À fin décembre 2025, les derniers tableaux de la Banque Centrale du Congo (BCC) montrent un franc congolais plus ferme qu’au milieu de l’année. Le 29 décembre 2025, le taux de change indicatif s’établit à 2 163,2044 CDF pour 1 USD, alors que le marché avait vu des niveaux au-delà de 2 800 CDF quelques mois plus tôt. Dans le même temps, l’inflation reste basse et les recettes publiques continuent de dépasser les objectifs budgétaires, au moins jusqu’à novembre 2025.
Cette combinaison attire l’attention car, en RDC, une baisse du dollar est souvent attendue comme un soulagement pour les prix, mais aussi comme un risque pour certaines recettes indexées sur l’activité en devises. Les chiffres disponibles indiquent plutôt une situation plus équilibrée en cette fin d’année.
Ce que cette stabilité change pour les prix, le crédit et le budget de l’État
Sur la semaine du 24 au 29 décembre 2025, le mouvement du change est lisible. Le dollar recule d’un niveau proche de 2 225 CDF vers un point bas autour de 2 163 CDF, avant de se fixer au niveau indicatif du 29 décembre. Les autres devises suivent la même orientation : 1 EUR vaut 2 548,7184 CDF et 1 CNY 308,6966 CDF. Cette trajectoire en fin d’année suggère un marché officiel plus calme, avec des écarts acheteur-vendeur décrits comme contenus, ce qui va généralement avec une meilleure fluidité des opérations au guichet officiel.
La BCC attribue cette amélioration à une combinaison de leviers déjà observés lors des phases de stabilisation : actions ciblées, discipline monétaire, recul de la demande de devises liée à la spéculation, et offre de devises plus abondante en période de clôture annuelle. Dit simplement, quand le dollar devient moins recherché pour « se couvrir » rapidement, et que des volumes en devises entrent sur le marché, la pression sur le franc baisse et le taux se détend.
L’effet sur les prix est central. Au 27 décembre 2025, les données d’inflation publiées indiquent un taux hebdomadaire de 0,318 %. Le cumul annuel est de 2,265 %, et le glissement annuel est également de 2,265 %. Pour un pays qui a connu des épisodes de hausse rapide des prix, un rythme proche de 2,3 % sur un an traduit une période de relative maîtrise. Une monnaie plus stable joue un rôle direct : une partie des biens consommés en RDC est importée, ou dépend d’intrants importés. Quand le dollar baisse, la facture en franc pour certains achats à l’extérieur pèse moins vite sur les étiquettes, surtout sur des postes sensibles comme l’alimentaire et l’énergie.
Cette accalmie ne signifie pas que le crédit devient immédiatement moins cher. La BCC garde une posture prudente. Le taux directeur reste à 17,50 %, et les conditions de financement se situent, selon les segments, entre 12 % et 17,5 %. Cela indique une politique monétaire qui continue de privilégier la stabilité du change et des prix. Pour les entreprises, l’avantage est une meilleure visibilité sur les coûts liés au dollar, mais le coût de l’argent demeure élevé. Quand les taux restent à ces niveaux, l’accès au financement est plus difficile, surtout pour les investissements longs. L’économie peut donc gagner en prévisibilité sans voir, tout de suite, un redémarrage rapide du crédit.
Le point le plus suivi concerne les finances publiques. Les graphiques officiels cités indiquent qu’en novembre 2025, comme depuis le début de l’année, les recettes réalisées sont restées supérieures aux assignations. Autrement dit, la remontée du franc n’a pas bloqué la mobilisation des ressources de l’État sur la période observée. C’est un signal important, car une monnaie plus forte peut, dans certains cas, réduire la valeur en francs de recettes liées à des flux en devises. Or, ici, la dynamique reste favorable.
Les explications avancées reposent sur des éléments concrets : meilleure efficacité du recouvrement, paiements fiscaux anticipés, et traçabilité renforcée des flux. Ce type de facteurs peut compenser l’effet du change, surtout si l’administration fiscale et douanière améliore la collecte et limite les pertes. Un débat technique est aussi mentionné avec le ministère des Finances sur la nature exacte des recettes observées, notamment la distinction entre recettes réellement récurrentes et mécanismes comme des avances ou des paiements concentrés sur une période. Ce débat compte, car il détermine ce qu’on peut attendre à moyen terme : une performance ponctuelle de fin d’année n’a pas le même sens qu’une progression stable sur plusieurs trimestres.
Pour les ménages, le message est assez direct. Un dollar autour de 2 160 CDF réduit la pression sur les prix des produits importés et, en théorie, protège une partie du pouvoir d’achat. Cela ne veut pas dire que les prix baissent partout, mais la hausse peut ralentir quand le change cesse d’alimenter le renchérissement. Pour les entreprises, une monnaie plus stable facilite la planification des achats en devises et des stocks, même si la contrainte du financement reste forte. Pour l’État, la période montre qu’un franc plus ferme n’entraîne pas automatiquement un recul des recettes, tant que la collecte suit et que la coordination économique reste cohérente.
La photographie de fin décembre 2025 est donc celle d’une stabilité plus nette qu’au milieu de l’année : un franc raffermi, une inflation faible et des recettes au-dessus des prévisions jusqu’à novembre. L’enjeu de 2026 sera de préserver cet équilibre, sans relâcher trop vite les garde-fous monétaires, et en clarifiant ce qui relève d’une performance durable dans les recettes publiques.
— M. MASAMUNA



