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Afrique : 97 milliards USD d’importations alimentaires entre 2021 et 2023, l’Égypte en tête

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L’Afrique a acheté à l’étranger pour 97 milliards USD de produits alimentaires sur la période 2021-2023, soit près de 19 % de plus qu’en 2012-2014. Le continent reste loin derrière la Chine (208 milliards USD) et les États-Unis (177 milliards USD) sur le même poste.

L’Égypte domine le tableau africain avec 16,4 milliards USD d’achats, devant l’Algérie (9,98 milliards USD), le Maroc (8,71 milliards USD), l’Afrique du Sud (6 milliards USD) et le Nigeria (5,59 milliards USD). Ces volumes montrent l’ampleur des besoins urbains et des chaînes de distribution structurées dans les grands marchés du Nord et de l’Ouest du continent.

Ce que révèle la carte des importations

Pourquoi ce décalage avec l’Asie et l’Amérique du Nord ? D’un côté, la poussée démographique et l’urbanisation soutiennent la demande. De l’autre, la production locale peine à couvrir les besoins en céréales, huiles, produits laitiers ou sucre. Résultat : une facture extérieure élevée, concentrée sur quelques économies, mais avec des vulnérabilités diffuses.

Le classement met d’abord en lumière un noyau de grands importateurs. Outre l’Égypte, l’Algérie se maintient autour de 10 milliards USD, portée par des achats structurants en céréales et lait. Le Maroc suit à 8,71 milliards USD, avec une dépendance cyclique liée aux années de sécheresse. L’Afrique du Sud, pourtant exportatrice nette sur certains segments, affiche 6 milliards USD d’achats pour répondre à des besoins spécifiques de transformation et de consommation. Quant au Nigeria (5,59 milliards USD), la taille du marché et les contraintes logistiques internes nourrissent un recours important aux importations.

Plus bas dans le tableau, plusieurs pays se situent entre 3 milliards et 1 milliard USD : la Libye et l’Éthiopie à environ 3 milliards USD, le Kenya à 2,9 milliards USD, la Côte d’Ivoire et la Tunisie proches de 2,9 milliards USD, l’Angola à 2,58 milliards USD, le Soudan à 2,32 milliards USD, puis le Ghana (2 milliards USD), le Sénégal (1,88 milliard USD) et le Cameroun (1,59 milliard USD). La République démocratique du Congo se situe autour de 1,2 milliard USD, niveau comparable à la Mauritanie. Ce groupe illustre des économies de taille intermédiaire où la demande urbaine progresse et où l’industrie agroalimentaire dépend partiellement de l’extérieur.

La CNUCED souligne une autre lecture utile : la part des denrées dans les importations totales. Le Libéria enregistre le ratio le plus bas (2,6 %), signal d’une structure d’achats tournée vers d’autres postes. À l’inverse, la Somalie culmine à 35,8 %, indicateur d’une dépendance alimentaire prononcée. Entre ces deux extrêmes, les profils varient selon la composition des achats (céréales, huiles, sucre), la qualité des récoltes, les circuits logistiques et la capacité de stockage.

Cette hiérarchie reflète des réalités économiques contrastées. Dans les pays à forte base industrielle ou minière, la facture alimentaire pèse moins lourd dans le panier total d’importations. Là où l’agriculture locale reste exposée à la variabilité climatique ou aux chocs de prix, la dépendance se renforce. Les politiques publiques tentent d’amortir ces tensions : subventions ciblées, programmes de semences et d’irrigation, incitations à la transformation locale, amélioration des entrepôts et du froid. La question est simple : ces outils parviennent-ils à stabiliser l’offre et les coûts pour les ménages ?

Le rapprochement avec les grandes zones extra-africaines éclaire l’ampleur du défi. Avec 97 milliards USD sur 2021-2023, la facture du continent reste bien inférieure à celle de la Chine et des États-Unis, économies aux chaînes d’approvisionnement massives et à la transformation très intégrée. L’écart rappelle l’urgence d’investir dans la productivité agricole, les intrants, la mécanisation ciblée et la logistique primaire : pistes rurales, hubs de collecte, silos, plateformes de groupage.

Autre enseignement : la progression de près de 19 % par rapport à 2012-2014 traduit une demande soutenue. L’urbanisation accroît la consommation de produits transformés et de céréales importées. Les fluctuations climatiques réduisent la régularité des récoltes locales. Les variations de change renchérissent la facture en devises. Une stratégie de substitution ne peut pas reposer sur un seul levier. Elle implique un continuum : semences adaptées, irrigation efficiente, extension des surfaces réellement cultivées, crédit saisonnier, stockage pour lisser les prix, et contrats d’achat qui sécurisent les revenus des producteurs.

Dans ce paysage, chaque pays affiche une trajectoire propre. L’Égypte, l’Algérie et le Maroc structurent les flux par le volume. L’Afrique du Sud arbitre entre exportations et besoins industriels. Le Nigeria reflète la tension entre taille de marché et contraintes internes. La Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Ghana et le Cameroun, moteurs d’Afrique de l’Ouest, combinent transformation locale et recours à l’import selon les campagnes. La RDC, avec 1,2 milliard USD, illustre la montée d’une demande urbaine en forte croissance et la nécessité d’accélérer la transformation de proximité pour réduire les coûts logistiques.

Au-delà des chiffres, l’indicateur le plus parlant reste la part des denrées dans l’ensemble des achats extérieurs. Là où cette part s’envole, la moindre perturbation des routes maritimes, des prix mondiaux ou du change se répercute vite sur l’assiette des ménages. Là où elle reste basse, la dépendance globale existe, mais la structure d’imports offre un amortisseur relatif. La boussole reste la même : produire plus et mieux, stocker, transformer près des bassins de consommation, et fiabiliser les liaisons entre zones de surplus et villes.

Les données de la CNUCED posent un cadre factuel clair. Elles invitent à mesurer l’écart entre besoins et offre locale, à cibler les maillons faibles des filières, et à suivre de près l’évolution des parts alimentaires dans les importations totales. Ce suivi dira si les investissements en cours traduisent une amélioration durable de la sécurité d’approvisionnement.

— M. KOSI

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