fiscal, douanier et des changes applicable aux accords de collaboration. L’objectif est d’aligner le droit interne sur les avantages promis :
– clause de stabilisation fiscale renouvelable pour une période initiale de 10 ans ;
– remboursement de TVA dans un délai de 90 jours ;
– mécanismes pour compenser la TVA payée en trop ;
– simplification de la documentation pour les remboursements ;
– guichet unique pour toutes les démarches administratives, fiscales, douanières et réglementaires via l’ANAPI ou son successeur ;
– création d’une autorité fiscale centralisée pour gérer l’impôt sur les sociétés dans le secteur minier.
Ces incitations sont réservées aux projets SAR et aux projets stratégiques admissibles, et devront être intégrées dans les lois congolaises, avec un suivi annuel par le Comité mixte. L’accord précise aussi le rôle de l’Autorité de régulation des substances minérales stratégiques (ARECOMS), chargée de notifier aux États-Unis toute modification des quotas ou interdictions d’exportation de cobalt, afin de permettre un dialogue tout en respectant la souveraineté de la RDC.
Sur les infrastructures, le corridor Sakania-Lobito occupe une place centrale. Ce corridor, qui relie la RDC à l’océan Atlantique via l’Angola, est présenté comme l’axe principal pour exporter cuivre, cobalt, zinc et autres minerais critiques, mais aussi d’autres marchandises. La RDC prévoit de réhabiliter et moderniser la ligne ferroviaire de la SNCC avec des partenaires privés, sous un régime d’accès ouvert, non discriminatoire, pour tous les opérateurs qualifiés.
Les États-Unis annoncent leur intention de soutenir la mobilisation de financements via leurs institutions de développement, les banques multilatérales et les investisseurs privés pour la section congolaise du corridor. La RDC, de son côté, prévoit qu’au bout de cinq ans, au moins 50 % des volumes de cuivre, 90 % des concentrés de zinc et 30 % du cobalt commercialisés par l’État et ses entreprises publiques transitent par le corridor Sakania-Lobito. Ces objectifs pourront être ajustés par le Comité mixte en fonction de l’évolution du marché et de la logistique.
L’accord consacre aussi un volet important au projet hydroélectrique de Grand Inga. Les deux pays en font un pilier énergétique pour les mines, les industries de transformation, l’agro-industrie et les grands corridors de transport, dont Sakania-Lobito. Un comité paritaire de coordination doit être mis en place pour suivre les projets liés à Inga, dialoguer avec le secteur privé et la société civile et rechercher les financements nécessaires auprès des institutions internationales et des investisseurs.
Sur la gouvernance et l’État de droit, Washington promet une assistance technique à la RDC. Le texte cite la réforme du cadre légal et réglementaire minier, l’appui à l’administration fiscale, douanière et frontalière pour lutter contre le commerce illicite, l’analyse des données géologiques (y compris celles conservées au Musée royal de l’Afrique centrale) et le soutien à des projets dans les zones reculées ou touchées par les conflits. La RDC s’engage à donner la priorité aux réformes judiciaires pour renforcer la capacité des tribunaux, réduire la corruption et sécuriser l’environnement des affaires.
Le partenariat aborde aussi l’exploitation minière artisanale et à petite échelle. Les Parties souhaitent identifier des sites pilotes dans les zones de minerais critiques, soutenir la création de coopératives, de négociants certifiés et de centres de négoce contrôlés, et favoriser la traçabilité. L’objectif affiché est double : améliorer les conditions de vie, l’inclusion financière et la protection sociale des communautés minières, tout en garantissant un approvisionnement responsable conforme aux normes internationales. L’Entreprise Générale de Cobalt et d’autres institutions congolaises sont citées comme partenaires possibles.
Pour piloter l’ensemble, un Comité mixte de dix membres (cinq pour chaque pays) est créé. Il réunit le Département d’État, le Trésor, le Commerce, la DFC et une autre agence américaine d’un côté ; les ministères congolais des Affaires étrangères, de l’Économie, des Finances, de la Planification et la Présidence de l’autre. Ce comité se réunit deux fois par an, prend ses décisions par consensus et supervise les projets stratégiques, les incitations fiscales, les volumes affectés au marché américain et la participation d’investisseurs américains ou alliés.
L’accord prévoit enfin des clauses de confidentialité, des modalités de révision tous les trois ans et la possibilité pour chaque Partie d’y mettre fin par notification écrite, avec un délai de cinq ans avant la prise d’effet. Il précise aussi que cet engagement n’empêche pas la RDC ni les États-Unis de conclure d’autres partenariats stratégiques avec des pays ou organisations régionales, y compris dans le domaine des minerais.
Pour la RDC, ce texte ouvre une fenêtre de financements, de transferts de compétences et d’accès à un marché américain à forte demande, mais sous des conditions claires : transparence, réformes internes, priorité donnée à certains investisseurs et utilisation d’axes logistiques précis. Le défi sera de traduire ces engagements dans les lois, dans les contrats et, surtout, dans des retombées visibles pour la population.
— M. KOSI



