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Kamoa-Kakula veut remonter à 540 000 tonnes de cuivre en 2027 après l’inondation de Kakula

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Entre remise en état des galeries noyées et montée en puissance industrielle, le complexe cuprifère Kamoa-Kakula en RDC vise une production de 380 000 à 420 000 tonnes de cuivre en 2026, puis de 500 000 à 540 000 tonnes en 2027. En parallèle, la nouvelle fonderie doit permettre d’écouler davantage de cuivre dès 2026.

Remise en état de Kakula et montée en puissance de l’outil industriel

Le 3 décembre 2025, Ivanhoe Mines a présenté depuis Johannesburg les nouveaux objectifs de production de Kamoa-Kakula pour 2026 et 2027, ainsi qu’un point détaillé sur la remise en état de la mine de Kakula, touchée par des inondations après un épisode sismique au premier semestre 2025.

Kamoa-Kakula Copper

Dans la mine de Kakula, le pompage avance à deux vitesses. Sur la partie ouest, environ 70 % des volumes d’eau ont déjà été évacués. À l’est, le taux de progression est proche de 60 %. Des pompes submersibles à haute capacité, capables d’évacuer au total 2 600 litres par seconde, fonctionnent en continu pour abaisser les niveaux d’eau et rouvrir les galeries en sécurité. Au total, 13,4 kilomètres de travaux souterrains ont été réhabilités et sécurisés, dont 4,6 kilomètres qui ont été d’abord asséchés.

Cette remise en état permet à l’exploitant de confirmer des volumes ambitieux. Pour 2026, la direction vise entre 380 000 et 420 000 tonnes de cuivre. Pour 2027, la fourchette monte à 500 000 – 540 000 tonnes. À moyen terme, l’objectif reste de revenir vers une production annualisée d’environ 550 000 tonnes de cuivre. Un nouveau plan de développement intégré sur la durée de vie du gisement doit être finalisé d’ici la fin du premier trimestre 2026.

L’année 2025 reste une année de transition. Après la révision des objectifs le 11 juin 2025, à la suite de l’activité sismique du 20 mai, le complexe a déjà produit 316 395 tonnes de cuivre en concentré sur les neuf premiers mois de l’année. Il reste en ligne avec le nouvel objectif annuel de 370 000 à 420 000 tonnes pour 2025.

Un point clé pour la suite vient de la mise en service de la fonderie de cuivre de Kamoa-Kakula, annoncée le 1ᵉʳ décembre 2025. Jusqu’ici, le site vendait surtout du cuivre sous forme de concentré. Avec la fonderie, il pourra produire des anodes de cuivre, un produit plus proche du métal fini, destiné directement aux utilisateurs industriels. En 2026, les ventes devraient dépasser la production annuelle, car l’entreprise prévoit de vendre aussi environ 20 000 tonnes de cuivre provenant des stocks de concentré accumulés sur place.

Sur le terrain, le travail reste lourd. Selon la direction, plus de 2 200 mégalitres d’eau (plus de 2,2 millions de mètres cubes) se trouvent encore sous le niveau des pompes de la phase 2. Cette eau sera évacuée progressivement grâce aux installations de pompage de la phase 3, remises en état avec de nouveaux moteurs, des postes électriques et des câbles neufs. Une partie de cette capacité est déjà disponible ; le reste doit monter en puissance d’ici janvier 2026.

Kakula Mine

Malgré ces contraintes, l’équipe technique assure que la zone encore inondée n’est pas sur le « chemin critique » pour redémarrer la production sur la partie est de Kakula. Les futurs chantiers miniers seront préparés en abaissant les niveaux d’eau avant l’arrivée des équipes, pour éviter un nouveau blocage.

Sur le plan géologique et sécuritaire, un nouveau schéma d’exploitation a été défini à Kakula, avec de nouveaux piliers de soutènement et une nouvelle séquence d’extraction, sur base de recommandations d’experts en géotechnique. L’idée est de réduire les risques pour les travailleurs et pour les installations souterraines, tout en maintenant un débit de minerai suffisant vers les usines de traitement.

