En 2025, l’État congolais encaisse plus que prévu alors même que le franc congolais se renforce face au dollar. À fin novembre, les recettes dépassent la cible budgétaire et la monnaie nationale a regagné plus de 20 % de valeur par rapport à août. Pour les finances publiques et la politique monétaire, le signal est fort.
Quand les recettes dépassent les objectifs et que le franc se raffermit
Dès janvier 2025, la tendance est posée. Le Trésor mobilise 1 778,9 milliards de CDF pour un objectif fixé à 1 348,5 milliards. L’écart approche 32 %. Pour 100 CDF attendus, l’État en encaisse plus de 130. Cela traduit une capacité de collecte nettement supérieure au scénario retenu dans la loi de finances.
Sur les mois suivants, le surplus se maintient. En septembre, les recettes cumulées atteignent 22 014,4 milliards de CDF pour une programmation de 20 811,5 milliards. Le budget est donc dépassé de plus de 1 200 milliards de CDF. On reste dans un schéma de surperformance, mais avec un décalage qui commence déjà à se réduire.
À fin novembre 2025, le cumul des recettes publiques monte à 26 265,3 milliards de CDF alors que la prévision se situe à 25 658,8 milliards. Le taux de réalisation atteint 102,3 %. En valeur, cela représente environ 606 milliards de CDF au-dessus de la cible. L’écart n’a plus rien à voir avec celui de janvier, mais il reste positif. On voit que la trajectoire budgétaire colle mieux aux encaissements réels à mesure que l’année avance. Cela suggère des prévisions plus fines et un cadrage budgétaire plus proche de la réalité du terrain.

Sur le front monétaire, la courbe prend une direction inverse. Entre janvier et août 2025, le taux de change tourne autour de 2 850 CDF pour 1 dollar. La variation reste faible, ce qui correspond à une forme de stabilité, souvent obtenue au prix d’interventions de la Banque centrale et d’une gestion serrée de la liquidité.
À partir de septembre, le mouvement s’accélère. Fin septembre, le taux de change tombe à 2 605,5 CDF pour 1 dollar. Fin octobre, il se situe à 2 247,9 CDF. Fin novembre, il atteint 2 218,7 CDF. En trois mois, le franc congolais se redresse nettement. Selon les indications de la BCC, l’appréciation atteint 12,2 % entre fin août et fin septembre, puis 15,9 % supplémentaires entre fin septembre et fin octobre. Au total, entre août et novembre, la monnaie récupère plus de 20 % de valeur face au dollar.
Pour une économie qui a longtemps vécu avec une monnaie en affaiblissement régulier, ce retournement est loin d’être anodin. Il renvoie à plusieurs facteurs combinés. D’abord, une meilleure offre de devises, portée par les exportations minières et certains flux de capitaux. Ensuite, des opérations de la Banque centrale pour soutenir le franc, via la gestion des réserves et des opérations de marché. Enfin, une demande en dollars qui peut se tasser légèrement quand les agents anticipent un franc plus stable, voire en reprise.
En théorie, un franc plus fort réduit la contrevaleur en CDF des recettes libellées en dollars. Quand 1 dollar vaut moins de CDF, chaque redevance minière ou droit de douane converti en monnaie locale pèse moins lourd dans les caisses du Trésor. Pourtant, les chiffres montrent l’inverse. Malgré l’appréciation du franc, les recettes restent au-dessus des objectifs.
Plusieurs éléments peuvent expliquer cette apparente contradiction. La base imposable peut d’abord s’élargir. Si les volumes d’exportations ou d’importations augmentent, si le chiffre d’affaires de certains secteurs progresse, l’effet quantité compense en partie la baisse mécanique de la valeur en CDF de chaque dollar encaissé. Le rendement de l’impôt peut aussi s’améliorer, grâce à une collecte plus rigoureuse, une lutte plus ferme contre la fraude et un élargissement de l’assiette. Une autre part non négligeable des recettes est perçue directement en CDF, notamment pour les impôts internes, moins sensibles au taux de change.
Pour la politique budgétaire, la combinaison d’un franc plus solide et de recettes qui dépassent le cadre fixé offre un répit. L’État dispose d’un surplus qui peut servir à financer des dépenses urgentes, stabiliser certains programmes ou réduire le recours à l’endettement intérieur. Mais ce répit reste limité. Le coussin entre revenus prévus et revenus réalisés se rétrécit mois après mois. En cas de choc externe, la marge de manœuvre serait plus étroite qu’en début d’année.
Sur le plan monétaire, un franc qui se renforce contient en partie la hausse des prix des biens importés. Il peut donc contribuer à freiner l’inflation importée, ce qui soutient indirectement le pouvoir d’achat. En revanche, si cette appréciation se poursuivait sans gains de productivité, certains exportateurs pourraient voir leur compétitivité entamée. Vendre en dollars avec une monnaie locale plus forte exige des coûts mieux maîtrisés ou une montée en gamme de la production.
Au-delà des courbes, plusieurs questions restent ouvertes. La progression des recettes repose-t-elle sur des facteurs durables, comme des réformes en profondeur des régies financières, ou dépend-elle encore largement des cycles de prix sur les matières premières et d’opérations exceptionnelles. Le raffermissement du franc repose-t-il sur un socle solide, avec des fondamentaux plus robustes, ou bien sur un contexte particulier d’afflux de devises et de soutien extérieur, plus volatil. Enfin, le surplus engrangé par rapport aux assignations est-il orienté vers l’investissement productif et la réduction des vulnérabilités, ou absorbé par des charges courantes.
Pour l’heure, les données de la BCC tracent l’image d’une RDC où les finances publiques tiennent et où le franc congolais a repris des couleurs. Le véritable enjeu se joue sur la durée, transformer cette phase favorable en trajectoire stable, avec une collecte plus performante, une monnaie crédible et un budget qui se traduit par des progrès concrets pour la population.
M. KOSI



