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RDC–Rwanda : un accord pour transformer la rivalité en coopération économique

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La République démocratique du Congo et le Rwanda ont signé, jeudi 4 décembre 2025, un Cadre d’intégration économique régionale sous la médiation du président américain Donald Trump. Énergie, mines, routes, environnement, santé : le texte veut organiser une collaboration suivie dans presque tous les secteurs clés entre Kinshasa et Kigali.

Énergie, mines, infrastructures : une coopération élargie

Le président Félix Tshisekedi et son homologue Paul Kagame ont apposé leurs signatures sur ce Cadre d’intégration économique régionale (REIF) avec un objectif affiché : passer d’une relation marquée par les tensions à un agenda économique commun. Le document regroupe une série de projets qui doivent amener les deux pays à travailler ensemble dans la durée.

Dans le secteur de l’énergie, l’accord cite le projet Ruzizi III et l’exploitation coordonnée du méthane du lac Kivu. L’idée est de produire davantage d’électricité et de la partager dans un « pool » régional, afin d’alimenter les villes et les industries des deux côtés de la frontière. Une meilleure offre d’énergie doit, à terme, réduire le coût de production pour les entreprises et améliorer l’accès à l’électricité pour les ménages.

Sur le volet infrastructures, le texte met en avant la construction de routes et le développement du transport lacustre et aérien dans la région du Kivu. La priorité annoncée est la connexion avec le corridor de Lobito, axe stratégique qui relie l’intérieur du continent à l’océan Atlantique. Pour les opérateurs économiques, cela signifie des trajets plus courts, moins de ruptures de charge et, potentiellement, des coûts logistiques plus bas pour exporter ou importer des marchandises.

L’accord touche aussi au cœur de l’économie des deux pays : les mines. Il vise les chaînes d’approvisionnement minérales, c’est-à-dire tout le parcours du minerai, de la mine jusqu’au point d’exportation. Le texte insiste sur la transparence et la traçabilité, l’harmonisation de la fiscalité, la formalisation de l’exploitation artisanale, ainsi que la création de zones économiques spéciales transfrontalières. Les minerais cités sont l’étain, le tantale, le tungstène, le niobium et l’or. L’objectif affirmé est que la valeur ajoutée soit mieux partagée entre les deux pays, au lieu de se concentrer uniquement au niveau des traders et des transformateurs à l’étranger.

Le REIF aborde aussi la gestion des ressources naturelles et du tourisme. Il prévoit une gestion conjointe des parcs nationaux, notamment le parc des Virunga et la zone des volcans. La coopération doit porter sur la protection de la faune, la surveillance des frontières et la sécurisation des sites touristiques. Un tourisme mieux organisé et plus sûr pourrait générer des revenus supplémentaires pour les communautés locales, dans une région longtemps marquée par l’insécurité.

La santé publique fait partie du dispositif. Kinshasa et Kigali s’engagent à surveiller ensemble les épidémies et à coordonner leurs réponses aux pandémies. À plus long terme, le texte évoque des projets communs dans l’agrobusiness, l’eau et l’assainissement, l’éducation et le sport. L’ambition est de relier la coopération économique à des projets concrets qui touchent la vie quotidienne : alimentation, accès à l’eau potable, écoles, infrastructures sportives.

Lors de la cérémonie, le président américain Donald Trump a présenté cet accord comme une bascule vers la paix et la coopération. « Ils ont passé beaucoup de temps à s’entretuer, maintenant ils vont passer le temps à se tenir par la main et à travailler avec les États-Unis sur le plan économique comme tout le monde le fait. Ils ont des choses très précieuses, ils auront beaucoup d’argent », a-t-il déclaré. Par cette phrase, il rappelle à la fois la violence passée et le poids des ressources de la région, tout en misant sur un partenariat économique pour changer la donne.

La portée réelle de ce Cadre d’intégration économique régionale dépendra de la mise en œuvre des projets annoncés, de la confiance entre les deux capitales et de la façon dont les populations du Kivu en ressentiront les effets dans leur vie de tous les jours.

— M. KOSI

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