Côté volumes, le rythme d’extraction sur la partie ouest de Kakula atteint déjà environ 350 000 tonnes de minerai par mois, soit 4,2 millions de tonnes par an. Les équipes travaillent encore dans des zones d’altitude plus élevée, au nord et au sud-ouest, où la teneur en cuivre est plus faible que dans le cœur du gisement. Mais à mesure que l’eau recule, les équipes avancent vers cette zone centrale plus riche, où les teneurs devraient passer entre 3,5 % et 4,0 % à partir de la mi-décembre.

En 2026, le rythme d’extraction doit augmenter graduellement. La mine prévoit de démarrer une exploitation sélective dans les galeries existantes du côté est dès le premier trimestre 2026. Combinée à la montée en puissance des zones à plus forte teneur à l’ouest, cette stratégie doit porter le rythme à environ 450 000 tonnes de minerai par mois, soit 5,5 millions de tonnes par an à la fin du trimestre. À partir de la mi-2026, une nouvelle zone minière plus à l’est doit aussi commencer à livrer du minerai.

Au total, Kakula prévoit d’extraire environ 6 millions de tonnes de minerai en 2026, puis entre 7 et 8 millions de tonnes en 2027. Sur cette période, la teneur moyenne en cuivre devrait se situer entre 3,5 % et 4,5 %. En 2026, près de 70 % du minerai devrait encore venir du côté ouest, avant un rééquilibrage en 2027 lorsque les nouvelles zones à l’est seront pleinement en service. Tout ce minerai sera traité dans les deux premières usines de concentration (Phase 1 et 2).

En parallèle, les autres mines souterraines du complexe – Kamoa 1, Kamoa 2 et Kansoko – doivent aussi monter en puissance. Leur rythme combiné est aujourd’hui d’environ 6,5 millions de tonnes de minerai par an. L’objectif est de passer à 8,5 millions de tonnes en 2026, puis à plus de 10 millions de tonnes en 2027, avec une teneur moyenne en cuivre autour de 2,5 %. Pour y parvenir, l’entreprise s’appuie sur un nouveau convoyeur, de nouveaux accès miniers à Kansoko Sud, et davantage d’entrées en galerie à Kamoa 2, ce qui permet de déployer plus d’équipes sous terre et d’améliorer la productivité.

Kakula Mine

Toute cette matière doit alimenter un outil de traitement lui aussi en croissance. Les deux premières usines de concentration ont déjà démontré une capacité combinée de 10,5 millions de tonnes par an, soit 5,25 millions de tonnes par ligne, après différents travaux de « dé-bouchage » technique. La troisième usine (Phase 3) tourne à 6,5 millions de tonnes par an depuis plusieurs mois. À partir de 2027, la capacité totale de traitement des phases 1, 2 et 3 doit donc atteindre 17 millions de tonnes de minerai par an.

Ivanhoe Mines prévoit aussi d’améliorer le taux de récupération du cuivre, c’est-à-dire la part du métal effectivement extraite du minerai. Un projet baptisé « Project 95 » doit permettre de porter progressivement la récupération des usines 1 et 2 vers 95 % après le deuxième trimestre 2026. Un projet similaire est à l’étude pour la Phase 3, avec un objectif d’environ 92 %, mais il n’est pas encore intégré dans les prévisions de production 2026-2027.

La direction insiste néanmoins sur le fait que ces objectifs restent liés à plusieurs risques. La solidité des infrastructures souterraines après l’inondation doit être confirmée partout. La montée en régime des opérations dépend aussi de la capacité à finir le pompage, à sécuriser les nouvelles zones d’exploitation et à tenir le calendrier de développement. Les fourchettes publiées pour 2026 et 2027 reflètent l’appréciation actuelle de ces risques par le management, sur base des informations disponibles.

Les données techniques publiées ont été revues et validées par l’ingénieur responsable des projets d’Ivanhoe Mines, reconnu comme « personne qualifiée » au sens des normes minières internationales en vigueur. Elles s’appuient sur un rapport technique détaillé sur le complexe cuprifère Kamoa-Kakula, qui décrit les hypothèses, méthodes de calcul et procédures de vérification utilisées pour établir ces estimations.

Pour la RDC, ces chiffres montrent surtout qu’après le choc de 2025, Kamoa-Kakula reste au cœur de la filière cuivre du pays. Si le plan de remise en production se déroule comme prévu, le complexe pourrait retrouver dans les prochaines années son rôle de pilier dans l’offre mondiale de cuivre, à un moment où la demande liée à la transition énergétique ne faiblit pas.

— M. KOSI

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