Les engagements publics destinés aux minerais critiques ont dépassé 65 milliards USD en 2025 dans les économies avancées. Malgré cette intervention, les investissements privés ont reculé de 9 % et le raffinage mondial reste dominé par la Chine pour la plupart des minerais stratégiques et par l’Indonésie pour le nickel. Pour la RDC, la compétition se jouera désormais sur la capacité à présenter des projets industriels suffisamment préparés pour capter ces financements.
Les gouvernements multiplient les programmes destinés à sécuriser les chaînes d’approvisionnement en minerais critiques, mais les nouvelles capacités industrielles progressent moins rapidement que les annonces financières. Selon l’édition 2026 du Global Critical Minerals Outlook de l’Agence internationale de l’énergie, les engagements de financement public en faveur de nouveaux projets ont plus que quadruplé entre 2023 et 2025 pour atteindre environ 65 milliards USD. Dans le même temps, l’investissement privé a diminué de 9 % en 2025, mettant fin à plusieurs années de croissance.
Le terme « engagements » est déterminant. Il peut regrouper des prêts, des garanties, des subventions, des prises de participation ou des mécanismes publics encore soumis à des conditions. Le montant de 65 milliards USD ne correspond donc pas nécessairement à des fonds déjà intégralement décaissés ni à des installations déjà opérationnelles.
L’écart entre les financements annoncés et les capacités effectivement construites explique pourquoi la concentration industrielle continue d’augmenter sur plusieurs marchés. Une mine peut demander plusieurs années d’exploration, d’études, d’autorisations et de construction. Les raffineries et les usines produisant des alliages, des matériaux de batteries ou des aimants permanents exigent en plus des technologies spécialisées, une énergie stable, une main-d’œuvre qualifiée et des acheteurs capables de garantir des débouchés.
La Chine et l’Indonésie captent l’essentiel de la croissance du raffinage
Au cours des deux dernières années, la Chine pour la plupart des minerais énergétiques et l’Indonésie pour le nickel ont représenté ensemble plus des trois quarts de la croissance mondiale de l’offre raffinée. Dans le manganèse, le nickel et le graphite, la quasi-totalité de l’augmentation de la production est venue du pays déjà dominant. En excluant les terres rares, la part moyenne du premier pays raffineur est passée de 70 % en 2023 à 72 % en 2025.
Les terres rares constituent une exception partielle. De nouveaux projets aux États-Unis et une hausse de la production en Malaisie ont fait reculer la part du principal fournisseur de plus de 90 % en 2023 à 85 % en 2025. L’AIE estime que cette part pourrait descendre à 70 % en 2035 si les projets annoncés sont réalisés dans les délais. Cette évolution ne supprime toutefois pas la dépendance dans les étapes situées en aval, notamment la fabrication des métaux, alliages et aimants.
Les projets miniers développés en dehors de la Chine progressent plus rapidement que les capacités de transformation correspondantes. Dans les terres rares, les projets annoncés pourraient fournir près de 50 000 tonnes de production minière diversifiée en 2035, contre moins de 40 000 tonnes de capacité de séparation et de raffinage. La production prévue de métaux, d’alliages et d’aimants ne représenterait qu’environ 18 000 tonnes. Une partie des minerais extraits hors de Chine pourrait ainsi continuer à dépendre d’installations chinoises pour atteindre la qualité exigée par l’industrie.
Cette dépendance expose directement les secteurs automobile, électronique, énergétique, aéronautique et militaire. L’application complète des restrictions chinoises sur les terres rares pourrait mettre en risque environ 6 500 milliards USD de production annuelle réalisée hors de Chine. Les limitations envisagées sur le graphite ajouteraient près de 300 milliards USD d’activités industrielles exposées, alors que la Chine fournit plus de 90 % du graphite transformé mondial.
Pour la défense, la vulnérabilité ne dépend donc pas seulement du pays où le minerai est extrait. Une matière première provenant d’Australie, d’Afrique ou d’Amérique peut encore être envoyée en Chine pour être raffinée, transformée en alliage ou intégrée à un aimant répondant aux normes techniques requises. L’AIE classe notamment les terres rares magnétiques, le graphite, le gallium, le germanium, le tungstène et le cobalt parmi les matières les plus exposées en raison de leur concentration, du faible nombre de substituts et de leurs applications stratégiques.
Les producteurs chinois disposent également d’avantages industriels difficiles à reproduire rapidement. Leurs installations bénéficient d’écosystèmes intégrés, d’un accès aux équipements, d’une énergie disponible, de compétences spécialisées, d’infrastructures communes et d’un marché intérieur capable d’absorber les produits. À l’extérieur de la Chine, les nouveaux projets supportent souvent des coûts d’investissement plus élevés et doivent prouver leur faisabilité technique avant d’obtenir des contrats d’achat à long terme.
La RDC doit transformer ses ressources en projets finançables
Pour la RDC, les 65 milliards USD de soutiens publics représentent une possibilité de capter une partie des capitaux consacrés à la diversification. Le pays occupe déjà une place déterminante dans le cobalt et le cuivre. L’AIE estime que les nouveaux projets développés en RDC et en Zambie contribuent à réduire le déficit mondial de cuivre attendu en 2035, même si celui-ci pourrait encore atteindre environ 25 % des besoins.
L’existence des minerais ne suffit cependant plus à garantir le financement. Les partenaires publics et industriels chercheront des projets disposant d’études de faisabilité crédibles, d’un approvisionnement électrique sécurisé, d’une solution logistique, d’une technologie de transformation, d’autorisations stables et d’acheteurs identifiés.
La RDC peut notamment renforcer ses projets de transformation du cuivre et du cobalt, mais aussi mieux récupérer les minerais présents comme sous-produits. L’AIE rappelle que les fonderies modernes de cuivre et de zinc peuvent devenir des plateformes de récupération de métaux critiques. Le germanium, par exemple, est principalement récupéré comme sous-produit du zinc et du charbon.
Le pays dispose déjà d’un potentiel dans cette direction. La mine de Kipushi est présentée comme un gisement de zinc, cuivre, plomb, germanium et gallium, tandis que la RDC a intégré le germanium, le cobalt et le coltan dans ses minerais stratégiques. Une réserve stratégique couvrant ces trois substances a également été instituée en avril 2026.
La priorité congolaise consiste donc à faire passer les projets du statut de potentiel géologique à celui d’actifs industriels finançables. Cela suppose de préparer les études, l’électricité, le transport, les infrastructures de traitement et les accords commerciaux avant l’arrivée des appels à financement.
Les 65 milliards USD annoncés montrent que les États sont prêts à intervenir pour réduire leur dépendance. La concentration actuelle indique toutefois que l’argent public n’a pas encore produit suffisamment de mines, de raffineries et d’usines opérationnelles. Pour la RDC, la concurrence ne portera pas seulement sur la richesse du sous-sol, mais sur la qualité de préparation des projets capables de recevoir et d’utiliser effectivement ces capitaux.
— J. KAKESA









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